Les hommes sont des maîtresses comme les autres, Guillaume Chérel

Présentation de l’éditeur :

les hommes sont des maitresses« L’amant qui n’est pas tout… n’est rien », écrivait Balzac. Jérôme en fait l’amère expérience, lorsqu’il reçoit des nouvelles, via Facebook, de son premier amour, Ava, une rousse explosive perdue de vue trente ans plus tôt. Le quadragénaire retrouve sa belle… mariée et mère de famille. Il devient son amant. Euphorie des retrouvailles, frustration de l’attente, Ava joue avec le feu. Cet amour surgit du passé aura-t-il un avenir ?

 

 

Il semblerait que les deux tiers des femmes mariées pensent que l’infidélité est le secret de Lire la suite

Voyage au bout du livre #5 : Reconstruire l’identité littéraire d’une maison installée depuis 1852

SA-voyage-au-bout-du-livreVoyage au bout du livre, c’est le titre de l’une des rubriques que je propose désormais sur la plateforme Les Nouveaux Talents.

De l’éditeur au traducteur en passant par les animateurs d’atelier d’écriture, la rubrique Voyage au bout du livre est un patchwork de tous les métiers qui accompagnent le manuscrit jusqu’à ce qu’il devienne un livre.

Comment donner un coup de jeune à des collections installées ? Comment faire souffler un vent nouveau dans un port littéraire bien établi ? Lisa Liautaud, 32 ans, nous raconte comment son dynamisme se répand au sein d’une maison française historique, les éditions Plon, et nous livre sa vision de l’accompagnement des romanciers.
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Établir des lignes éditoriales claires et cohérentes avec l’identité de la maison et trouver les gemmes à mettre dans l’écrin

Mon arrivée chez Plon en juillet 2014 était en fait un retour : j’y avais fait mes premières armes comme assistante d’édition, avant de m’occuper de la communication à la Fondation Jean-Jaurès. Retour donc, pour reprendre la fiction française dans cette maison que je connaissais bien.

 

Lisa Liautaud (c) JL

Lisa Liautaud (c) JL

Etape 1 (été 2014) : définir avec Vincent Barbare, PDG d’Edi8, et Muriel Beyer, directrice éditoriale de Plon, la feuille de route pour remplir ma mission – reconstruire une identité littéraire dans cette maison plus connue pour ses essais et ses docs. Mon idée était simple : établir des lignes éditoriales claires et cohérentes avec l’identité de la maison. En littérature (résolument) contemporaine : des romans qui explorent les failles et les bouleversements actuels, des textes très contemporains qui permettent de s’emparer du monde autrement et de se poser, par la fiction, des questions sur la réalité – une « évasion dans le réel ». ; côté romans historiques : développer la tradition de Plon (maison de Druon, de Benzoni…), de grandes fresques populaires avec une grande solidité historique, où le romanesque doit toujours primer sur l’Histoire ; poursuivre la collection « Miroir », dirigée par Amanda Sthers, dans laquelle sont publiés des romanciers déjà installés (Philippe Grimbert, David Foenkinos…). Un discours structuré, un plan de bataille. Trois lignes, trois chantiers menés de front, avec une attention particulière à la littérature contemporaine, qui supposait le plus de bouleversements (ligne éditoriale, charte graphique, fonctionnement) et pour laquelle nous nous étions fixé pour horizon la rentrée littéraire 2015.

Etape 2… (lire la suite)

A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

Voyage au bout du livre #1 : L’éditeur, passeur professionnel

Voyage au bout du livre #2 : L’atelier d’écriture, aiguillon pour l’imagination

Voyage au bout du livre #3 : Le traducteur, garant de la vérité du texte

Voyage au bout du livre #4 : L’accompagnement éditorial, du manuscrit à l’objet-livre

Tous les articles de la rubrique « Les Nouveaux Talents »

Courir après les ombres, Sigolène Vinson

Présentation de l’éditeur :

Courir après les ombresDu détroit de Bab-el-Mandeb au golfe d’Aden, Paul Deville négocie les ressources africaines pour le compte d’une multinationale chinoise.
De port en port, les ravages de la mondialisation lui sautent au visage et au cœur la beauté du monde dont il ne peut empêcher la destruction. Les merveilles qui ne s’achètent pas ne risquent-elles pas de disparaître dans un système ou toute valeur se chiffre ?
Paul se met alors à chasser un autre trésor : les « écrits jamais écrits » d’Arthur Rimbaud – il veut le croire, le marchand d’armes n’a pas tué le poète. Inlassablement, il cherche. Trouvera-t-il plus que le soleil aveuglant, la culpabilité d’être et la fièvre ?

Paul Deville est un type « qui signe des contrats aux enjeux économiques considérables tout en s’imaginant que l’avenir de l’humanité réside dans les poèmes jamais écrits d’Arthur Rimbaud ». Un type qui court après les poètes tout en travaillant à l’installation de bases navales qui sont les éléments du collier de perles, un type qui allie le rêve au matérialisme et qui a choisi de « participer au modèle existant pour en précipiter la perte ».
A la recherche des écrits jamais écrits d’Arthur Rimbaud, il croise des personnages autant que lui en marge, quoique chacun bien à sa façon…

Après J’ai déserté le pays de l’enfance et Le caillou, Sigolène Vinson signe un troisième opus patronné par la difficulté d’être au monde. Entre ceux qui rejettent le profit, « cette quête d’argent qui se faisait contre le travail, les travailleurs et les êtres humains », celui qui souhaite attraper au moins le paludisme, cette fièvre fidèle, celle qui ne veut plus faire l’effort d’appartenir à ses contemporains, les regards que propose d’adopter l’auteur soulignent le caractère vain de nos existences passées à accumuler et à courir avant la mort et invitent à se recentrer sur l’essentiel – ce qui nous lie aux autres, ce qui nous fait hommes comme eux. La poésie en fait partie.
Un roman dont le rythme même impose de ralentir, servi par une sensibilité exacerbée et une colère exposée sans prosélytisme.

Sigolène Vinson, femme artisan d’une poésie ancrée dans le réel, met en scène les jeunesses trahies et les vies d’adultes non assumées, les destins des naufragés de la vie moderne à laquelle la poésie ne peut (presque) plus rien. Ces destins particuliers s’unissent au grand tout dans ce roman d’une Afrique mal aimée par l’Occident qui en a fait sa poubelle, qui appartient à ceux qui l’habitent autant qu’à ceux qu’elle habite.

Éditions Plon, août 2015, 208 pages, 17,90 euros

A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

J’ai déserté le pays de l’enfance

Le caillou

Pourquoi écrivez-vous, Sigolène Vinson ?

Sigolène Vinson, de la robe à la plume

Toute la rentrée littéraire 2015

Fragments :

« Paul a inventé cette histoire dans le seul but d’y croire. » (page 21)

« Dans leurs silences, dans leurs paroles trop rares ou trop folles, certains vieux sont des tyrans. » (page 24)

« L’Afrique ne savait rien des flocons. » (page 28)

« Les pleurs qui coulent des yeux de Paul sont des embruns. » (page 40)

« Une cargaison d’or n’évite pas les naufrages. » (page 41)

« Ses cheveux bouclés ont encore éclairci depuis qu’il l’a vue. Le soleil et le sel créent ainsi les sirènes. » (page 55)

« Mariam ne vit pas d’espoir, elle vit de poissons. » (page 60)

« Être chamelier en Afrique, ce n’est pas être prisonnier, c’est avoir forme humaine. » (page 63)

« L’exil est une course en solitaire et ceux qui se noient n’existent pas. » (page 86)

« Où est le bâton qui l’aidera à se relever ? » (page 89)

« Ils parcourent le globe sans savoir s’ils y sont. Or personne n’y est jamais. Les hommes se sont absentés du monde. » (page 91)

« Entendre sa langue natale à l’autre bout du monde, c’est comme rentrer au bercail. » (pages 92-93)

« Il a enfin trouvé quelque chose à faire de moins important que changer le monde. » (page 93)

« Ça ne sert à rien de dire à quelqu’un qu’on l’a attendu toute la nuit, parce que ce n’est jamais tout à fait vrai. On reste éveillé pour bien d’autres raisons, pour toutes les questions sans réponse que la nuit fait surgir. » (page 99)

« Une douleur qui s’appelle « mer », qui ne voudrait en être frappé ? » (page 102)

« Le monde n’attend plus que lui pour renaître. » (page 114)

« La vie est plus vivable quand on la passe à ne pas vouloir la changer. » (page 115)

« Ils s’en allaient à l’étranger pour que les choses soient toujours neuves. » (page 126)

« A travailler si fort, à mettre tant de joie et de conviction dans son travail, il lui semble avoir trouvé la bonne façon de vivre. » (page 134)

« Les somaliens savent que, si la mort n’est pas au bout d’une kalachnikov ou d’une famine, elle est dans un bidon radioactif. » (page 140)

La rentrée littéraire d’Harold Cobert

HaroldCobert

Harold Cobert est l’auteur du Reniement de Patrick Treboc (2007), d’Un hiver avec Baudelaire (2009), de L’Entrevue de Saint-Cloud (prix du Style 2010), de Dieu surfe au Pays basque (2010), du Petit éloge du charme (2012), d’Au nom du père, du fils et du rock’n’roll (2013).

Son dernier livre, Jim (éditions Plon), est paru en septembre 2014.

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Harold Cobert © Bruno Klein 

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.Comment vivez-vous cette rentrée littéraire ? 


En fait je ne fais pas partie de la rentrée littéraire. Je suis sorti un peu en décalé, le 25 septembre, c’est-à-dire hors de la course aux grands prix d’automne – car c’est cela, la rentrée littéraire, les grands prix d’automne.

 

Qu’en attendez-vous ?

Rien de particulier, puisque je ne suis pas dans la course aux prix !

 

Que lisez-vous en ce moment ? 

Rien. Pour la première fois de ma vie, je suis incapable de lire. Cela fait plus d’un mois que ça dure, et j’espère que cette incapacité va bientôt prendre fin ! Mais j’ai très envie de lire Charlotte de David Foenkinos. Je suis persuadé que c’est son meilleur roman.

 

Cobert

Vous intéressez-vous à la rentrée littéraire en tant que lecteur ?

Non. Mon amour de la littérature ne connaît pas les saisons. 

 

A lire aussi sur Sophielit :

Pourquoi écrivez-vous, Harold Cobert ?

Petit éloge du charme

Quand l’autofiction se fait romanesque / entretien

Dieu surfe au Pays basque

Harold Cobert flashé

5 questions à Harold Cobert

L’Entrevue de Saint-Cloud

Toute la rentrée littéraire 2014

La rentrée littéraire 2013

La rentrée littéraire 2012

La rentrée littéraire 2011

La rentrée littéraire 2010

Mon nom est Dieu, Pia Petersen

Mon nom est DieuPrésentation de l’éditeur :

Jeune journaliste à Los Angeles, Morgane devrait a priori se méfier de ce SDF dépressif et bougon, peut-être dangereux, qui se place obstinément sur son chemin… Surtout quand il lui annonce qu’il est Dieu et qu’il l’a choisie pour écrire sa biographie ! Contre toute raison, Morgane, résolument incroyante, va se laisser captiver par ce personnage improbable. Un Dieu amer, découragé, qui ne comprend pas pourquoi les hommes se détournent de lui – à l’exception de Jansen, fondateur d’une Église aux allures de secte, qui a décidé d’en faire son icône.

À cette fable, Pia Petersen parvient à donner une étonnante réalité. Comme Morgane, le lecteur finit par se demander s’il n’a pas réellement affaire à Dieu. Et se laisse prendre au miroir d’une fiction qui en dit assez long sur notre modernité si incertaine d’elle-même…

 

Etrange roman que voilà. Le lecteur est sceptique. Dieu, vraiment, sous les allures de ce mendiant ? Un imposteur, oui ! De ce qu’il dit, le lecteur ne croit rien. Tout comme Morgane. Affabulateur. Pourtant, cet homme qui se fait appeler Dieu et qui veut vivre comme un homme pour enfin les comprendre insiste. Reste. Se fait attachant. Devient humain.

 

Et Morgane, qui avait hésité à accepter le projet de biographie par lequel il l’a abordée, propose à celui qui se fait appeler Dieu de s’installer dans le studio en face de son appartement. Pour une durée indéterminée. Alors même qu’elle ne sait pas à qui elle a affaire.

 

Avec un rythme saccadé, Mon nom est Dieu nous en dit finalement plus sur les hommes que sur Dieu. Nos peurs et nos freins, nos faiblesses et nos espoirs. Ce qui nous fait hommes, ce qui en nous parfois confère au divin.

 

Cette fable en forme de roman est aussi celle de la manipulation des hommes par d’autres hommes qui agissent au nom de Dieu.

 

En 300 pages pleines de rebondissements, l’ouvrage de Pia Petersen nous renvoie à nos croyances individuelles.

 

Editions Plon, janvier 2014, 300 pages, 19 euros

 

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Instinct primaire

Un écrivain, un vrai

Pourquoi écrivez-vous, Pia Petersen ?

Phrases choisies :

 

« Morgane croit au coup de foudre et pense que ça va finir par lui tomber dessus un jour et qu’il faudra qu’elle soit libre ce jour-là. » (page 28)

 

« Ce n’est rien, mourir. Pourtant les gens prennent ça pour de la générosité. » (page 49)

 

« C’est étrange que le monde soit incapable de se passer d’un dieu. » (page 77)

 

« Les livres portent chance. » (page 116)

 

« Ces jouisseurs d’exotisme qui parcourent la planète pour trouver de la pauvreté et du sang afin d’avoir la sensation de vivre. » (page 116)

 

« Elle se trouve ridicule, elle ne croit pas en Dieu et devant elle, Dieu, sans aucun doute. Peut-être qu’il correspond juste à l’idée qu’elle a de lui. » (page 112)

 

« La Bible comme preuve ne suffit pas. » (page 153)

 

« Ce n’est pas une vie au sens propre mais appelons-la ainsi pour simplifier. » (page 157)

 

« Les super-héros paraissent beaucoup plus crédibles que Dieu. » (page 169)

 

« Tout est fondé sur l’idée de la foi et la foi ne s’interroge pas. » (page 170)

 

« Maintenant que j’ai la possibilité de savoir ce qui se passe dans le monde, je peux éteindre les voix dans ma tête. » (page 187)

 

« Il ne faut pas forcément résister. » (page 192)

 

« Elle se dit que c’est inévitable de s’attacher à quelqu’un qui vit sous son toit et tant pis si son nom est Dieu. » (page 207)

 

« La biographie de Dieu. Sujet dépassé, ringard, trop exploité, ou pas. A priori, plus personne ne s’y intéresse, sauf, bien sûr, les croyants mais ils sont tellement aveuglés par leur croyance, ils n’ont pas d’humour alors de toute façon ils n’adhéreront probablement pas à une biographie de Dieu. » (page 233)

 

« Pour qu’il puisse accéder au divin en lui, il doit d’abord être conscient de ce qu’il est. » (page 235)

L’abandon du mâle en milieu hostile, Erwan Larher

abandon-male-milieu-hostilePrésentation de l’éditeur :

«Je te haïssais. Avec tes cheveux verts, sales, tu représentais tout ce que j’exécrais alors : le désordre, le mauvais goût, l’improductive et vaine révolte juvénile. Tu malmenais ta féminité dans des bardes trouées, des guenilles comme jetées au hasard sur ton corps. Si tu avais été ma sœur, papa t’aurait reniée.

J’aurais voulu te voir traînée par les cheveux hors des salles, sous les injures, et rejetée au loin, loin de mon monde ; j’aurais souhaité te voir lavée à grande eau dans la cour et tes nippes brûlées dans un grand autodafé ; j’aurais aimé… Mais rien. Rien que tolérance démocratique et muette réprobation. J’enrageais.»

La suite ? Explosive. Entre la fille fantasque, rebelle, et le jeune garçon trop sage se noue une histoire d’amour dans laquelle celui-ci se jette à corps perdu, émerveillé.

Dans la France en pleine mutation du début des années 80, où le fric, les paillettes et les faux-semblants remplacent peu à peu les idéaux, le narrateur découvrira – tragiquement – un tout autre visage de sa belle compagne…

 

C’est au lycée, en classe de terminale, que les protagonistes se rencontrent. Ils s’observent de loin avant d’être rapprochés par un devoir à faire à deux. La confrontation entre le narrateur, dévoué fiston, et la jolie punkette qu’il a conquis bien malgré lui est jubilatoire. Leurs différences se font sentir en toutes choses ; et s’ils vont petit à petit s’en accommoder, le plaisir du lecteur, lui, ne diminue nullement à mesure que leur relation évolue et se normalise.

 

Erwan Lahrer dit cet âge où l’on est marqué aux fers de l’éducation, cet âge où le modèle est pour beaucoup d’abord parental, cet âge où tout cependant peut être bouleversé, et, sans crier gare, il nous emporte dans un tourbillon dont on ne sortira pas indemne.

 

A un rythme trépidant, avec pléthore de phrases à relever (voir ci-après) qui jamais ne cèdent à la facilité, il dit aussi la manipulation, l’apprentissage de la liberté, la révolte discrète, l’engagement qui n’attend pas le nombre des années, qui n’est au contraire jamais aussi viscéral que lorsqu’on a la vie devant soi. Et l’amour, surtout l’amour, et l’impuissance face à l’amour-déflagration, si fort qu’il emporte tout sur son passage.

 

Son écriture est nerveuse, fiévreuse, tour à tour drôle, enlevée, passionnée, jamais tiède, toujours sur le fil, comme le mâle du bandeau. Son roman est une bombe à retardement, qui offre une rencontre avec deux personnages inoubliables.

C’est une romance en noir et sang menée tambour battant.

 

A l’arrière-plan, il y a la musique, la musique comme fenêtre sur autre chose, la musique comme guide, les concerts et le monde de ceux qui s’y retrouvent, anarchistes du dimanche ou de tous les jours de la semaine. Dans le lot, certains iront jusqu’au bout de leurs convictions.

 

L’abandon du mâle en milieu hostile est le coup de cœur que j’espérais.

 

Plon, janvier 2013, 240 pages, 19 euros

 

« Tu n’étais pas comme nous, ta place n’était pas parmi nous, ton éruption infectieuse sur le tissu sain de notre terminale me démangeait déjà. » (page 10)

 

« Les plus forts gagnent toujours, et plus le milieu est hostile, plus ils en sortent puissants. » (page 10)

 

« Le chausson est l’ennemi de l’aventure, et la vie ne peut être qu’aventureuse. » (page 58)

 

« Je t’aimais croissant. » (page 68)

 

« Pourquoi le quotidien tuerait-il l’amour puisque précisément l’amour ne se vit qu’au quotidien ? » (page 93)

 

« Quand la concentration d’artistes au mètre carré devenait trop importante, je ne pipais plus mot. Si l’un d’eux, par extraordinaire, s’intéressait à moi, la première question portait invariablement sur mon métier – on n’est pas plus original à Saint-Germain-des-Prés qu’ailleurs. Je répondais « juriste » et aussitôt, le cadavre d’une conversation mort-née se putréfiait entre nous dans un silence sépulcral. » (page 105)

 

« Ecrire. C’est comme vomir un soir de cuite : un acte irrépressible, désagréable, dont en même temps on espère un soulagement. Alors je me souviens que j’existe encore. » (page 122)

 

« L’Histoire désamorce très bien les vies explosives. » (page 126)

 

« On ne cherche que ce que l’on est préparé à trouver, dans tous les domaines. » (page 129)

 

« On ne se fait jamais seul, on se fait souvent contre. » (page 134)

 

« En écrivant, tu défends la civilisation du livre, l’écrit contre la parole et l’image, le durable contre le fugitif. » (page 159)

 

« Pendant toutes ces années, tu as été ma seule véritable interlocutrice. Je n’avais pas besoin de m’ouvrir aux autres, tu étais le monde pour moi. » (page 169)

 

« C’est une crécelle, le malheur. » (page 173)

 

« Donner la vie, est-ce vraiment faire le bien ? » (page 181)

 

« Chaque fois que je dors avec mes chaussures, je me réveille avec mal à la tête. » (page 195)

 

« On plaque parfois ses désirs sur l’exact opposé du véritable objet de son désir. » (page 206)

 

« Faut-il vraiment faire quelque chose de sa vie ? » (page 221)

La fille à la vodka, Delphine de Malherbe

Présentation de l’éditeur

Alice est belle. A Paris, le monde lui sourit. Mais soudain, pour une raison mystérieuse, elle abandonne sa vie et part s’installer à Avignon. Dans la capitale du théâtre, elle tombe le masque devant un homme étrange qui l’attire. Face à lui, elle défaille et se révèle victime d’un mal tabou chez un nombre croissant de jeunes femmes : l’alcool. La passion amoureuse va-t-elle la guérir de la dépendance à la vodka ? Pas à pas, telle une équilibriste fragile sur un fil tendu, elle avance avec hésitation entre la sagesse et le gouffre, entre l’ivresse de vivre et le vertige de l’amour.

La force de Delphine de Malherbe est de transformer le tabou de l’alcoolisme féminin en un roman fort et beau, dédié à Romy Schneider et Amy Winehouse en particulier… et aux femmes en général. Lire la suite

J’ai déserté le pays de l’enfance, Sigolène Vinson

cvt_Jai-deserte-le-pays-de-lenfance_9046Le pays de l’enfance, pour Sigolène Vinson, c’est Djibouti, terre du premier homme, refuge d’Arthur Rimbaud. Une enfance au soleil, à courir sur le sable et la terre sèche, une enfance en noir et or. Une enfance terreau de rêves nobles : quand elle sera grande, Sigolène servira la justice et prendra la défense des plus faibles. Son existence ainsi deviendra destin.

« Je serais quelqu’un de bien, j’assisterais les victimes d’une société marchande, je me bagarrerais pour la défense du service public, je m’attacherais toujours plus au principe d’égalité qu’à n’importe quel autre […] J’aurais une robe d’avocat et je permettrais à des travailleurs précaires de voir leur contrat de travail à durée déterminée requalifié en CDI, j’obtiendrais des rappels de salaire, des rappels d’heures supplémentaires et même des rappels de paniers-repas. » Lire la suite

Les dents de ma mère, Amandine Cornette de Saint Cyr

Les-dents-de-ma-mere« Bonjour, je m’appelle Anne. J’ai vingt-sept ans et je suis accro à ma mère. Dès la conception, j’ai vécu la dépendance en me shootant au cordon et, à la naissance, en me soulant à ses mamelles, à raison de dix tétées par jour. Sevrée une première fois, j’ai replongé en sniffant son foulard, puis j’ai continué en me piquant aux câlins, aux bisous, aux caresses, aux « je t’aime » jusqu’à l’overdose. J’ai bien essayé de décrocher, mais à force de pourvoir à tous mes besoins, elle m’en a empêchée. » (pages 36-37)

Anne aurait effectivement besoin d’un groupe de parole pour exposer son problème. Mais elle n’en dispose aussi pas, aussi c’est seule avec elle-même qu’elle tente courageusement de se sortir des griffes – et des dents – de sa génitrice. Or, si la promesse est belle et le prince charmant, il n’est finalement pas certain que le jeu en vaille la chandelle : « Comment peut-il espérer que je troque l’amour éternel d’une mère contre celui, précaire, d’un homme ? » (pages 135-136) Lire la suite