Courir après les ombres, Sigolène Vinson

Présentation de l’éditeur :

Courir après les ombresDu détroit de Bab-el-Mandeb au golfe d’Aden, Paul Deville négocie les ressources africaines pour le compte d’une multinationale chinoise.
De port en port, les ravages de la mondialisation lui sautent au visage et au cœur la beauté du monde dont il ne peut empêcher la destruction. Les merveilles qui ne s’achètent pas ne risquent-elles pas de disparaître dans un système ou toute valeur se chiffre ?
Paul se met alors à chasser un autre trésor : les « écrits jamais écrits » d’Arthur Rimbaud – il veut le croire, le marchand d’armes n’a pas tué le poète. Inlassablement, il cherche. Trouvera-t-il plus que le soleil aveuglant, la culpabilité d’être et la fièvre ?

Paul Deville est un type « qui signe des contrats aux enjeux économiques considérables tout en s’imaginant que l’avenir de l’humanité réside dans les poèmes jamais écrits d’Arthur Rimbaud ». Un type qui court après les poètes tout en travaillant à l’installation de bases navales qui sont les éléments du collier de perles, un type qui allie le rêve au matérialisme et qui a choisi de « participer au modèle existant pour en précipiter la perte ».
A la recherche des écrits jamais écrits d’Arthur Rimbaud, il croise des personnages autant que lui en marge, quoique chacun bien à sa façon…

Après J’ai déserté le pays de l’enfance et Le caillou, Sigolène Vinson signe un troisième opus patronné par la difficulté d’être au monde. Entre ceux qui rejettent le profit, « cette quête d’argent qui se faisait contre le travail, les travailleurs et les êtres humains », celui qui souhaite attraper au moins le paludisme, cette fièvre fidèle, celle qui ne veut plus faire l’effort d’appartenir à ses contemporains, les regards que propose d’adopter l’auteur soulignent le caractère vain de nos existences passées à accumuler et à courir avant la mort et invitent à se recentrer sur l’essentiel – ce qui nous lie aux autres, ce qui nous fait hommes comme eux. La poésie en fait partie.
Un roman dont le rythme même impose de ralentir, servi par une sensibilité exacerbée et une colère exposée sans prosélytisme.

Sigolène Vinson, femme artisan d’une poésie ancrée dans le réel, met en scène les jeunesses trahies et les vies d’adultes non assumées, les destins des naufragés de la vie moderne à laquelle la poésie ne peut (presque) plus rien. Ces destins particuliers s’unissent au grand tout dans ce roman d’une Afrique mal aimée par l’Occident qui en a fait sa poubelle, qui appartient à ceux qui l’habitent autant qu’à ceux qu’elle habite.

Éditions Plon, août 2015, 208 pages, 17,90 euros

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Fragments :

« Paul a inventé cette histoire dans le seul but d’y croire. » (page 21)

« Dans leurs silences, dans leurs paroles trop rares ou trop folles, certains vieux sont des tyrans. » (page 24)

« L’Afrique ne savait rien des flocons. » (page 28)

« Les pleurs qui coulent des yeux de Paul sont des embruns. » (page 40)

« Une cargaison d’or n’évite pas les naufrages. » (page 41)

« Ses cheveux bouclés ont encore éclairci depuis qu’il l’a vue. Le soleil et le sel créent ainsi les sirènes. » (page 55)

« Mariam ne vit pas d’espoir, elle vit de poissons. » (page 60)

« Être chamelier en Afrique, ce n’est pas être prisonnier, c’est avoir forme humaine. » (page 63)

« L’exil est une course en solitaire et ceux qui se noient n’existent pas. » (page 86)

« Où est le bâton qui l’aidera à se relever ? » (page 89)

« Ils parcourent le globe sans savoir s’ils y sont. Or personne n’y est jamais. Les hommes se sont absentés du monde. » (page 91)

« Entendre sa langue natale à l’autre bout du monde, c’est comme rentrer au bercail. » (pages 92-93)

« Il a enfin trouvé quelque chose à faire de moins important que changer le monde. » (page 93)

« Ça ne sert à rien de dire à quelqu’un qu’on l’a attendu toute la nuit, parce que ce n’est jamais tout à fait vrai. On reste éveillé pour bien d’autres raisons, pour toutes les questions sans réponse que la nuit fait surgir. » (page 99)

« Une douleur qui s’appelle « mer », qui ne voudrait en être frappé ? » (page 102)

« Le monde n’attend plus que lui pour renaître. » (page 114)

« La vie est plus vivable quand on la passe à ne pas vouloir la changer. » (page 115)

« Ils s’en allaient à l’étranger pour que les choses soient toujours neuves. » (page 126)

« A travailler si fort, à mettre tant de joie et de conviction dans son travail, il lui semble avoir trouvé la bonne façon de vivre. » (page 134)

« Les somaliens savent que, si la mort n’est pas au bout d’une kalachnikov ou d’une famine, elle est dans un bidon radioactif. » (page 140)

Roma, Roberto Di Costanzo

Présentation de l’éditeur :

 

RomaUn voyage tout en rêverie au cœur de l’architecture colossale de Rome.

Tour à tour funambule et promeneur, toujours émerveillé, envolez-vous à travers l’immensité de cette ville aux mille statues. Voyagez avec douceur du Tibre au Colisée, entraînés avec joie aux quatre coins de la cité. Perdez-vous dans la contemplation de ses monuments, au détour de ses ruelles. Envoûté par la poésie de cette balade, prenez-vous à rêver d’attraper une poignée de ballons rouges afin de voler vers votre propre pays imaginaire.

 

 

Dans la Cité éternelle, quelques enfants, quelques ballons, et le vent qui souffle les bulles de savon… Ce joli petit livre ne comporte pas de texte au-delà de sa préface. Les dessins aux traits de Roberto Di Constanza, qui a étudié à l’académie des Beaux-arts de Rome, sont en noir et blanc, seules les bulles aériennes, ballons ou savon, sont égayées d’une touche de couleur.

Tout dans ces pages est fait pour éveiller l’imagination du lecteur, habitué de Rome ou non. La balade charme le lecteur, qui se laisse envoûter par les grandioses monuments comme par les enfants qui jouent les jeunes guides.

 

Cette fresque poétique évoque aussi bien les carnets de croquis, les albums photos d’antan ou les carnets de voyage que le Ballon rouge d’Albert Lamorisse.

Que la magie se répande sur la ville !

 

Editions Nomades, 2012, 64 pages, 14,50 euros

 

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La blancheur qu’on croyait éternelle, Virginie Carton

Présentation de l’éditeur :

La blancheur.jpgMathilde aimerait bien devenir chocolatière mais elle est trop diplômée pour ça. Elle ne sort pas beaucoup et n’aime pas se déguiser. Ce qu’elle préfère, c’est regarder le concours de Miss France à la télé en mangeant des palets bretons trempés dans du lait. Quand elle avait sept ans, Mathilde a été traumatisée par la mort de Romy Schneider. À trente-quatre ans, elle pense encore à Julien, et Éléonore, sa meilleure amie, est décidée à lui trouver un bon parti.
Lucien est pédiatre, il aime les films avec Jean-Louis Trintignant, et Deauville. Il n’aime pas tellement danser. Ça remonte à son enfance, à l’époque des premières boums ratées. Chaque année, au Nouvel An, il envoie une carte de vœux à ses parents. À trente-cinq ans, il est célibataire. Il aimerait bien que ça change. Mais il n’est pas très à l’aise avec les SMS, alors c’est pas gagné.

Mathilde et Lucien habitent le même immeuble mais ne le savent pas.

Un jour, le nouveau voisin les invite à sa soirée déguisée. La Blancheur qu’on croyait éternelle est l’histoire de deux solitudes, deux sentimentaux perdus dans un monde plus vraiment sentimental.

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Dans son deuxième roman, Virginie Carton dresse le portrait de deux anti héros attachants. On aimerait bien avoir pour voisins Lucien, le pédiatre en décalage avec la vie moderne, et Mathilde, harcelée par une mère castratrice, qui a peur des chiens et qui voudrait être enfin considérée comme une adulte. Mais peut-être qu’on ne les traiterait qu’avec indifférence. Car il ne fait jamais bon être en dehors de normes convenues, ne serait-ce que de quelques pas.

 

On attend leur rencontre avec une impatience grandissante… Une impatience qui rend la lecture plaisante et très douce, comme cotonneuse.

 

Ce roman des solitudes juxtaposées est une ode aux petits riens du quotidien, à la poésie, à l’émerveillement.

C’est aussi une collection de chansons françaises un peu datées, de ces tubes qu’on connaît par cœur, qu’on chérit, en osant plus ou moins (se) l’avouer, et qu’on se prend à sourire de reconnaître au fil des pages.

Impuissants morceaux de foule sentimentale que nous sommes.

 

Editions Stock, mars 2014, 224 pages, 18 €

 

Phrases choisies :

 

« Il fixait la route avec gravité comme l’aurait fait son héros. Il imaginait la caméra filmer son profil concentré et en ressentait une jouissance indicible. » (page 14)

 

« Si les vieilles voitures ont du charme, elles ont aussi l’âge de leur moteur. » (page 25)

 

« Que restait-il de Deauville sans Trintignant ? » (page 28)

 

« Les rentrées d’argent n’étaient pas pharaoniques, aussi Lucien reportait-il à une date indéterminée le moment où il vivrait avec style. » (page 33)

 

« Pour la première fois, elle emménageait avec un homme et, pour elle, vivre avec un homme, c’était devenir une femme. » (page 77)

 

« Elle se disait que grand-mère, ça n’avait rien à voir avec mère. C’était plus doux, ça bougeait moins et ça racontait des histoires. » (page 82)

 

« Il suffit parfois de changer de costume pour que les autres nous regardent autrement. » (page 86)

 

« Ils avaient pris deux trains quand lui ne parvenait pas à se décider à monter dans le premier. » (page 93)

 

« Peut-on grandir lorsque l’on n’a jamais été responsable que de soi ? » (page 93)

 

« Lucien se demandait à quel moment de sa vie il avait été jeune. » (page 119)

 

« Lorsque le présent ne propose rien, que l’avenir est incertain, on est parfois tenté de retrouver ce qu’on a bien connu, de revenir là d’où l’on vient. » (page 129)

 

« Penser l’avenir le fatiguait. » (page 140)

 

« Mathilde détestait parler de maquillage, ou de coiffeur, ou de vêtements. Elle trouvait que cela était de l’ordre de l’intime, de la poésie que l’on mettait à paraître ce que l’on voulait paraître. Que les autres devaient se contenter d’être spectateurs sans chercher à entrer dans nos coulisses. » (page 141)

 

« Au moment d’entrer dans la cour, Mathilde regarda ce spectacle humain, la fresque d’une jeunesse aboutie au rang d’adulte, des garçons, des filles qu’elle avait croisés sur sa route, qui n’avaient de commun avec elle que d’avoir fait les mêmes études, la même année, sans doute pas pour les mêmes raisons. (page 144)

 

« Il lui fallait de toute urgence rentrer à Paris.

Son voisin connaissait Alain Souchon.

Sa vie à Paris était donc trépidante. » (page157)

 

« Mathilde était de ces gens qui doutent, les gens qui trop écoutent leur cœur se balancer. » (page 164)

 

« C’est le problème avec les engagements : la plupart du temps, on essaie de s’y tenir. » (page 166)

 

« Lucien se disait qu’être adulte, c’était être joyeux, à condition de ne pas toucher d’ampoule électrique dans son bain. » (page 173)

 

« Il retournerait à Deauville, où il avait laissé une déception dont il ne se remettait pas. » (page 195)

Les étourneaux, Fanny Salmeron

Présentation de l’éditeur :

Après une série d’attentats à Paris, trois amis, Lodka Place, Brune Farrago, Ari Saint-Thomas et leur chien Ferdinand Griffon vont se réfugier dans une maison de campagne. Ils se pensent à l’abri tandis que dehors le chaos menace.

 

Les noms des personnages donnent le ton : on plonge d’emblée dans une sorte de conte moderne, un conte ou une fable. A partir de l’attentat, on remonte le fil des existences : comment chacun d’eux est-il entré dans la vie de Brune ? On tombe en cours de route sur des listes (ex : la liste « nous avant nous c’est comme »), des mails, des textos, de la musique, un test de magazine – qui sont autant d’heureuses surprises, autant de pralines roses dans la brioche. Lire la suite