Les brutes, Philippe Jaenada

Présentation de l’éditeur :

philippe-jaenada-les-brutesLes brutes sont partout. Nous subissons leur loi, que ce soit à l’école, au catéchisme, à l’armée ou en amour. Un homme pourtant s’est rebellé : Philippe Jaenada a su dire non à la cantinière, refuser Dieu et défier l’armée. Convoqué pour ses trois jours de servie militaire en octobre 1984, il se retrouve encerclé par les brutes, mais rira bien qui rira le dernier…

 

Ce petit opus aurait pu s’appeler « Comment je n’ai pas fait mon Lire la suite

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Le cosmonaute, Philippe Jaenada

Présentation de l’éditeur :

philippe-jaenada-le-cosmonaute-9782757825518Nous vivions quelque chose d’extraordinaire. Nous nous aimions. Et puis Pimprenelle, si imprévisible, si aérienne, est devenue obsessionnelle et jalouse. Heureusement, j’ai adopté une méthode pour affronter la vie en toute sérénité : celle du chameau sauvage d’Australie. Lors des duels, il décide lui-même s’il a gagné ou non, et il se couche sur le flanc, sans se soucier de son adversaire.

 

Hector, le narrateur, a trouvé la femme de sa vie. Après deux ans d’amour, la dénommée Pimprenelle est enceinte, et bientôt Oscar agrandit le cercle. Dès lors, rien ne va plus pour Hector. Sa dulcinée, sa princesse rencontrée dans une forêt d’Allemagne, le transporte « dans une prison qu’elle a construite elle-même et dont elle a établi toutes les lois ». Voilà désormais ce qu’est le couple Lire la suite

Danbé, Aya Cissoko & Marie Desplechin

DanbéLa boxeuse Aya Cissoko a un palmarès impressionnant : championne du monde de boxe française amateur femmes en 1999 et 2003, championne de France, d’Europe et du monde de boxe anglaise femmes en 2006.

 

Lorsqu’elle reçoit son premier titre, elle a 12 ans. C’est dans la catégorie benjamins qu’Aya est championne de France. Avant cela, l’adolescente a connu la vie dans la cité du 140, à Ménilmontant (Paris XXème), la mort de son père et de sa sœur dans un incident criminel, la mort encore de son petit frère moins d’un an plus tard.

La carrière sportive d’Aya sera brutalement interrompue en 2010 par une fracture des cervicales. La jeune femme reprendra alors ses études en entrant à l’Institut d’études politiques de Paris.

 

« Ceux qui savent se battre sur un ring savent se battre dans la vie. » répète son entraîneur à Aya. Le récit de son parcours n’est pas une apologie du sport comme alternative au quartier – au contraire. C’est le témoignage d’une personnalité qui s’est forgée sans attendre les années, qui s’est nourrie de l’amour des siens et a su trouver de la force dans les difficultés.

 

C’est un livre bref et très accessible qui donne aussi à voir une autre image de la boxe. C’est enfin la voix sincère et touchante d’une Française fille d’immigrés qui s’est construite malgré l’inévitable déchirement inhérent à sa condition en choisissant de prendre le meilleur de ses deux cultures.

 

AVT_Aya-Cissoko_2226Danbé a reçu roman le Grand prix de l’héroïne Madame Figaro en 2011.

Il est en cours d’adaptation pour Arte.

 

Points, 2012 (et Calmann-Lévy, 2011), 188 pages, 6 euros

 

 

Passages choisis :

 

« Je ne sais pas si l’Afrique a un problème avec l’Histoire. Mais je suis à la bonne place pour constater que l’Histoire a un problème avec l’Afrique. » (page 15)

 

« Mon destin français vient en bonne partie d’une législation foutraque née d’une appréhension bigleuse des phénomènes migratoires. » (page 19)

 

« Je peux relire le passé comme un manuel de lecture édifiant. » (page 25)

 

« Quand on est le personnage d’une tragédie, on ne s’épuise pas à chercher des coupables. On s’efforce tout juste d’aller jusqu’à demain. C’est ce que j’ai fait pendant des années. Je suis allée d’aujourd’hui à demain. » (page 45)

 

« Et puis il y a le corps. Il prend loyalement sa part des tourments de l’âme, il les détourne, il les bricole, il les apaise à sa manière. » (page 49)

 

« La traduction la plus approchante du malinké danbé serait le français « dignité ». La dignité, la vertu cardinale, le pivot autour duquel ma mère entend articuler notre existence. Sa propre mère le lui a transmis comme code de conduite. Elle s’y est tenue, nous nous y ferons. » (page 50)

 

« A partager une existence confite dans la misère, on développe toute une batterie de sentiments inconfortables, dont il faut bien penser qu’ils sont aussi distrayants, l’envie, la méfiance, la malveillance. » (page 56)

 

« Au destin qui s’acharne on ne peut opposer que la ténacité, et le recommencement. » (page 59)

 

« Echanger un conditionnement parfait contre une parfaite solitude n’est pas forcément une affaire en or. » (page 61)

 

« L’enfance n’est pas une partie de plaisir. » (page 61)

 

« Dehors est glacé, dedans est écrasant. » (page 66)

 

« De moi, on attend juste que je sois dure au mal. » (page 72)

 

« Le sport m’a donné une conscience très précise de mon corps. Le respect que je me porte impose aux autres de me respecter. » (page 85)

 

« Boxer me prouve, à longueur d’entraînement, que j’existe. Chaque coup reçu, chaque impact, la douleur même me rappellent que je suis vivante. […] Jamais, durant ces années d’entraînements et de combats, je ne conçois la boxe comme un moyen de « m’en sortir », comme une bonne manière, pour une enfant de pauvres, de s’élever socialement. Boxer n’est pas un accès au monde des autres. C’est une aventure intime. Une histoire de moi à moi. » (page 88)

 

« Je préfère la défaite. Perdre est un piment. Perdre est une promesse. Le chemin sera plus long que prévu, plus ardu, le labeur plus constant. » (page 89)

 

« Le plaisir n’a rien à voir avec la boxe. Il faut, pour se battre, avoir ses raisons, une douleur plus profonde, à peine visible, difficile à dompter, et qu’elle seule permet d’exprimer. » (page 90)

 

« Tout ne s’arrange pas du jour au lendemain, on ne renonce pas en une fois à toute sa vie d’avant. Mais un mouvement se met en place, qui ne s’arrêtera plus. Ce n’est plus le vague désir d’en sortir qui nous obsède, c’est la volonté qui nous guide. » (pages 95-96)

 

« Il faut se percevoir comme un peuple en danger pour organiser la transmission d’une histoire, comme d’un patrimoine, d’une distinction. » (page 106)

 

« Notre couleur parle pour nous, et nous ne savons pas ce qu’elle dit. » (page 106)

 

« L’avantage du dilettantisme, c’est qu’on risque moins de souffrir d’ambition déçue. » (page 116)

 

« Il n’y a que l’expérience pour dissoudre le préjugé. » (page 121)

 

« On ne peut pas mener deux luttes à la fois. » (page 159)

 

« Le passé me revient en même temps qu’il m’échappe. » (page 181)

Le petit livre des gros câlins, Kathleen Keating

Livre calinsOn sous-estime le pouvoir des câlins. « Manifestation d’amour, d’affection, de compassion et de joie, les câlins ne sont pas seulement délicieux, ils sont nécessaires. Les scientifiques du monde entier ont prouvé que les câlins sont aussi indispensables à notre bien-être physique qu’à notre équilibre affectif. » (page 13). Les câlins participent notamment à la croissance des bébés. Ils aident aussi à rester mince : « Nous avons moins besoin de manger quand nous sommes gavés de câlins. » (page 15)

La prescription de l’auteur est précise :

« Pour survivre : 4 câlins

Pour se maintenir en forme : 8 câlins

Pour se sentir vraiment heureux : 12 câlins » (page 27)

Ceci par jour et par personne – minimum, il n’y a évidemment pas de maximum.

 

Dans ce petit livre-friandise, Kathleen Keating, conseillère en santé mentale, rappelle les bienfaits des câlins, en expose les différents types et apporte son éclairage le langage des câlins ; « Les câlins, mieux que l’esperanto, parlent une langue universelle… » (page 62) « Un gros câlin vaut mieux qu’un long discours. » (page 64)

 

calinsIllustré de gros ours signés Mimi Noland – les ursidés seraient les inventeurs des câlins -, ce Petit livre des gros câlins est à offrir à ceux qui doutent de leurs vertus. « Vivre, c’est se câliner l’un l’autre, en regardant ensemble dans la même direction. » (page 82)

Faites des câlins, pas la guerre !

(Inutile de préciser ce qu’on a envie de faire aussitôt la lecture achevée.)

 

Points, 1994, 96 pages, 4,50 €

 

Merci à Séverine !

Le quai de Ouistreham, Florence Aubenas

Ouistreham

« La crise. On ne parlait que de ça, mais sans savoir réellement qu’en dire, ni comment en prendre la mesure. Tout donnait l’impression d’un monde en train de s’écrouler. Et pourtant, autour de nous, les choses semblaient toujours à leur place. J’ai décidé de partir dans une ville française où je n’ai aucune attache, pour chercher anonymement du travail… J’ai loué une chambre meublée.

Je ne suis revenue chez moi que deux fois, en coup de vent : j’avais trop à faire là-bas. J’ai conservé mon identité, mon nom, mes papiers, et je me suis inscrite au chômage avec un baccalauréat pour seul bagage. Je suis devenue blonde. Je n’ai plus quitté mes lunettes. Je n’ai touché aucune allocation. Il était convenu que je m’arrêterais le jour où ma recherche aboutirait, c’est-à-dire celui où je décrocherais un CDI. Ce livre raconte ma quête, qui a duré presque six mois, de février à juillet 2009.

J’ai gardé ma chambre meublée. J’y suis retournée cet hiver écrire ce livre. »

Extrait de l’avant-propos

 

 

On pourra trouver la démarche discutable : se mêler aux petites gflorence-aubenas-cv_1267194180ens alors qu’on ne manque ni de ressources financières ni de travail. Cette démarche, pourtant, était sans doute la seule qui permettait d’obtenir un reportage de cette densité, de cette longueur et de cette justesse. Sans parler du travail qu’il a fallu réellement fournir, des semaines durant, et des humiliations, qui sont le lot de ces travailleurs précaires et dont l’auteur a eu sa part.

 

Le constat est implacable, le récit édifiant. Les aberrations imposées par le statut de demandeur d’emploi et les contradictions internes à Pôle Emploi sont consternantes.

 

On plonge en apnée, tristement fasciné, dans le monde des techniciens de surface de la région caennaise ; on monte à bord des bateaux qui s’arrêtent sur le quai de Ouistreham, pris d’une nausée qui n’a rien à voir avec le mal de mer. On tourne les pages tenu en haleine par le suspens dans lequel sont figées ces vies croisées.

 

Florence Aubenas s’en tient cependant au reportage, laissant le lecteur juger. Donner à voir plutôt que condamner. C’est ce qui fait la force de son ouvrage, ce qui explique son succès et ses nombreux prix sans doute, quoi que le livre ne contienne aucune raison de se réjouir.

 

Le quai de Ouistreham est paru en 2010. Il semble que rien n’ait changé depuis.

 

 

Points 2011 (et L’Olivier 2010), 240 pages, 6,50 euros

 

 

Trois citations :

 

« Mes relations de travail consistent, pour l’essentiel, à me faire oublier, tout en sachant doser les situations qui nécessitent de se faire totalement oublier et celles où il faut juste se faire un peu oublier » (page 137)

 

« Je me suis mise à calculer mes heures de sommeil avec autant de minutie que mes heures de travail. Je reviens du ferry à 23h30, je me lève à 4h30, pour le premier ménage. Dormir est devenue une obsession. » (page 173)

 

« Il paraît qu’en 2013, après l’élection présidentielle, Pôle Emploi pourrait à son tour faire l’objet d’un plan social et se mettre à licencier. » (page 230)

Sévère, Régis Jauffret

Une femme en fuite. Elle vient de tirer à bout portant sur son amant. Elle repasse chez son mari et s’envole ensuite pour l’Australie. En franchissant les fuseaux horaires, elle espère vainement remonter le temps. C’est que l’homme qui git dans sa chambre, l’homme que l’on découvrira mort demain, cet homme-là n’est pas n’importe qui. Il est immensément riche, et, par conséquent, infiniment puissant. Entre elle et lui, il a d’ailleurs été question d’un virement d’un million d’euros.

 

« Je suis le tombeau où je l’ai enterré vivant. » (page 51)

 

« Sévère » est un roman bref et incisif. C’est dans sa tête à elle que se glisse Régis Jauffret. Il ne l’excuse pas mais la donne à connaître au lecteur ; la donne à comprendre.

« Je n’ai jamais su jouer, pas même mon propre rôle. » Lire la suite