Pourquoi écrivez-vous, Alain Wagneur ?

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Alain Wagneur est directeur d’école et vit à Paris.

Il a publié chez Actes Sud Terminus Plage (“Babel noir”, 2005) – adapté au cinéma en 2011 sous le titre Légitime défense – et Hécatombeles-Bains (“Babel noir”, 2008), qui a reçu le prix Paul Féval du roman populaire. Il a aussi publié plusieurs livres pour la jeunesse, dont Classe de mer (l’école des loisirs).

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Son dernier ouvrage, Des milliers de places vides, est paru en octobre 2014.

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Pourquoi écrivez-vous ?

wgnPourquoi j’écris ? Voilà une question étrange… Qui ne se pose pas. Pourquoi un nageur nage-t-il, un jogger coure-t-il, un fumeur fume-t-il ? Il n’y a pas de raisons, simplement un fait, disons une façon d’être là, ici bas. C’est en tout cas la manière que j’ai trouvée d’occuper le (bref) espace de temps qui m’est imparti. Écrire, c’est-à-dire être en relation avec ce qui a été écrit, ce qui s’écrit, et ce qui s’écrira un  jour. Il n’y a bien sûr aucun message à faire passer. Il s’agit juste de rejoindre l’immense cohorte d’affabulateurs, rejoindre celui, celle, qui le premier, c’était autour d’un feu, à l’entrée d’une grotte, il y a longtemps, celui, celle qui a fait reculer la peur et l’ennui en racontant aux autres l’histoire du grand combat contre le très grand mammouth, la légende de la chasse merveilleuse ou les faits prodigieux de l’ancêtre oublié. Car il faut bien se raconter des histoires pour vaincre la peur.

Alors oui, des histoires, je m’en raconterai et j’en lirai, j’en verrai au cinéma, j’en écouterai à l’opéra, au théâtre. Il ne faut pas se raconter d’histoires ? Mais si justement, il le faut. Celles des autres, les miennes, qui sont d’ailleurs celles des autres recyclées, réécrites, redites parce que bien sûr, depuis le premier soir autour du premier feu, tout a déjà été dit et tout est encore à re-conter.

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

Dès lors il ne peut y avoir qu’un seul conseil, qui n’en est pas un. C’est une exigence… Vous voulez écrire ? Commencez par lire !

 

 

Précédent rendez-vous : Grégoire Thonnat

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Classe de mer

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Pourquoi écrivez-vous, Grégoire Thonnat ?

Gregoire Thonnat

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Passionné d’histoire, Grégoire Thonnat et l’auteur de la Petite histoire du ticket de métro (éditions Télémaque, 2010) et de plusieurs quizz historiques et thématiques parus aux éditions Pierre de Taillac : Le petit quizz de la Grande Guerre (2013), Le petit quizz de la marine (2015) et tout récemment Le petit quizz de Versailles (2015).

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Pourquoi écrivez-vous ?

Deux choses m’animent :

 

Partager un savoir, une expérience et bien souvent une émotion. Depuis que je suis enfant, j’ai la passion de l’Histoire, la grande comme la petite. J’adore les biographies et les témoignages et aussi les anecdotes historiques qui bien souvent éclairent les grands personnages et les grands événements qui font l’HisThonnattoire.

 

Pour les rencontres avec les autres. Faire des livres m’offre de belles rencontres aussi bien avec des personnalités de tous types qu’avec des gens inconnus. Beaucoup des plus belles rencontres que j’ai pu faire (après celle avec ma femme !), je les dois aux livres sur lesquels j’ai travaillé.

 

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

Est-ce que je suis apte à donner des conseils ? De plus, je ne me considère pas du tout comme un écrivain mais plutôt comme un essayiste. Avoir la volonté d’écrire et d’être publié est une démarche tellement personnelle… La seule chose à dire, c’est que lorsque l’on a cette envie en soi il faut se donner les moyens et y aller à fond. Quand vous avez la « passion », les gens en face de vous le ressentent.

 

 

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Prochain rendez-vous : Alain Wagneur

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Pourquoi écrivez-vous, Sophie Noël ?

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Auparavant directrice d’école, Sophie Noël est l’auteur de nombreuses nouvelles, souvent primées.

Elle écrit une série jeunesse, Mahaut du Fargis, dont les deux premiers tomes (Le Mystère de la grotte au diable et L’Armée des rats) sont parus en 2013 et 2015 aux éditions Les 2 encres.

Maman de deux filles adoptées en Haïti, elle raconte ses péripéties de maman adoptante sur le blog http://mamancommelesautres.blogspot.fr

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Sur ce même sujet, elle a écrit un album et un roman jeunesse, L’enfant du séisme, paru en avril 2015 chez Oskar éditeur.

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Pourquoi écrivez-vous ?

Je me suis longtemps interdit d’écrire, ou en tout cas d’aller au bout d’une histoire. Je laissais partout des bribes d’écriture : des notes dans un carnet, des anecdotes dans des cahiers, des romans inachevés, des nouvelles non corrigées.

Il faut dire que mes références littéraires ne me laissaient pas le choix : Zola, Proust, Mishima, Garcia Marquez, Auster (désolée, il n’y a pas de femmes, j’en suis la première meurtrie…). Impossible de concurrencer de tels écrivains : autant ne rien faire !

J’avais la velléité de commencer, mais ne tenais pas la distance. Et puis, finir, c’est toujours triste : finir un livre, finir un bon pot-au-feu, finir une histoire d’amour, finir une vie… Je reculais l’échéance, malgré l’envie, et continuais à écrire de l’inachevé.

Et puis, comme on se couche sur le divan d’un psychiatre et que tout coule sans effort, un jour, une porte s’est ouverte sur un nouveau monde, qui a autorisé mes mots et mes histoires à aller jusqu’au bout d’eux-mêmes. Je suis entrée dans la véritable écriture par les contes, là où les débuts et les fins sont ce que l’on veut, où les personnages SNoelpeuvent être sans nuances comme nos fantasmes, où les allégories adoucissent la réalité. Je me suis aperçue qu’écrire, c’était mentir pour dire la vérité. C’était trouver son propre exotisme. Un acte de création sublime qui cristallise les chimères éparses de notre inconscient.

Alors, j’ai osé.

 

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

Celui-ci : oser.

 

 

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Prochain rendez-vous : Grégoire Thonnat

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L’enfant du séisme

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Pourquoi écrivez-vous, Marie-Sabine Roger ?

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Née en 1957 à Bordeaux, Marie-Sabine Roger est l’auteur de nombreux romans en littérature jeunesse et en littérature générale. Parmi ces derniers, ont notamment été publiés aux éditions du Rouergue La tête en friche (2009), Vivement l’avenir (2010), Bon rétablissement (2012). Son dernier roman en date, Trente-six chandelles, est paru en janvier 2015, toujours au Rouergue.

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Pourquoi écrivez-vous ?

La question que je me poserais plus volontiers serait plutôt « Pourquoi est-ce que je n’écrirais pas? », sachant le plaisir et la liberté que j’y trouve.

Pour moi, écrire, c’est me donner le luxe de vivre plusieurs vies, de voyager sans quitter mon bureau (même s’il m’est souvent arrivée de voyager aussi « pour de vrai »).

Je ne vous ferai pas le coup de « la bouteille jetée à la mer », parce qu’un roman, ce n’est pas une seule bouteille qui contient un message, c’est autant de bouteilles qu’il y aura de lecteurs. Et le message enfermé n’attend pas de réponse, au sens propre. Il attend un regard. Et les lecteurs sont parfois loin, très loin, très souvent anonymes.

Pourtant il y a un peu de ça, dans le fait de jeter des mots sur une page blanche, sur un écran d’ordinateur.

J’écris pour moi, bien sûr, très égoïstement, mais j’espère toujours que j’aurai des complices, des compagnons de route, ici ou là.

D’autres que moi pour rire, s’émouvoir, s’indigner, réfléchir, s’attendrir. Vivre, en fait.

La rencontre avec les lecteurs, lorsqu’elle a lieu, c’est exactement ça. J’ai soudain en face de moi des gens qui font partie de ma bande, qui ont trouvé mes bouteilles, qui ont lu les messages, et qui s’en sont servi pour repeindre leur horizon, pendant une heure ou deux, pendant un jour ou deux.

Eux et moi, nous partageons désormais les mêmes personnages, nous avons en commun leur histoire, car je ne me sens pas plus propriétaire de mes héros que mes lecteurs ne le sont. Sans doute moins, même. Je n’ai même pas le sentiment d’avoir réellement « inventé » ces personnages. Ils sont venus vers moi, un jour, ils ont commencé à me raconter leur histoire, et plutôt que de les écouter, seulement, je me suis mise à ma table et j’ai écrit, sous leur dictée ou presque.

RogerJe suis la première lectrice des romans que j’écris, et si les personnages ne me touchent pas, le travail s’arrête.

J’ai besoin de nouer des liens forts avec eux, de me sentir concernée par ce qui les concerne.

Dit comme ça, on peut s’inquiéter de mon équilibre. Mais j’ai toujours parlé de mes personnages comme s’ils étaient vivants, car pour moi, réellement, ils le sont, tout le temps de l’écriture. Ensuite, ils sont comme de vieux amis que j’aurais un beau jour perdus de vue, et ils vont raconter leur vie chez tous ceux qui auront la curiosité d’ouvrir le livre et de tourner les pages. Ce miracle de la lecture, nous le partageons, tous autant que nous sommes, et d’un bord à l’autre du monde, nous, l’immense peuple des lecteurs, des rêveurs.

Je me sens lectrice avant tout. Et si j’ai commencé un beau jour (c’était un très beau jour) à écrire, c’était peut-être par crainte (absurde) de manquer un jour de lecture, comme un gourmand, une gourmande, feraient leurs propres confitures, pour le côté rassurant, la certitude de ne jamais tomber en panne de goûter.

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

… D’ouvrir leurs yeux et leurs oreilles?… Et de savoir être patient.
A mon sens, écrire ne demande pas d’être bardé de diplômes, ni même d’être un grand lecteur. Écrire demande avant tout et surtout d’être curieux de la vie, des gens Roger2autour de soi, du monde environnant. Ce n’est pas pour rien que ce métier commence vraiment – la plupart du temps – à l’âge adulte. Parfois même très tard dans l’existence.
Pour écrire, il faut avoir du grain à moudre, il faut avoir vécu. Rien n’empêche de commencer à écrire très jeune, d’ailleurs ce n’est pas un choix, c’est un besoin, parfois très impérieux. Mais l’écriture se nourrit de ce que nous sommes, de notre vécu, même lorsque nous ne parlons pas de nous.
Plus nous vivons, plus nous avons vécu de situations diverses, plus nous avons de choses à raconter.
Ce qui fait la véracité, l’authenticité d’une scène, d’un dialogue, c’est toute notre expérience de la vie, parce qu’elle sert de fondation à nos histoires, même les plus délirantes.
Mon conseil, ce serait d’écrire dès que l’on ressent le besoin de le faire.
Mais également de ne jamais écrire « pour » être publié, ni « pour » un lectorat. Ne pas se censurer, ne pas se formater, en se demandant qu’est-ce qui fera pleurer ou rire le lecteur, car « Le » lecteur n’existe pas.
Demeurer le seul juge de son propre travail, tout le temps de l’écriture, me semble la garantie d’un travail honnête, exigeant, sans complaisance, et qui ne sera pas perverti par le souci de plaire ou de ne pas déplaire, ni affaibli par une critique trop précoce, qui serait faite sur un travail qui n’est pas encore abouti.
Et puis, se dire en permanence qu’écrire « bien » n’a aucun intérêt.
Ce qu’il faut, c’est écrire « juste ». En tout cas, il faut le tenter.

 

 

Précédent rendez-vous : Alexandre Grondeau

Prochain rendez-vous : Sophie Noël

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Pourquoi écrivez-vous, Alexandre Grondeau ?

Grondeau

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Maître de conférences à l’université Aix-Marseille, docteur en géographie, Alexandre Grondeau publie régulièrement des articles scientifiques dans des revues nationales et internationales.

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Il débute un cercle romanesque intitulé Génération H (éditions La lune sur le toit).

Après un premier tome paru en 2013, le deuxième, Têtes chercheuses d’existence, est paru en mai 2015.

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Pourquoi écrivez-vous ?

J’écris pour parler des gens que j’aime : les décalés, les insoumis, les défoncés, les bons à rien, les doux rêveurs, les gros raveurs, les amateurs de sound system, de teufs, les Grondeauincompris, les galériens, les solitaires, les voyageurs ; ceux qui fument trop, boivent trop, baisent trop, bringuent trop, râlent trop, pleurent trop ; ceux qui vivent sur le fil du rasoir et sont attirés par l’interdit, l’immoral, l’addictif, l’impossible, le dangereux, le déconseillé, bref tous les laissés pour compte de la littérature de salon qu’on retrouve trop souvent sur les présentoirs des librairies.

J’écris donc pour rendre hommage à mes amis, à ma jeunesse, à la jeunesse de France qui ne dort pas mais décide de vivre une existence différente, à son rythme, qui a sa propre manière d’envisager l’avenir et qui veut rester maître de sa liberté, de son autonomie…

Je parle d’eux quand je parle de littérature underground pour présenter Génération H, un cycle de romans que j’ai débuté il y a deux ans et dont le tome 2 sort le 26 mai 2015. Il se veut une sorte de comédie humaine balzacienne avec un grand H et présentée sous psychotropes, totalement barrée mais bien ancrée dans notre douce France, ce pays de tant de transes.

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

Je lui conseillerai de vivre intensément, de lire beaucoup et d’écrire tous les jours. L’écriture est un sport de combat de haut niveau. Il faut s’y préparer avec patience et abnégation. Je lui soufflerai aussi de ne pas vouloir être écrivain, mais de ne pas pouvoir être autre chose qu’écrivain. Écrire n’est pas un luxe, écrire est une nécessité qui porte et détruit. C’est la raison pour laquelle il ne faut surtout pas se prendre au sérieux.

 

 

Précédent rendez-vous : Sigolène Vinson

Prochain rendez-vous : Marie-Sabine Roger

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Pourquoi écrivez-vous, Sigolène Vinson ?

Sigolene Vinson (c) Marie Ouvrard

Sigolène Vinson est née en 1974. Elle est journaliste à Charlie Hebdo et à Causette. Elle est l’auteur d’une autofiction (J’ai déserté le pays de l’enfance, Plon, 2011) et de plusieurs polars écrits à quatre mains avec Philippe Kleinman..

Son premier roman, Le caillou, est paru aux éditions Le Tripode en mai 2015.

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Photo (c) Marie Ouvrard pour Encore magazine

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Pourquoi écrivez-vous ?

Je ne sais plus trop.

A une époque, j’aurais pu dire « c’est une question de vie ou de mort ». Et en y croyant en plus. Dur comme fer.

Aujourd’hui, je n’ai pas de réponse à cette question. Démunie face à elle.

Ou alors, peut-être en ai-je une : raconter des histoires. Sûr, j’aime beaucoup les histoires.

Pas très originale comme raison d’écrire. Mais à tous les coups, suffisante.

VinsonAprès, le message…Je ne suis pas très bonne en message. J’aimerais bien passer celui de la poésie. Mais aussi celui d’un monde qui a faim. Voilà l’état de mes idées, brouillonnes.

Sinon, j’aime lire. Cela doit être ça, j’ai voulu copier ceux qui écrivent.

Plus je tente de trouver une réponse à cette question, plus je sens que j’aime écrire.

J’en conclus donc que j’écris parce que j’aime ça.

J’ai le droit de mettre un smiley ? Allez, je m’arroge ce droit : 🙂

 

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

De se dire : « c’est une question de vie ou de mort ». D’y croire en plus. Dur comme fer.

Sinon, d’aimer ça.

 

 

Précédent rendez-vous : Richard Gaitet

Prochain rendez-vous : Alexandre Grondeau

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Pourquoi écrivez-vous, Richard Gaitet ?

Gaitet

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Né en 1981, Richard Gaitet est journaliste, critique littéraire pour plusieurs médias, notamment Standard et Radio Nova – il y anime depuis 2011 l’émission « Nova Book box ».

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Il est l’auteur de deux romans parus aux éditions Intervalles : Les heures pâles (2013) et Découvrez Mykonos hors saison (2014).

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Son prochain roman paraîtra en janvier 2016.

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Photo : (c) Marie Planeille

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Pourquoi écrivez-vous ?

GaitetPour fixer des souvenirs, des sensations. Pour rêver plus fort que prévu. Ou, comme le note H. P. Lovecraft dans un petit livre rouge que je découvre en plein soleil, pour « réaliser, momentanément, l’illusion d’une étrange violation ou suspension des limites exaspérantes du temps, de l’espace et des lois naturelles qui partout nous emprisonnent ».

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

Lis. Voyage. Va danser. Tombe amoureux. Parle à tout le monde. Lis. Lis. Lis. Des choses variées, classiques ou bizarres. Vole aux meilleurs. Va au cinéma, écoute la musique, regarde des séries télé. Sois toujours en mouvement. Observe les autres. Ecris ce qui te fait peur, ce qui est dur à exprimer. Ne cède pas à la facilité. Travaille. Sois discipliné. Travaille. Muscle ton savoir-faire. Fais de tes défauts des forces. Sois exigeant, mais souple aussi, et accepte tes limites. Coupe. Coupe. Reformule. Vise la clarté. Ne cherche pas la renommée avant d’avoir de quoi la mériter. Lis. Embrasse. Embrasse. Lis. Ecris. Et pendant ce temps, fréquente des artistes dont tu estimes le travail, n’abuse pas des mondanités, mais tache aussi de t’en amuser, d’y débusquer des appuis, des mentors, des haut-parleurs. Surtout, dis la vérité – détournée, arrangée, romancée, transcendée, mais la vérité. Et invite-moi à dîner pour tous ces merveilleux conseils. Tu m’entendras chanter.

 

 

Précédent rendez-vous : Amina Danton

Prochain rendez-vous : Sigolène Vinson

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Pourquoi écrivez-vous, Amina Danton ?

Danton

Titulaire d’une thèse de doctorat en littérature française et d’un Capes de lettres modernes, Amina Danton se consacre depuis 2011 à l’animation d’ateliers d’écriture et à des activités de coaching littéraire (romans, récits, thèses).

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Elle est l’auteur de deux romans : La tangente (Gallimard, 2009) et Aurore disparaît (Mercure de France, 2014).

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Son site : http://am.danton.free.fr/wordpress/

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Photo © Catherine Hélie

Pourquoi écrivez-vous ?

Je pense aussitôt à ce titre de Nina Simone : I sing just to know that I’m alive. I play just to feel that I’ll survive.

Quand j’étais jeune, « écrire » était un mot un peu magique, incantatoire, que je brandissais en moi comme un totem, un bouclier, une prière aussi parfois. Il ne voulait rien dire, il résumait tout, il ouvrait à tout, il permettait d’aller partout. Il conjurait toutes mes peurs. Je croyais aussi beaucoup dans la célèbre phrase de Proust, lue dans Le temps retrouvé. La vraie vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie réellement vécue, c’est la littérature. Je la cite de mémoire, telle que je me la redis encore A Dantonaujourd’hui. J’ai su, très tôt, que lire était une façon d’être en vie, « le pourquoi-écrire » se trouve dans la réponse à cette « vie ». Je la mets entre guillemets car elle est paradoxale, je lisais trop, je m’absentais, mais je rejoignais la vraie vie, une vie dont je rêvais, et dont je désespérais, que la lecture me redonnait de plein fouet. Ecrire est une promesse que je tiens vis-à-vis de ces premières lectures, de mes premières amours.

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

De se laisser traverser, de ne pas avoir peur de perdre, d’accepter que l’écriture les perde. Ne pas se situer par rapport à des considérations liées à la publication, à l’image, l’affirmation de l’amour propre, le souci de réussir, d’être dans le coup.

Ecrire n’est pas lié à une carrière, ni même à un métier. C’est une pratique, qui engage un amour inconditionnel. Rilke le disait au jeune poète. Lire. Lire. Apprendre sans cesse à lire. Ce qui a été lu, de même que tout ce qui a été vécu réellement, ne craint ni l’oubli ni le silence, tout ressurgit en temps voulu dans l’écriture.

Précédent rendez-vous : Gaëlle Renard

Prochain rendez-vous : Marie-Sabine Roger

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Aurore disparaît

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Pourquoi écrivez-vous, Gaëlle Renard ?

Gaelle Renard

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Journaliste de formation, Gaëlle Renard a travaillé dans la culture et dans la presse.

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Elle est l’auteur de plusieurs ouvrages pratiques : Comment j’ai surmonté ma timidité (éditions Milan), Au secours, je suis maman ! et Au secours ! Elle veut des fraises (la grossesse expliquée aux garçons) (éditions Leduc.s).

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Son premier roman, Au secours, j’ai 40 ans (depuis 4 ans), est paru aux éditions Charleston en mai 2015.

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. Photo © Patricia Franchino

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Pourquoi écrivez-vous ?

RenardJ’écris pour ranger ma tête. Mes idées, mes colères, mes angoisses, et mes enthousiasmes flottent dans mon esprit comme les herbes de la mare de mon enfance, comme le brouillard de la plaine où je suis née. Alors je me pose. Et je transpose. L’écriture est la flamme qui rend soudain visible l’encre sympathique de mes pensées. J’écris comme je range mes placards, comme je fais le ménage, pour être contente après. J’écris comme une fille du Nord, comme une femme de mineur, qui refuse de laisser la poussière de charbon ternir son quotidien. J’écris parce que j’aime quand c’est propre.

J’écris pour fixer les moments, pour arrêter le temps. Pour garder à tout jamais l’odeur des cheveux, la douceur de la main de ma grand-mère qui s’éteint, la petite musique de la voix de mes fils, le goût du premier baiser de mon homme au son des boums boums de mon cœur. J’écris comme je prendrais un polaroïd. D’ailleurs souvent, c’est une image qui motive ce que j’écris. Ecrire me permet de redonner le son, l’odeur, le toucher à cette image. L’écriture c’est comme une photo magique de l’instant.

Renard1J’écris parce que ça rend tout moins grave. C’est plus fort que moi, il faut que je glisse de l’humour partout. Humour acerbe ou tendre, humour qui grince ou lubrifie, je ne peux pas m’empêcher de tout assaisonner, comme une cuisinière qui a parfois la main lourde, je le sais. Les histoires de la vie bouleversent beaucoup moins la grande sensible que je suis quand je sais que je vais pouvoir les extrapoler, les distendre, les bousculer, et les dédramatiser par un sourire.

J’écris parce que j’ai une toute petite voix que bien souvent on n’entend pas.

J’écris parce que jouer avec les mots, leur sonorité, et leur rythme me console de ne rien y connaître en musique.

J’écris parce qu’on m’a trop bien appris à ne pas mentir, mais qu’à l’écrit, c’est permis.

J’écris parce que M. Breton, en cours moyen, avait dit à mes parents qu’il gardait mes rédactions comme un bonbon, à la fin de ses corrections. J’écris pour qu’on me dise que c’est bien, ce que j’écris.

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

De ne pas penser à ceux qui vont le lire. Je crois qu’il faut d’abord écrire pour soi, quitte à arrondir les angles au polissoir de la diplomatie après.

De ne pas se regarder écrire. Je crois que c’est le plus difficile. Il faudrait idéalement écrire comme on déborde, sans essayer de faire professionnel, ou poétique, ou joli.

De s’acheter des cahiers, des carnets, et d’y noter des phrases qui lui viennent, et des idées même mal ficelées, sans trop savoir ce qu’il ou elle en fera après.

D’écouter, d’observer, d’espionner les conversations, d’imaginer la vie des gens. Bref, de fréquenter beaucoup les cafés et de regarder, l’hiver, à travers les fenêtres éclairées.

 

 

Précédent rendez-vous : Cécile Coulon

Prochain rendez-vous : Amina Danton

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Pourquoi écrivez-vous, Cécile Coulon ?

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Cécile Coulon est née en 1990. Après un roman et un recueil de nouvelles aux Éditions Revoir, elle a publié quatre romans aux Éditions Viviane Hamy (dont Le Roi n’a pas sommeil (2012), Prix Mauvais Genres France Culture / Le Nouvel Observateur).

Son dernier ouvrage, Les grandes villes n’existent pas, est paru aux éditions du Seuil en janvier 2015.

. Photo © TF1

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Pourquoi écrivez-vous ?

Parce que ça me procure un plaisir que je ne trouve pas ailleurs, ou en tout cas, pas de cette puissance. J’ai commencé à écrire des histoires après en avoir beaucoup lu, et ça me bouleversait tellement, que j’ai voulu, à mon tour, tenter de bouleverser le lecteur.

CoulonL’écriture, c’est une sorte de conversation en différé, où au lieu de sortir des âneries spontanément, sans réfléchir, on peut utiliser tout le temps nécessaires pour les formuler ! Il y a autre chose aussi : j’ai parfois entendu que la littérature, ses univers, étaient plus intenses que le réel. Je crois que c’est l’inverse : pour moi l’écriture est un moyen de comprendre l’intensité du monde après l’avoir expérimentée.

 

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

Lire, beaucoup, de tout. Des bandes-dessinées, des nouvelles, des romans, de la poésie, c’est très important la poésie, des textes philosophiques, écouter de la musique, voir beaucoup de films. Habituer son imagination à inventer des histoires, à comprendre comment ça fonctionne la construction du suspense, des personnages. Et surtout, ne jamais écouter les conseils des auteurs (rires) !

 

 

Précédent rendez-vous : Alexandre Lacroix

Prochain rendez-vous : Gaëlle Renard

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