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Jupe et pantalon, Julie Moulin

Présentation de l’éditeur :

Jupe et pantalonOù va-t-on ? Telle est la grande question que se posent Marguerite et Mirabelle. Voici trente ans que ces deux jambes portent A., jeune cadre pressée d’en faire toujours plus. Mais plus de quoi ? Travail, enfants, amour ? Marguerite et Mirabelle débattent de leur grande affaire – le destin d’A. – en compagnie des autres parties du corps : Camille le cerveau, Babette la paire de fesses, Boris et Brice les bras. A. chute dans un aéroport, le mari s’en va, la cacophonie guette. Au bord de la crise de nerfs, la jeune femme découvre que son corps en sait plus qu’elle et décide de l’écouter.

Inspirée par le cinéma d’Almodóvar autant que par l’œuvre de Boulgakov, Julie Moulin compose avec brio la saga d’une jeune femme dont la vie mécanique se dérègle joyeusement.

 

Que se passe-t-il dans la tête des jambes ? En une succession de chapitres courts et à un rythme trépidant, Julie Moulin propose d’abord d’adopter le point de vue des guiboles sur l’être auquel elles appartiennent – une dénommée Agathe -, et sur le monde qui les entoure. C’est drôle, rafraichissant et inédit, si l’on parvient à dépasser la surprise de cette position hors du commun.

Mais ça n’est pas que cela. Dans ce premier roman, Julie Moulin pose la question de la féminité, du regard des hommes sur ses attributs – parmi lesquels les jambes se trouvent en bonne place -, des diktats imposés par la mode, la société, l’environnement professionnel et la maternité.

Agathe est une femme qui concilie famille et poste à responsabilités dans un monde d’hommes. Mais à quel prix peut-on tout mener de front ? Pour ses premiers pas en littérature, Julie Moulin interroge la condition féminine à l’épreuve de la vie moderne.

La plume est alerte et fait appel à toutes ces expressions du langage courant qui mentionnent les parties du corps – jamais par hasard (tellement tentant qu’on y cède aussi ici). Prenant son sujet à bras le corps, Julie Moulin l’explore dans le détail pour mieux servir son propos. Le corps parle pour son héroïne, et quand le corps parle, l’on sait qu’il vaut mieux chaussette-haute-raye-multicolorel’écouter…

Une découverte aussi intéressante et enthousiasmante que l’envie de suivre l’auteur d’une telle idée est forte.

 

Alma éditeur, février 2016, 304 pages, 18 €

 

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Dans le dressing :

 

« Marcher : le rêve de toute jambe ! » (page 33)

 

« La douleur n’est pas toujours visible. » (page 52)

 

« Un tas de feuilles est subversif sans agrafes pour le contenir. » (page 65)

 

« La fatigue est un handicap plus lourd que des talons hauts. » (page 96)

 

« Quand s’arrête le besoin ? Quand commence le désir ? » (page 104)

 

« L’avenir était devant nous. C’était avant le grand carrefour. Avant que l’amant devienne mari, avant que la femme soit mère, avant que l’envie de mue en rancœur et que l’insomnie détruise les rêves. » (page 135)

 

Brillante, Stéphanie Dupays

Présentation de l’éditeur :

brillanteClaire est une trentenaire comblée. Diplômée d’une grande école, elle occupe un beau poste dans un groupe agro-alimentaire où elle construit sa carrière avec talent. Avec Antonin, cadre dans la finance, elle forme un couple qui est l’image du bonheur parfait. Trop peut-être.

Soudain, Claire vacille. Au bureau, sa supérieure hiérarchique lui tourne ostensiblement le dos, de nouvelles recrues empiètent sur ses dossiers, elle se sent peu à peu évincée. Après une phase de déni, Claire doit se rendre à l’évidence : c’est la disgrâce.

Elle qui a tout donné à son entreprise s’effondre. Claire va-t-elle réussir à exister sans «briller»?  Que vont devenir ses liens amicaux et amoureux fondés sur un même idéal de réussite?

Satire sociale grinçante, Brillante traite de la place qu’occupe le travail dans nos vies, de la violence au travail – et notamment de celle faite aux femmes, et de ses répercussions intimes.

Stéphanie Dupays est haut fonctionnaire dans les affaires sociales. Brillante est son premier roman.

 

Pour Claire, la réussite est une question de volonté. Issue de la meilleure des écoles, elle est de ceux qui gèrent leur couple comme une entreprise. Mais dans l’entreprise qui l’emploie, justement, rien ne va plus. Elle avait le vent en poupe chez Nutribel, voilà qu’on lui retire son projet-phare et qu’on lui en confie un autre qui bientôt est abandonné. L’on s’aperçoit dans le même temps que son bureau mesure quelques mètres carré de plus que ce à quoi la classification de son poste lui donne droit, et l’on rapproche les murs.

A mesure que le temps passe, ce sont tous les murs qui se rapprochent, y compris les murs invisibles. Claire s’enferme dans le silence de son placard. Même à son conjoint, elle n’ose rien dire. Du lundi au vendredi, la première personne à qui elle s’adresse désormais est celle qui lui sert son plat à la cantine.

 

Dans ce premier roman bref et rythmé, Stéphanie Dupays, dont le parcours affiche quelques similitudes avec celui de son héroïne, dresse le portrait d’une jeunesse sacrifiée à l’essor de l’entreprise, de jeunes gens qui, s’ils ne sont pas bien nés, ont reçu très tôt les armes utiles aux combats de la vie, et auxquels l’entreprise donne une identité.

C’est aussi une intéressante peinture de l’entreprise, avec ses codes et ses jeux de rôle, sa logique de puissants et de courtisans, sa complaisance et sa cruauté. Et un texte qui met en scène des personnages déshumanisés : car les armes que ces jeunes gens brillants ont reçues ou gagnées ne sont utiles que pour collectionner les titres de gloire et sauver les apparences, et elles n’empêchent nullement de passer à côté de ce qui est essentiel pour vivre.

 

Mercure de France, janvier 2016, 180 pages, 17 €

 

A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

Alexandre Lacroix, L’homme qui aimait trop travailler

Fabienne Swiatly, Gagner sa vie

Frank De Bondt Le bureau vide

Laurent Laurent, Six mois au fond d’un bureau

Delphine de Vigan, Les Heures souterraines

Thomas Zuber et Alexandre Des Isnards, L’open space m’a tuer

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Tous les premiers romans

Extraits :

 

« Tout privilège suscite chez ceux qui en sont exclus l’envie d’y accéder ». (page 9)

 

« Les gens finissent par se ressembler à force de vouloir les mêmes choses. » (page 18)

 

« La réussite est une question de volonté. » (page 32)

 

« Le désarroi est bon pour le commerce. » (page 56)

 

« Le surmoi a remplacé le contremaître. » (page 56)

 

« Le surmoi est plus sévère que la pointeuse. » (page 104)

 

« Le vide est encore plus épuisant que l’urgence. » (page 166)

La vacation, Martin Winckler

Présentation de l’éditeur :

La vacation«Tout en surveillant les mouvements du rideau, tu rabats les feuillets et tu poses le dossier derrière toi sur la paillasse.
Tu attends, les bras croisés, le bassin calé contre le plan carrelé, et parfois avec un peu d’impatience, que la femme se soit dévêtue et qu’elle apparaisse enfin en longue chemise de nuit ou en robe légère.
– Venez, Madame.
Tu lui souris, tu fais deux pas dans sa direction ; tu l’invites à s’approcher.»

Bruno Sachs, médecin généraliste, pratique des avortements lors de vacations hebdomadaires dans un hôpital.

Le premier roman de Martin Winckler.

 

Avec l’aveuglement de sa jeunesse, les hésitations de sa petite expérience, les maladresses du manque de distance, ce jeune médecin raconte. A l’hôpital où il fait ses vacations, on est priés de déposer ses armes ses larmes à l’entrée Lire la suite

Les insoumises, Celia Levi

Présentation de l’éditeur :

Les insoumisesLes Insoumises est un « roman par lettres », entre deux jeunes filles exaltées et idéalistes, Renée et Louise, qui apprendront à leurs dépens qu’il est impossible de rêver dans la société actuelle.

Dans sa forme, Les Insoumises se présente comme un équivalent moderne du roman épistolaire de Balzac, Mémoires de deux jeunes mariées, même si l’histoire rappellerait plutôt le roman d’apprentissage du 19e siècle.

La correspondance commence avec le départ de Renée pour l’Italie, où celle-ci compte entreprendre des études de cinéma et surtout « devenir plus Italienne que les Italiennes ». Au même moment, Louise, restée à Paris, commence à se radicaliser politiquement.

Les lettres échangées au cours des trois années suivantes apparaissent tour à tour comme le journal passionné des jeunes filles — écrit sous l’emprise de la rêverie pour Renée, rédigé dans le feu de l’action pour Louise — et comme la critique mutuelle, sans concessions, des impasses symétriques dans lesquelles chacune s’engage et finira par se fourvoyer dramatiquement.

Loin d’atténuer la virulence du propos, le naturel et le classicisme apparents de l’écriture de Celia Levi jettent une lumière crue sur l’époque et le destin de ces deux héroïnes d’aujourd’hui.

D’un côté des Alpes, il y a Louise, pour qui l’étude est une échappatoire. De l’autre, en Italie, il y a Renée, qui n’occupe son temps qu’à le perdre, Renée qui n’aspire qu’à trouver sa place dans le monde et y être bien, qui surtout veut « devenir plus italienne que les Italiennes ».

« Finalement nous sommes toutes les deux déraisonnables ; toi tu es une idéaliste, tu penses vivre dans la réalité, du moins pour elle, tu crois que tu vas pouvoir changer le monde toute seule alors qu’en fait tu rêves éveillée, moi je suis une évaporée, qui recherche le bonheur à tout prix, et le plaisir comme une forcenée. Qui aura raison de la vie ou de nous ? » 

Louise s’enivre de l’idéalisme estudiantin et de sa concrétisation par les manifestions dans la rue, les assemblées générales, le siège des universités, les affrontements avec les CRS, les émeutes, la nécessaire violence. Pour elle, la révolution a commencé et elle s’y trouve en première ligne. Le sens de sa vie est dans l’engagement politique. Louise se marginalise à mesure qu’elle se radicalise, au risque, si la révolution meurt, de devenir sa veuve.

Pendant ce temps, Renée subit le cours de son existence, ballotée entre les hommes, les jobs, plongée dans le milieu du cinéma dont elle rêve mais dont la réalité est bassement cruelle, Renée que « l’envie immodérée d’indépendance a conduite à une servitude [qu’elle n’avait] pas imaginée dans [ses] pires cauchemars. »

Au fil de leur correspondance, ces deux amies naguère si proches se dévoilent dans leurs changements, et bientôt la vie que mène chacune semble à l’autre étrangère. S’il n’y avait le socle que constitue leur amitié, elles n’auraient plus rien à se dire. D’ailleurs elles s’écrivent de moins en moins.

Les insoumises dresse le double portrait d’une jeunesse romantique et désenchantée, qui se lance dans la vie à corps perdu, fait de l’existence un combat – sans s’apercevoir qu’elle ne possède pas d’armes. Que reste-t-il quand on a perdu sa dernière illusion ? Que peut encore l’amitié ?

Chacune des deux héroïnes vit, en plus de son existence, celle de l’autre par procuration.

Un premier roman à la construction remarquable, et qui pose cette question de poids : quel est le prix à payer pour l’insoumission ?

Editions Tristram, janvier 2009, 192 pages, 18 euros

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Dans les enveloppes :

« Il ne faut pas rêver, il faut agir. » (page 16)

« Je suis nostalgique d’un temps que je n’ai pas connu. » (page 17)

« Le refus est la première forme d’insoumission. » (page 34)

« Je n’occupe mon temps qu’à le perdre. » (page 37)

« Ton excentricité, c’est de ne pas l’être. » (page 49)

« L’amitié comme tout rapport humain est un rapport de confrontation. La rencontre avec l’autre ne peut être que violente. » (page 50)

« Dieu vomit les tièdes. » (page 51)

« Je comprends à quel point l’engagement aide à oublier le reste. » (page 58)

« Si tu te passionnes pour les mouvements sociaux, n’est-ce pas aussi parce que la foule est belle ? » (page 81)

« Pourquoi devrait-on sans arrêt choisir entre la raison et le bonheur ? Se réprimer ne me semble pas plus un signe de santé mentale que de se laisser aller aux inclinations de sa nature. » (page 83)

« Le couple ne fait que reproduire le modèle de domination de notre société. » (page 90)

« Le mouvement est mort, je n’irai pas à son enterrement. » (page 95)

« Je veux devenir plus italienne que les Italiennes. » (page 105)

« Etre réaliste est plus rassurant que s’imaginer ces petits scénarios totalement dépourvus de sens dans l’espoir de supporter le poids de la vie. » (page 112)

« La Méditerranée a tendance à endormir la pensée. » (page 125)

« Le temps de l’adolescence est fini, il faut que j’apprenne à supporter ce monde fait de soumission, de compromis, de petits humiliations. » (page 132)

« Je n’arrive pas à combattre mon attirance, elle est plus forte que mon amour-propre. » (page 136)

« La culture est un voyage dans le monde aseptisé de la consommation de l’art. » (page 146)

« L’aboulie est une forme de résistance. Au moins on ne nuit pas. » (page 146)

« Je ne comprends pas que malgré tous mes efforts pour me couler dans le moule, je me sente toujours en porte-à-faux. J’ai le sentiment que n’importe quel idiot, à part nous, réussit. » (page 149)

« Je préfère me tromper encore dix fois plutôt que de perdre mes espoirs et mes illusions. » (page 150)

« Je n’ai pas l’audace de mes ambitions. » (page 150)

« Il n’y a pire torture que la faim. » (page 156)

« Le syndicalisme n’a rien à voir avec la contestation. » (page 157)

« La lutte me tient compagnie. » (page 158)

« Contester avec leurs mots, c’est coopérer. » (page 161)

« Où aller pour échapper au règne de la bêtise et de la méchanceté ? » (page 162)

« Je m’enlise dans un présent sans avenir à force de vivre au jour le jour. » (page 168)

« Le monde n’a pas voulu de moi, j’ai échoué dans mon entreprise de le conquérir. » (page 175)

« Le monde m’a brisée avant même qu’il me soit donné de le pénétrer. » (page 176)

« Cesser de vivre ne signifie pas forcément mourir. » (page 182)

« Quand les héros des grands romans meurent cela doit sûrement être allégorique, beaucoup doivent s’être retirés à la campagne. » (page 182)

La cote 400, Sophie Divry

Quatrième de couverture :

 

la-cote-400-de-sophie-divryElle rêve d’être professeur, mais échoue au certificat et se fait bibliothécaire. Esseulée, soumise aux lois de la classification de Dewey et à l’ordre le plus strict, elle cache ses angoisses dans un métier discret. Les années passent, elle renonce aux hommes, mais un jour un beau chercheur apparaît et la voilà qui remet ses bijoux. Bienvenue dans les névroses d’une femme invisible. Bienvenue à la bibliothèque municipale, temple du savoir ou se croisent étudiants, chômeurs, retraités, flâneurs, chacun dans son univers. Mais un jour ce bel ordre finit par se fissurer.

 

Bibliothécaire depuis 25 ans, la narratrice est responsable du rayon géographie (cote 900, avec l’histoire). En arrivant sur son lieu de travail, elle trouve un individu qui s’est laissé enfermer la nuit précédente au sous-sol de la bibliothèque – le fantasme de bien des lecteurs. Elle s’adresse à lui en un monologue enlevé dans lequel elle exprime le moindre de ses sentiments sur son métier, l’impact de celui-ci sur son quotidien, son amour de la littérature et sa place à elle dans le monde.

 

La narratrice est de celles « qui pensent que l’entrée d’un livre en bibliothèque doit être une reconnaissance. Une distinction. Une élévation. » Elle se sent « « la ligne Maginot de la lecture publique »Lectrice engagée, bibliothécaire militante (et inversement), la narratrice, par cette conversation matinale, juste avant l’ouverture, donne à voir autrement ce lieu qu’est la bibliothèque. On s’amuse avec elle du classement qui place De la division du travail social juste avant Le Suicide, de Durkheim. On réalise avec elle que la bibliothèque est aussi ce lieu qui réconcilie les agoraphobes avec l’humanité. On s’emplit de ce sentiment de grandeur et de pouvoir que l’on éprouve face aux livres, face au savoir à portée de main, comme la conscience accrue de sa petitesse et de sa finitude devant la vastitude de ce savoir.

 

C’est drôle et érudit, frais et intelligent. C’est court, sans chapitres, mais les paroles de la narratrice se boivent comme du lait – et si c’était nous, finalement, le lecteur enfermé avec elle au sous-sol de la bibliothèque ?

Tout, dans la vie, n’est pas à prendre au pied de la lettre.

 

Un premier roman révélateur de cette écriture si particulière, et de cette deuxième personne du pluriel déjà (quoi qu’ici justifiée par la présence théorique d’un interlocuteur), qui fait tout le sel de La condition pavillonnaire, troisième roman de l’auteur. Une gourmandise dont se délecteront tous ceux qui ont au moins une fois poussé la porte d’un lieu où s’empruntent les livres – et tous ceux qui les aiment, simplement.

 

Ce petit livre est dédié « à toutes celles et tous ceux qui trouveront toujours plus aisément une place en bibliothèque qu’en société ». Faut-il préciser l’étiquette qui figure sur mon exemplaire, et où je l’ai emprunté ?

 

Editions les Allusifs, 2010, 66 pages, 11 euros

 

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La condition pavillonnaire

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Entre les pages :

 

« Il ne faut jamais se faire remarquer dans une bibliothèque. Se faire remarquer, c’est déjà déranger. » (page 12)

 

« Savoir se repérer dans une bibliothèque, c’est repérer l’ensemble de la culture, donc le monde. » (page 15)

 

« Il n’y a pas de loisirs dans la vie : on s’abaisse ou on grandit, point final. » (page 17)

 

« On n’est jamais seule quand on vit parmi les livres. » (page 18)

 

« Une nuque, c’est une promesse, un résumé de la personne entière par sa partie la plus intime. » (page 22)

 

« Qu’est-ce qu’un Américain sinon un Européen qui a raté le bateau du retour ? » (page 25)

 

« L’histoire contemporaine tient en trois évènements qui ont bouleversé notre rapport au monde : la Révolution française, les massacres de la guerre de 14 et l’invention de la pilule contraceptive. » (page 28)

 

« Je ne voyage plus : partout où je peux aller, Napoléon est déjà passé. » (page 28)

 

« J’ai accepté de déménager parce que j’avais la mauvaise idée d’être amoureuse. » (page 33)

 

« Les classes populaires qui permettent aux rayons d’élite de maintenir leurs privilèges n’obtiennent de la part de la noblesse aucune considération. » (page 36)

 

« Ramer, il n’y a rien de mieux pour la santé. » (page 38)

 

« Si vous fréquentez quotidiennement de mauvais livres, ça ne rend pas intelligent. » (page 39)

 

« Les gens s’excusent beaucoup trop, tout le monde a peur d’être méchant et ça fait de la littérature pour bébés. Du ras des pâquerettes. Ce n’est pas comme ça qu’on grandit. » (page 39)

 

« Le pire, ce sont les livres d’actualité : sitôt commandés, sitôt écrits, sitôt imprimés, sitôt télévisés, sitôt achetés, sitôt retirés, sitôt pilonnés. » (page 39)

 

« La culture, c’est un effort permanent de l’être pour échapper à sa vile condition de primate sous-civilisé. » (page 41)

 

« La révolution, ce n’est pas dans le bruit qu’on la fomente, mais dans le silence murmurant des lectures personnelles. » (pages 41-42)

 

« Je me sens la ligne Maginot de la lecture publique. » (page 42)

 

« Garder le silence en groupe, ce n’est pas naturel, mais ça fait partie de l’apprentissage de la civilisation. » (page 44)

 

« Les deux ensemble, le livre et le lecteur, au bon moment dans la vie de chacun, cela peut produire des étincelles, un feu, un embrasement, ça peut changer une vie. » (page 48)

 

« L’accumulation matérielle appauvrit l’âme, l’abondance culturelle l’enrichit. » (page 49)

 

« Ma culture ne s’arrête pas là où commence celle d’autrui. » (page 49)

 

« La vie n’est pas un programme de machine à laver. » (page 50)

 

« Jamais on ne se sent aussi misérable que dans une bibliothèque. » (page 55)

 

« Les livres ne peuvent rien pour nous. » (page 55)

 

« La bibliothèque est l’arène où chaque jour se renouvelle le combat homérique entre les livres et les lecteurs. » (page 55)

 

« Il n’y a que deux côtés à une barricade. » (page 56)

 

« L’école parfois s’est trompée, la bibliothèque répare. » (Eugène Morel, cité page 57)

 

« Pour écrire, il faut avoir un problème sexuel. Ou trop de libido, ou pas assez. C’est au choix. Mais écrire, c’est sexuel. » (page 61)

Un tout petit rien, Camille Anseaume

Présentation de l’éditeur :

 

couv_anseaume_hd« On n’a ni projets ni même le projet d’en avoir. Le plus gros engagement qu’on ait pris ensemble, c’était de se dire qu’on s’appellerait en fin de semaine. C’était quand même un mardi. On s’aime surtout à l’horizontale, et dans le noir, c’est le seul moment où on n’a plus peur de se faire peur, où on ose mélanger nos souffles sans redouter que l’autre se dise que ça va peut-être un peu vite. C’est beaucoup plus que sexuel, c’est beaucoup moins qu’amoureux. C’est nos culs entre deux chaises, c’est suffisant pour faire semblant de faire des bébés, pas pour en avoir. »

Avec un humour et une justesse remarquables, Un tout petit rien raconte l’histoire d’un choix. Le choix que fera une jeune femme enceinte de l’homme qui partage ses nuits, mais pas beaucoup plus. Un très joli roman, aussi intime qu’universel, sur le passage mouvementé d’une existence à une autre.

 

 

Ça n’était pas voulu, ça n’était pas prévu. Pourtant c’est là. Un clandestin. « Une tumeur », dit aussi Camille, la narratrice. Que faire ? Il n’y a pas trente-six solutions ; à vrai dire, il n’y en a même que deux. Or l’une la terrifie, et l’autre la panique.

 

D’après la loi, « la femme est seule juge de la situation de détresse » qui peut mener à la décision de l’IVG. La narratrice n’est pas certaine que cela l’arrange. Il n’y a rien de pire que d’avoir le choix. Elle voudrait pouvoir rompre avec ce qui grandit en elle comme on rompt avec un amant, et se prend à envier ceux qui sont contre l’avortement. Eux au moins n’ont pas à décider.

 

photo(2)Ce n’est pas le bon moment, se persuade Camille qui tente de réfléchir de façon pragmatique et se perd en tableaux comparatifs et autres rationalisations. « Noël en été ça n’a pas d’intérêt. » Mais qu’est, au fond, le « bon moment » pour avoir un enfant ? Existe-t-il seulement ?

 

La narratrice traverse comme elle peut « l’embargo des douze semaines », jalousant celles qui ont « le ventre plat et la vie devant elle ». Chez ses parents, son état est tabou – mais tout le monde s’affaire malgré tout pour prévoir les pyjamas nécessaires, tandis que Camille confie ses secrets d’adulte à sa chambre d’adolescente hélas sous dimensionnée pour les recevoir.

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Dans ce journal plein de tendresse et d’humour, Camille Anseaume dit les doutes, les refus, la colère et le bonheur qui accompagnent sa narratrice obligée de faire un choix lourd de conséquences. Elle raconte tout ce qui change, tout ce qui se rompt à jamais. C’est frais et juste, sincère et rythmé,drôle et imagé, et on s’attache très vite à cette pétillante narratrice pétrie de contradictions, petite sœur de Bridget Jones, héritière de valeurs judéo-chrétiennes ancestrales et fille de son époque.

 

Un très joli premier roman, et une belle promesse : car s’il est bien une naissance à laquelle on est certain d’assister dès le premier quart du livre, c’est celle d’un écrivain.

 

Éditions Kero, février 2014, 252 pages, 17 euros

 

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Échos :

 

rien« On n’a ni projets ni même le projet d’en avoir. » (page 14)

 

« Les seules choses très graves, c’est celles sur lesquelles on ne peut plus agir. » (page 42)

 

« En me réveillant je ne veux pas le garder. Dans la salle de bains j’ai changé d’avis. Une chance que je n’aie que deux pièces. » (page 58)

 

« Je le connais comme si je l’avais aimé. » (page 105)

 

« Le monde est plus gai depuis qu’il te connaît. » (page 114)

 

« Je rattrape en quelques heures les mois d’amour que je te devais. » (page 115)

 

« Le bon moment n’est pas toujours celui qu’on croit. » (page 119)

 

« Tu es toujours mieux là que dans les couilles de ton père. » (page 150)

 

« Je suis devenue une chose divine, intouchable, une dépressive malgré elle, une malade imaginaire, une qu’on console, qu’on écoute et qu’on rassure, à qui on colle des pansements partout sur les mots. » (page 171)

 

« Ce qui est à la fois le plus beau et le plus fatigant quand on est enceinte et seule, c’est la conscience de la nécessité absolue de se souvenir pour deux. » (page 189)

 

« Tant d’amour qui se croise dans une si petite cage d’escalier, je n’aurais jamais pensé que ça pourrait rentrer. » (page 194)

 

« On ne peut avoir envie de fraises qu’avec quelqu’un près de soi pour nous les refuser ou aller les chercher. » (page 201)

Génération X, Douglas Coupland

Generation XPrésentation de l’éditeur :

Ce roman est aux années 90 ce que fut L’attrape-cœurs aux années 50 et La conjuration des imbéciles aux années 80 : un livre culte, où la jeune Amérique a perçu l’écho de ses inquiétudes et de ses aspirations.

Ce n’est pas le livre d’une « génération perdue », moins encore « sacrifiée ». La jeunesse que décrit Douglas Coupland n’est obsédée ni d’argent ni de révolution. Devant l’avenir, elle fait le dos rond : courageuse mais non téméraire, elle avance masquée, refusant l’Histoire, élevant le rempart de l’humour et de la lucidité devant les débâcles du siècle.

Ainsi Andy. Ainsi Claire. Ainsi Dag. Trois antihéros suréduqués, sous-employés, livrés à eux-mêmes. Ensablés dans le désert de Californie, ils passent leur temps à s’inventer des fables d’amour et de haine au beau milieu des instituts de chirurgie esthétique et des bars à cocktail de Palm Springs. Leur bungalow est garni de meubles suédois semi-jetables, leur tête de déchets atomiques, de brides de pub, de flashes télévisés. De quoi rire – mais pas de quoi rêver. Le rêve, pour eux, ce serait une vie de tendresse, une vie qui ne fasse de mal à personne, ni aux autres ni à soi. Des sentiments simples, en somme. Lesquels constituent pourtant le cœur battant de ce livre singulier, déroutant, rare, émouvant. Et peut-être sont-ils la clé de son immense succès.

 

Andy, le narrateur, Claire et Dag sont des shin jin rui, des nouveaux êtres, de la génération X. Idéalistes, donc fatalement inadaptés à leur environnement – social, urbain, familial -, ils vivent leur vie au rythme des contes dont Génération X est le recueil.

 

Il y a du génie dans la très grande lucidité que Douglas Coupland prête à ses personnages qui ne se reconnaissent ni ne se retrouvent dans rien de ce que le monde leur propose. Face à un tel aveu de faiblesse, l’attachement, sinon l’identification, est immédiat. La succession des différents récits, inégaux si ce n’est dans leur caractère percutant, fait de ce roman un opus rythmé et facile à lire.

 

Mais il dresse surtout le portrait d’une génération qui ne me semble pas franchement différente de celle qui la suit, la fameuse « génération Y » dont on parle tant comme d’un phénomène inédit. Rien de nouveau sous le soleil, alors ? En tout cas, on passe quelques heures heureuses sous celui de Californie où nous entraîne Coupland dans ce roman, son premier, qui fit son succès.

 

 

traduit de l’anglais par Léon Mercadet

Editions Robert Laffont, 1993, 240 pages

 

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Flashs :

 

« Serait-ce que nous ne croyons plus au lieu ? ou peut-être nous avait-on promis le paradis dans nos vies antérieures et, en comparaison, le monde où nous sommes tombés ne tient pas la route. » (page 16)

 

« Il n’est pas sain de vivre la vie comme une succession de petits moments cool isolés. « Soit nous faisons de notre vie un roman, soit on ne s’en sortira jamais. » C’est pour ça, nous le savons, que nous avons tout plaqué pour venir dans le désert – pour nous raconter des histoires et faire de nos vies des romans qui tiennent la route. » (pages17-18)

 

« On emploie sa jeunesse à s’enrichir et sa richesse à rajeunir. » (page 20)

 

« Nous vivons des petites vies périphériques. Nous sommes marginalisés et il y a beaucoup de choses auxquelles nous avons choisi de ne pas collaborer. Nous voulions du silence et nous avons le silence. » (pages 21-22)

 

« Je ne vous comprends pas, vous les jeunes. Y a pas un boulot qui vous plaise. Vous déprimez, vous râlez que les boulots ne sont pas créatifs, qu’ils ne mènent à rien, et quand finalement on vous donne un bon poste vous fichez le camp pour aller faire les vendanges au Queensland ou Dieu sait quelle ineptie. » (page 33)

 

« Terrorisme consensuel : processus qui régit les comportements à l’intérieur de l’entreprise. » (page 35)

 

« Passer aux pertes et profits le naufrage psychique dû au boulot, avant que ça n’empire. » (page 40)

 

« J’étais un imposteur, et ma position finit par devenir intenable au point de déclencher ma Crise des vingt-cinq ans : tout devient pharmaceutique, vous touchez le fond, et les voix rassurantes commencent à s’éteindre. » (page 42)

 

« Assoiffé de tendresse, terrifié par la solitude, j’en arrivais à me demander si le sexe n’était pas au fond qu’un prétexte pour plonger son regard dans les yeux d’un autre être humain. » (page 44)

 

« Il m’est impossible de te dire combien de gens que je connais m’ont affirmé avoir fait leur crise de mi-vie très tôt dans leur vie. Le moment vient, inévitable, où la jeunesse te lâche ; où le lycée te lâche ; où Papa et Maman te lâchent. » (page 45)

 

« Ne pas parler avec des gens rend fou. Vraiment fou. » (page 100)

 

« Lâche à tes parents la moindre confidence et ils s’en serviront comme d’une pince pour te faire sauter les verrous et te réorganiser une vie sans aucune perspective. » (page 114)

 

« J’avais la nostalgie de l’événement au moment même où il arrivait. » (page 126)

 

« Il n’y a rien de bizarre à ne rien désirer. » (page 142)

 

« Ferme les yeux et pense bien à ce que tu as gaspillé. Sens l’odeur du futur. » (page 158)

 

« Et comme tous les vrais riches et/ou beaux et/ou célèbres, elle ne savait jamais si les gens s’intéressaient à elle, la minuscule lumière piégée dans sa capsule de chair, ou au gros lot qu’elle avait tiré à la naissance. » (page 160)

 

« Quoi qu’on fasse, pour les parents on n’a jamais plus de douze ans. » (page 177)

 

« Toutes les flammes se valent. » (page 181)

 

« Quand tu es classe moyenne, il faut s’habituer à ce que l’histoire t’ignore. » (pages 189-190)

 

« L’aventure sans risques, c’est à Disneyland. » (page 195)

 

Le soleil n'est pas ton ennemi Dans le nouvel ordre mondial La nostalgie est une arme Moins est une possibilité Pas de vrai changement possible Crise 25 ans Ketchup emotionnel Hyperplongee Souffrir et bosser 10 conseil-isme Erotiser l'intell ultra nostalgie blocage electoral minimalismes ton ego n'est pas toi paralysie reproduction folamour controler dime sur la personnalite

La traversée du chien, Pierre Puchot

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Quatrième de couverture :

« Elle se tient là, à trente kilomètres de Paris, cette immense ville-cité de la Grande Borne, fleuron architectural des années 1970, projet unique au monde tombé en lambeaux sous le poids des ans, des absences de politiques publiques et de l’errance sociale. Pourtant, quinze mille personnes y habitent, et la vie y bouillonne.

Pour les beaux yeux d’une jeune journaliste, Bruno, mécano du quartier des Radars, entend ranimer la flamme des origines, les espoirs d’un architecte qui voulait enchanter le quotidien en construisant des nouilles géantes de béton, des pigeons de pierre hauts de deux mètres pour les enfants et des labyrinthes, surtout des labyrinthes, comme autant de lignes de fuites par lesquelles les braqueurs sèment désormais les policiers à travers la cité.

Dans la ville-Basse, quartier pavillonnaire de la Borne, Bruno trouve l’espoir d’une séduction, et d’un accès rapide à sa propre permanence. Mais lorsqu’il s’envole pour Berlin, ville dont les plaies béantes de l’histoire ont façonné une nouvelle douceur de vivre, Bruno perd pied, tout nu sans sa carapace de pâte de verre et de béton. Il échoue finalement à Tunis, ville démembrée qui s’éveille elle aussi à l’histoire, où il s’accomplit le temps d’une révolution. » – Pierre Puchot

 

Ce roman est un petit OLNI. L’on croit lire un roman sur une cité, celle de La Borne, « quinze mille personnes, une presque-ville rattachée à la terre par une longue étendue d’herbe molle, une avancée urbaine irrémédiable, un îlot dans le flot massif de véhicules en perpétuel transit. », et puis ça n’est pas vraiment ça. L’on croit lire une histoire d’amour, d’un amour qui se fonde aussi sur une certaine admiration professionnelle, et puis ça n’est pas vraiment ça. L’on croit lire le récit partial des débuts du printemps arabe, et puis ça n’est pas vraiment ça non plus.

Ou peut-être est-ce tout cela à la fois.

 

Pierre Puchot, en tout cas, nous emmène là où l’on ne s’y attend pas. Journaliste de profession, il fait aussi le récit de la rencontre d’un individu avec un métier. Presque une déclaration d’amour à un art, alors que dehors sonne une déclaration de guerre.

Un premier roman curieux et inclassable, à l’écriture aérée, extrêmement court, très fluide, qui laisse un arrière-goût de pas assez.

 

Editions Galaade, mars 2014, 124 pages, 14 euros

 

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Quatre extraits :

 

« Ça rassure tout le monde de savoir que l’on souffre ailleurs, pas trop près de chez soi mais pas trop loin non plus. » (page 23)

 

« L’architecte a construit une œuvre, un empilement d’œuvres, un musée en plein air, pour nous faire vivre dedans. Mais les pierres, les dalles et les façades en pâte de verre s’usent, comme les gens. » (page 51)

 

« Même en dictature, surtout en dictature, il y a un rapport personnel entre les gens et le chef de l’Etat. Toute la société, tout repose sur cela, sur cette relation à deux. » (page 99)

 

« On dit qu’un chien ne traverse jamais la route tout droit, jamais de la même façon, mais qu’il arrive toujours sur l’autre trottoir. » (page 111)

La nièce de Fellini, Gilles Verdiani

PLa niece de Fellinirésentation de l’éditeur :

De passage à Paris pour participer à une émission de télévision, la cinéaste Anita Sorbello, nièce de Federico Fellini, est préoccupée : elle ne trouve pas de producteur et sa grand-mère vient de mourir en lui révélant un secret. Le chauffeur qui doit l’accompagner pendant son séjour, Andreas, se prend d’affection pour elle et va tenter de l’aider. Il se présente comme écrivain ; elle l’embauchera comme scénariste. Anita suit Andreas jusqu’à l’appartement où il mène avec deux amis, un compositeur et sa sœur, une vie joyeuse et raffinée. Dans cet endroit hors du temps, plusieurs découvertes attendent la jeune femme. D’un trait ironique et léger, Gilles Verdiani décrit un monde en marge de la réalité et met en scène des artistes, illustres ou obscurs, dans les tourments de leur vie sociale et les délices de leur vie intime.

 

 

Mettez ensemble des personnages improbables, faites-leur vivre des situations improbables, vous obtiendrez un résultat forcément improbable. On est ici à Paris et aujourd’hui mais très vite on est emporté ailleurs, dans une atmosphère vaguement romaine, ou plus certainement dans un lieu sans âge ni position terrestre.

 

Gilles Verdiani utilise tous ses talents de scénariste pour bâtir une intrigue resserrée autour de protagonistes inoubliables, chacun drapé, au choix, dans des charmes vaguement désuets, des contradictions mystérieuses, une innocence touchante. Des protagonistes rêvés cependant que très ancrés dans le réel. L’appartement qui les réunit a tôt fait de devenir la maison du bonheur pour le lecteur fasciné. Si l’on peut réellement exister en marge de la vie normale, n’est-ce pas la plus noble des ambitions ?

 

Richement dialogué, avec beaucoup de subtilité, et servi par une écriture soignée et superbe, ce roman connaît aussi des accès de lyrisme lorsque les personnages se rapprochent.

 

Le sens du dialogue de Gilles Verdiani fait de La nièce de Fellini une comédie jubilatoire mais pas seulement : il se dégage de ces pages une douce mélancolie saupoudrée de poésie. Et surtout, l’auteur propose une belle réflexion sur le rôle dans l’artiste dans la société. A l’heure de la décadence, l’art n’est-il pas le plus bel acte de résistance ?

 

Ce premier roman est une vraie belle réussite, un livre que l’on referme à regret tant il est difficile de quitter ces attachants héros et l’univers fantasmagorique dans lequel ils évoluent. Et une signature qui augure du meilleur.

 

Editions Ecriture, mars 2014, 180 pages, 16,95 euros

 

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Fragments choisis :

 

« Au début du millénaire Paris n’était plus le centre du monde. Mais elle était devenue la capitale du temps. » (page 9)

 

« Personne ne sait encore pourquoi un être humain choisit de sacrifier sa vie de chair à l’espoir illusoire d’une immortalité de papier, de toile, de notes ou de lumière. » (page 13)

 

« Personne ne sait comment la postérité choisit parmi les défunts ceux qu’elle aimera. » (page 13)

 

« Le premier [film], vous le portez pendant des années et vous le réalisez comme si c’était le dernier. Le deuxième, vous l’écrivez six mois plus tard, pas encore rétabli du choc, de l’irruption soudaine des médias dans votre vie, et c’est forcément n’importe quoi. » (page 30)

 

« – Vous êtes écrivain ?

– Hélas, j’ai cette faiblesse.

– Mais c’est très bien, écrivain. Entre nous, c’est mieux que chauffeur.

– Il faut bien vivre, mademoiselle. » (pages 65-66)

 

« Je ne conçois pas que l’on n’aime plus quand on a aimé. C’est confondre les sentiments avec les humeurs. » (page 66)

 

« Notre siècle était beau comme un enfant. » (page 73)

 

« La susceptibilité est une faute professionnelle chez le limonadier. » (page 75)

 

« Il n’y a qu’une seule façon d’être artiste, c’est en héros.

En fait il y en a deux. En héros ou en escroc. Mais nous sommes trop vaniteux ou trop lâches pour agir en escrocs, n’est-ce pas ? Ou trop bêtes. » (page 109)

 

« Nous sommes les héros. Sans nous vos enfants auraient pour seuls modèles des sportifs, des voyous et des personnages de mangas. Sans nous et notre travail, nos siècles de recherche, de passion, d’application, aujourd’hui vous seriez seuls au monde avec la télévision et les journaux, et hier ou ailleurs vous auriez été seuls avec la tyrannie. Nous fabriquons mystérieusement le seul antidote non létal au poison de l’actualité. Vous n’en voulez pas, libre à vous. Mais vos enfants en voudront, et même s’ils ne sont qu’un sur dix, un sur cent, un sur mille, nous les sauverons. » (page 110)

 

« Je me fous d’être en accord avec mon temps, puisque ce temps n’est pas en accord avec moi. » (page 112)

 

« Il y a beaucoup d’artistes très sympathiques qui produisent des choses sans intérêt. » (page 122)

 

« Il n’y a pas de femme plus facile qu’une actrice qui s’ennuie entre deux plans. » (page 126)