Mange, prie, aime, Elizabeth Gilbert

Mange prie aimePrésentation de l’éditeur :

A trente et un ans, Elizabeth possède tout ce qu’une femme peut souhaiter : un mari dévoué, une belle maison, une carrière prometteuse. Pourtant, elle est rongée par l’angoisse et le doute.

Un divorce, une dépression et une liaison désastreuse la laissent encore plus désemparée. Elle décide alors de tout plaquer pour partir seule à travers le monde !

En Italie, elle goûte aux délices de la dolce vita et prend les « douze kilos les plus heureux de sa vie » ; en Inde, ashram et rigueur ascétique l’aident à discipliner son esprit et, en Indonésie, elle cherche à réconcilier son corps et son âme pour trouver cet équilibre qu’on appelle le bonheur…

Et qui n’a jamais rêvé de changer de vie ?

 

 

Avant de devenir un film avec Julia Roberts dans le rôle principal, Mange, prie, aime était un roman qui a connu un succès considérable dans le monde entier.

Elizabeth Gilbert, l’auteur, est née le 18 juillet 1969. Par une nuit de désespoir, elle décide qu’elle ne veut plus de la vie qui est la sienne.

« Je ne veux pas de bébé. Or, j’étais censée en vouloir un. J’avais trente et un ans. Mon mari et moi étions ensemble depuis huit ans, mariés depuis six, et nous avions construit toute notre vie autour de cette attente commune – à savoir que, passé le cap des trente ans et des atermoiements, j’aurais envie de me fixer et d’avoir des enfants. » (page 22)

 

Elle prend ses responsabilités et engage les démarches qui s’imposent. A commencer par un divorce, douloureux, au cours duquel elle perdra sept kilos. Puis elle décide d’entamer un périple d’un an dans –hasard – trois pays en i. L’Italie pour le plaisir, l’Inde pour la spiritualité, l’Indonésie pour l’équilibre.

Après avoir mangé beaucoup de pâtes à Rome, la narratrice plonge dans le yoga.

Elle raconte notamment son expérience du kundalini shakti, « un pouvoir qui ondule tel un serpent le long de la colonne vertébrale et qui, comme sous l’effet d’une détonation, perce dans la tête un trou par lequel les dieux peuvent entrer », « l’énergie suprême du divin ». Dans l’ashram où elle séjourne, « tout sort », elle évacue « comme du vomi » ses démons résiduels – nombreux.

Viendra enfin l’Indonésie et ses personnages hauts en couleurs où, libérée de ses chaînes, délestée de ses angoisses, la narratrice trouvera enfin ce qu’elle cherchait.

 

Mange, prie, aime est très accessible, trop peut-être. Forme comme fond auraient gagné à être poussés plus loin, mais sans doute que c’est cette simplicité qui a concouru au succès du livre. Cependant le message est là, et quel message ! Une invitation, une motivation, une confirmation…

 

Un parcours initiatique passionnant à réserver à celles et ceux qui sont déjà, ne serait-ce qu’un peu, engagés sur le chemin de cette quête intérieure – sous peine de passer complètement à côté du livre et de n’y trouver que le récit, peu intéressant en tant que tel, d’un an de voyages.

Mais pour celles et ceux-là, joies, révélations et perspectives garanties !

 

Le livre de poche, mai 2009 (et Calmann-Lévy, avril 2008), 512 pages, 7,10 euros

 

Extraits choisis (et nombreux !) :

 

« A la pleine lumière du jour, je barrais la route à cette pensée, mais la nuit, elle me consumait. » (page 24)

 

« Dieu ne vous claque jamais une porte au nez sans ouvrir une fenêtre. » (page 40)

 

« Une éternité durant, on peut se convaincre qu’on s’est simplement écarté de quelques pas du chemin principal, et qu’on va le retrouver d’un instant à l’autre. Et puis la nuit tombe, d’autres nuits lui succèdent, on ne sait toujours pas où l’on est, et là, il est temps d’admettre qu’on s’est fourvoyé si loin du chemin qu’on ne sait même plus dans quelle direction le soleil se lève. » (page 81)

 

« La culture de Rome ne cadre tout simplement pas avec celle du yoga, du moins pour ce que j’en ai vu jusque là. En fait, j’ai décidé que Rome et le yoga n’ont absolument rien en commun. » (page 92)

 

« Je disparais dans la personne dont je suis amoureuse. Je suis la membrane perméable. Si je suis amoureuse de vous, vous pouvez tout avoir. » (page 107)

 

« La tristesse est un lieu. Où les gens vivent parfois pendant des années. » (page 116)

 

« Quand je serai une vieille dame, je voudrais bien ressembler à Rome. » (page 118)

 

« Tout est pour le mieux, je le sais. Je suis en train de choisir le bonheur contre la souffrance, je le sais. Je fais de la place pour que l’avenir et son cortège d’inconnues remplissent ma vie avec de nouvelles surprises. Je sais tout cela. Mais tout de même… » (page 137)

 

« Est-ce si mal de vivre ainsi un petit moment ? Est-ce si terrible de traverser le temps, l’espace de quelques mois à peine dans toute une vie, sans ambition plus haute que celle de trouver où s’attabler devant son prochain festin ? Ou d’apprendre une langue étrangère uniquement parce que l’entendre est un ravissement pour l’ouïe ? Ou de faire la sieste dans un jardin, dans un rai de soleil, en pleine journée, à côté de votre fontaine préférée ? Et puis de recommencer le lendemain ? » (page 181)

 

« Dans un monde où règnent le désordre, le chaos et la fraude, parfois, on ne peut faire confiance qu’à la beauté. Seule l’excellence artistique est incorruptible. » (page 183)

 

« Nous avons reçu la vie ; il est de notre devoir de trouver un objet de beauté dans la vie, si insignifiant soit-il. » (page 184)

 

« Le yoga, c’est l’effort que consent un individu pour faire l’expérience de sa divinité, et pour ensuite se cramponner à jamais à cette expérience. » (page 194)

 

« Prier est l’acte de parler à Dieu, tandis que la méditation est celui de l’écouter. » (page 208)

 

« On passe son temps à excaver le passé, ou à scruter l’avenir, mais on se repose rarement dans le moment présent. » (pages 209-210)

 

« On ne devrait jamais s’autoriser à s’effondrer, car lorsqu’on le fait une fois, cela devient une habitude. » (page 213)

 

« Il va nous falloir un plus gros bateau. » (Les Dents de la mer, cité page 214)

 

« Dans la tradition yogique indienne, ce divin secret s’appelle la kundalini shakti, et celle-ci est dépeinte tel un serpent qui reste lové à la base de l’épine dorsale jusqu’à ce que, délivré par le contact d’un maître ou par un miracle, il la gravisse et franchisse les sept chakras, ou roues, pour enfin ressortir par la tête, et dans cette déflagration, s’unir à Dieu. » (page 224)

 

« Exactement comme il y a dans l’écriture une vérité littérale et une vérité poétique, il y a, dans l’être humain, une anatomie littérale et une anatomie poétique. L’une est visible ; l’autre ne l’est pas. L’une est constituée d’os, de dents et de chair ; l’autre, d’énergie, de mémoire et de foi. Mais les deux sont également vraies. » (page 225)

 

« Les gens pensent qu’une âme sœur est leur association parfaite, et tout le monde lui court après. En fait, l’âme sœur, la vraie, est un miroir, c’est la personne qui te montre tout ce qui t’entrave, qui t’amène à te contempler toi-même afin que tu puisses changer des choses dans ta vie. Une vraie âme sœur est probablement la personne la plus importante que tu rencontreras jamais, parce qu’elle abat tes murs et te réveille d’une claque. Mais passer sa vie avec une âme sœur ? Quelle idée ! Trop douloureux. L’âme sœur, elle ne débarque dans ta vie que pour te révéler une autre strate de toi-même, et ensuite, elle se casse ? Dieu merci. Ton problème, c’est que tu n’arrives pas à la laisser s’en aller. » (page 232)

 

« Lâcher prise est une entreprise effrayante pour ceux d’entre nous qui croient que le monde ne tourne que parce qu’il est doté d’en son sommet d’une manivelle que nous actionnons, en personne, et que, si jamais nous lâchions cette manivelle ne serait-ce qu’un instant, eh bien ce serait la fin de l’univers. » (page 242)

 

« Les expériences les plus violentes se produisent quand je déstocke quelques-unes de mes dernières appréhensions, et laisse une véritable turbine d’énergie se déchaîner le long de mon épine dorsale. » (page 247)

 

« La prière est une relation ; il m’incombe de faire la moitié du boulot. Si je veux une transformation, mais ne prends même pas la peine d’exprimer clairement ce que je vise au juste, comment pourra-t-elle se produire ? Le bénéfice de la prière réside pour moitié dans la demande elle-même, dans la suggestion d’une intention clairement posée et mûrement réfléchie. » (page 274)

 

« Ce que le tabac inflige au poumon, le ressentiment l’inflige à l’âme : même une seule bouffée est nocive. » (page 288)

 

« Je suis convaincue que si votre culture ou vos traditions n’offrent pas le rituel spécifique dont vous avez tant besoin, alors vous êtes entièrement autorisé à inventer votre propre cérémonial, et à réparer vos circuits émotionnels endommagés avec l’ingéniosité bricoleuse d’un généreux plombier-poète. » (page 291)

 

« A un moment donné, on est juste monsieur ou madame Tout-le-monde, en train de se coltiner sa vie banale, et puis soudain – qu’est-ce que c’est que ça ? – rien n’a changé, et pourtant, on se sent ébranlé par la grâce, dilaté d’émerveillement, inondé de félicité. Tout – sans aucune raison décelable – est parfait. » (page 304)

 

« D’après les mystiques, cette quête de la félicité divine constitue le but d’une vie humaine entière. » (page 305)

 

 

« La flexibilité est aussi essentielle pour la divinité que la discipline. » (page 318)

 

« C’est moi qui suis sur la sellette. C’est moi qui suis sous le feu des projecteurs. En train de me choisir ma religion. » (page 322)

 

« Mon chemin vers Dieu est une insurrection ouvrière,

Nulle paix ne se fera sans l’intervention du syndicat. » (page 324)

 

« Même dans ma culotte, je me sens différente. » (page327)

 

« Les petites filles qui sont une raison de vivre pour leur mère deviennent, en grandissant, des femmes très fortes. » (pages 393-394)

 

« Les gens, universellement, ont tendance à penser que le bonheur est un coup de chance, un état qui leur tombera peut-être dessus sans crier gare, comme le beau temps. Mais le bonheur ne marche pas ainsi. Il est la conséquence d’un effort personnel. On se bat, on lutte pour le trouver, on le traque, et même parfois jusqu’au bout du monde. Chacun doit s’activer pour faire advenir les manifestations de sa grâce. Et une fois qu’on atteint cet état de bonheur, on doit le faire perdurer sans jamais céder à la négligence, on doit fournir un formidable effort et nager sans relâche dans ce bonheur, toujours plus haut, pour flotter sur ses crêtes. Sinon, ce contentement acquis s’échappera de vous, goutte à goutte. » (pages 396-397)

 

« Tous les maux, tous les problèmes de ce monde sont causés par des gens malheureux. Tant dans une vision d’ensemble, à la Hitler et Staline, qu’au simple niveau individuel. Même à l’échelle de ma propre vie, je vois exactement où les épisodes malheureux que j’ai vécus ont créé souffrance, détresse ou (à tout le moins) désagréments dans mon entourage. La quête de la plénitude, par conséquent, n’est pas simplement une action dictée par notre instinct de conservation et pour notre seul bénéfice. Elle est aussi un cadeau généreux que nous offrons aux monde. » (page 397)

 

« Elle a énuméré sur ses doigts les six composants de son « remède infaillible pour guérir les cœurs brisés » : « Vitamine E, dormir davantage, boire beaucoup d’eau, partir en voyage loin de la personne qu’on a aimé, méditer et enseigner à son cœur que cela est le destin. » (page 402)

 

« Suis-je jeune et belle ? Je me croyais vieille et divorcée. » (page 41)

 

« Il faut avoir le cœur brisé, de temps en temps. C’est bon signe. Signe qu’on a essayé. » (page 422)

 

« – Que ferais-je si tu n’étais jamais venue ici ?

Mais j’avais passé ma vie à venir ici. » (page 428)

 

« Souvent, en amour, j’ai été victime de mon optimisme. » (page 435)

 

« me laisser tomber en chute libre dans l’amour » (page 446)

 

« La complicité physique avec le corps de l’autre n’est pas du ressort d’une décision. Et n’a guère de lien avec la façon dont l’autre pense ou parle, avec son comportement ou même son apparence physique. Soit le mystérieux aimant est là, enfoui quelque part profondément dans le sternum, soit il n’y est pas. » (page 449)

 

« Tout se résume à une simple question : « Est-ce que tu veux coller ton ventre contre le ventre de cette personne à jamais – ou pas ? » » (page 449)

 

« Perdre parfois l’équilibre pour l’amour fait partie d’une vie équilibrée. » (page 455)

 

« SI tu me le dis lentement, je peux comprendre vite. » (page 462)

 

« Parfois, on compte les jours, parfois, on les pèse. » (page 467)

 

« Tous ceux que je rencontre ici ont été quelque chose autrefois (« marié » ou « employé », en général). Aujourd’hui, leur point commun est l’abdication entière et définitive de toute ambition. Et (est-il besoin de le préciser ?) ça picole un maximum. » (page 475)

 

« Pourquoi est-ce que je m’inquiète de ça, au fait ? Pourquoi n’ai-je pas encore appris qu’il est vain de s’inquiéter ? » (page 477)

 

« Puis tout avait commencé à se manifester. Dans cet état de silence, il y avait maintenant de la place pour que tout ce qui m’inspirait de la haine, de la peur, traverse mon esprit vide. Je me sentais comme un junkie en cure de désintoxication, le poison qui faisait surface me donnait des convulsions. J’ai beaucoup pleuré. J’ai beaucoup prié. C’était dur, c’était terrifiant, mais j’étais au moins sûre d’une chose – j’étais là de mon plein gré, et jamais je n’avais souhaité qu’il y eut quelqu’un avec moi. Je savais que j’avais besoin de faire ça, et besoin de le faire seule. » (page 495)

 

« J’ai dit à mon esprit : « Voilà ta chance. Montre-moi tout ce qui te cause du chagrin. Laisse-moi tout voir. Ne me cache rien. » Un à un, pensées et souvenirs tristes ont levé la main, puis se sont dressés, pour se présenter. J’ai considéré chaque pensée, chaque élément de chagrin, j’ai reconnu leur existence et j’ai éprouvé (sans essayer de m’en protéger) leur horrible douleur. Puis je disais à ce chagrin : « C’est bon, je t’aime. Je t’accepte. Viens dans mon cœur, maintenant. C’est terminé. » » (page 498)

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Plonger, Christophe Ono-dit-Biot

PlongerPrésentation de l’éditeur :

« Ils l’ont retrouvée comme ça. Nue et morte. Sur la plage d’un pays arabe. Avec le sel qui faisait des cristaux sur sa peau. »

Un homme enquête sur la femme qu’il a passionnément aimée. Elle est partie il y a plusieurs mois, pour une destination inconnue, le laissant seul avec leur petit garçon.

Elle était artiste, elle s’appelait Paz. Elle était solaire, inquiète, incroyablement douée. Elle étouffait en Europe.

Pour son fils, à qui il doit la vérité sur sa mère, il remonte le fil de leur amour – leur rencontre, les débuts puis l’ascension de Paz dans le monde de l’art, la naissance de l’enfant – et essaie d’élucider les raisons qui ont précipité sa fin.

Des trésors de la vieille Europe aux mégapoles du Nouveau Monde, du marbre des musées au sable des rivages où l’on se lave de tout, Plonger est l’histoire d’un couple de notre temps. En proie à tous les vertiges d’une époque où il devient de plus en plus difficile d’aimer.

 

César, le narrateur, écrivain (un peu) et journaliste (surtout) de son état, s’adresse à Hector, son fils de 4 ans, et lui raconte sa mère et leur amour alors qu’il part identifier le corps de la première – cependant qu’il autopsie le second. Au prétexte de s’adresser à son fils, il joue un peu trop les professeurs. La tendance de Christophe Ono-dit-Biot à verser dans le didactique (quel besoin de préciser à quelles fins le Lutetia a été investi pendant la guerre, ce qu’est la Carte du Tendre, de donner des explications de textes des – nombreuses – références littéraires ou autres auxquelles il fait appel, de reproduire les photos des statues citées ?) est très agaçante. D’autant que ces leçons dont on se serait bien passées n’auraient pas enlevé de puissance à l’ensemble, bien au contraire.

 

Ainsi Christophe Ono-dit-Biot m’a fortement agacée sur la forme – à son érudition que je lui accordais a priori et qui ne nécessitait pas de démonstration, à ces photos de sculptures que je ne veux pas qu’on m’impose s’ajoutant longueurs et répétitions – alors même que je relevais nombre de phrases jolies et très justes, efficaces même lorsqu’elles s’avéraient convenues.

 

 

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Et pourtant, son intrigue m’a happée. J’ai été emportée dès le début par la spirale de sa quête, par ce mouvement cherchant à remonter le temps, et si j’ai cru abandonner en cours de route, l’auteur m’a finalement rattrapée in extremis – et je n’ai plus lâché son roman. J’y ai plongé, en apnée, et je me suis laissée envahir par le bleu. Trop tentant d’utiliser ce champ lexical-ci.

 

Parce que Christophe Ono-dit-Biot, écrivain et journaliste de son état, met des mots sur ce qui se joue silencieusement entre deux êtres qui se rapprochent passionnément avant de s’éloigner tout doucement, il décrit ce que les attitudes disent quand les paroles font défaut, il avance à tâtons dans le mystère de l’amour, le plus grand de tous, inépuisable sujet, beau, mystérieux et dangereux comme ces abysses dont on peut ne jamais remonter entier. Plonger ressemble à un vrai roman d’amour.

 

Une lecture en demi-teinte donc, mais quand l’impression finale est excellente, c’est sur celle-là que l’on reste, en oubliant tous les petits désagréments qui ont jalonné la lecture (ou alors, on écrit un billet de blog pour s’en souvenir – et puis, il y a comme ça des choses qu’on adore détester).

 

Plonger figure sur la première liste du prix Renaudot 2013 annoncée cette semaine.

Edit : Plonger a été récompensé par le Grand prix de l’Académie française et le prix Renaudot des lycéens.

 

Gallimard, août 2013, 448 pages, 21 €

 

A lire aussi sur Sophielit :

Toute la rentrée littéraire 2013

 

 

Morceaux choisis :

 

« Un couple c’est la guerre. » (page 18)

 

« Certaines minutes durent des vies. » (page 23)

 

« Certains couloirs sont des tunnels. » (page 24)

 

« Notre corps ne s’arrête pas à notre corps. » (page 38)

 

« Les plaisirs qu’on a eus sont tout ce qui reste d’une vie qui s’achève. Les grands chagrins se dissipent. » (page 41)

 

« J’aimais l’Entreprise. L’ambiance y était bonne, malgré les coups de poignard et les coups de langue serviles. J’y avais des amis, et mon métier me passionnait. Il impliquait beaucoup de travail, de savoir à peu près tout sur tout, de ne jamais fermer les yeux, d’essayer malgré la tension permanente de laisser une place à l’enthousiasme. Il avait du sens. » (page 48)

 

« Je me sentais vivant quand la beauté de la vie me vrillait la rétine. » (page 56)

 

« J’ai écrit une quinzaine de lignes sur son travail, destinées à être publiées dans le prochain numéro du journal. Je sais ce que tu vas te dire, que je me sers de mon statut public pour des motivations privées. Je te rappelle seulement que dans le domaine de l’art, on aime toujours pour des motivations privées. Parce que les œuvres qu’elles soient filmiques ou graphiques, remuent des choses en vous. » (page 59)

 

« Je ne crois pas que notre époque puisse se raconter sous la forme d’un roman. » (page 79)

 

« Mon métier, c’est de l’interprétation. Ce n’est que ça. Avec un peu de style pour faire passer notre manque d’instinct… » (page 82)

 

« Le narcissisme devrait être obligatoire : il vous empêche de vous laisser aller et d’être une charge pour les autres. » (Karl Lagerfeld, cité pages 85-86)

 

« Pourquoi les adultes ne peuvent-ils se retenir de transmettre aux enfants ce qui ne passe pas, comme s’il fallait entretenir le feu de la vengeance ? » (page 90)

 

« Quelqu’un qui fait pour vous la cuisine vous veut forcément du bien. » (page 96)

 

« ces bilans de santé professionnelle qu’on appelait les dîners en ville » (page 112)

 

« Il est ridicule de se priver de nouveaux paradis. » (page 171)

 

« Quelle que soit la façon dont les gens font l’amour, quelles que soient les configurations qu’ils choisissent, la géométrie de leurs corps, l’acte repose toujours sur un même mouvement : un va-et-vient fluide, répété, régulier, ample. Comme s’il fallait pour aller vers l’autre descendre d’abord en soi, en tirer le meilleur. Comme s’il fallait d’abord chercher le mystère qui nous fait tels que nous sommes, afin de l’unir au mystère de l’autre. » (pages 187-188)

 

« Parfois, les œuvres ne servaient que de médiation entre les humains. Un vecteur inerte pour leurs attractions magnétiques. » (page 219)

 

« L’exotisme, cette drogue pour enfants gâtés d’Europe qui ne mesurent pas ce qu’ils ont entre les mains. » (page 255)

 

« On s’aimerait et on se quitterait. Et tant que ce ne serait pas le cas, on ferait la guerre au monde entier pour s’aimer encore. » (page 290)

 

« Il va me falloir descendre pour comprendre. » (page 362)

 

« Il semble que l’être humain s’épuise aux yeux de l’autre comme s’épuisent les gisements d’or. » (page 405)

 

« Notre tsunami est sans vague mais me ravage autant. » (page 419)

La nuit pacifique, Pierre Stasse

Trentenaire spécialiste de la retouche photo, Hadrien a quitté la France, et ses parents qui ne se sont jamais remis de la mort de sa sœur aînée Cécile, pour la Thaïlande et Bangkok, la ville sans fin.

 

Professionnellement, avec son associé Vichaï, Hadrien fait des miracles dans ce pays où tout est image. Personnellement, il est hanté par le souvenir de sa sœur. C’est que la thèse officielle du suicide lui semble biaisée par la relation qu’entretenait à l’époque Cécile, 16 ans, avec son médecin. Et voilà que le hasard met le médecin en question sur la route d’Hadrien…

 

Pierre Stasse signe avec cette Nuit pacifique un roman envoûtant, écrit d’une plume aussi fine et précise qu’un scalpel. Tout n’est qu’apparence, le héros ne le sait que trop bien, qui en a fait son gagne-pain, mais où commence l’illusion ? Lire la suite