La désobéissante, Jennifer Murzeau

Présentation de l’éditeur :

la-desobeissante« En cette fin d’après-midi, l’épaisse pollution n’a pas eu tout à fait raison de l’éclat du crépuscule. Une douceur rose survit et se répand. Jeanne lui avait dit souvent la beauté des soirs d’été, la lumière qui décline, le rouge diffus qui se cache dans les nuages et s’étire dans leur souvenir. Bulle buvait les paroles, et jalousait. Car jamais elle n’avait pu contempler ce spectacle. Parce que ces soirs-là n’existaient plus, ils étaient obstrués. Le « secret des affaires » les avait étouffés. »

Paris, 2050. Bulle découvre, catastrophée, qu’elle est enceinte. Autour d’elle, le monde est un naufrage. Sous des dômes, les plus riches se calfeutrent, ignorant les misérables qui se débattent au-dehors, rendus inutiles par l’automatisation. Le chômage a atteint 70%, la violence envahit les rues. Les plus dociles gobent leur Exilnox, les yeux voilés par des implants connectés. Sur les holordis, les murs, partout, brillent les pubs et les flashs info anxiogènes. Alors un enfant, là-dedans… Pourtant le garder, c’est refuser de se résigner. Avec une poignée de hackers, Bulle choisit la lutte.
C’est bien de notre époque dont il est question dans ce roman. Aussi acide et apocalyptique que lumineux et optimiste, il est une célébration du libre arbitre.

Dans une époque où la station immobile est interdite dans les espaces publics, où les pluies sont acides, où les Lire la suite

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Les journalistes se slashent pour mourir, Lauren Malka

Présentation de l’éditeur :

malkaInternet a-t-il tué le journalisme ?

À l’heure de la révolution numérique, le journalisme vit des bouleversements profonds. Faire simple, faire court et, de préférence, « faire anglais » via les hashtags et les tweets, dans une langue friendly, tel semble être le credo du nouveau journaliste.

Google, en formatant à l’extrême le contenu des articles, fait-il réellement peser une menace sur l’identité de la profession ? Le journalisme héroïque, libre et engagé, à la manière d’Albert Londres, a-t-il vécu ? Ou atteint-on aujourd’hui le stade ultime d’une évolution à l’œuvre depuis les origines d’un métier dont l’objectif principal est d’être lu par le plus grand nombre ? Enfant de Kessel et du Web, Lauren Malka déconstruit les nombreuses mythologies qui s’attachent à une vision souvent idéalisée de cette profession qui n’a sans doute pas fini de se réinventer.

 

Nous vivons une époque étonnante. Ce n’est plus sa carte de presse mais son code wifi que brandit le journaliste, cet « enfant mal élevé qui se croit tout Lire la suite

C., Lolita Sene

Présentation de l’éditeur :

C lolita seneC’est la Chandeleur. Deux amies, que je n’ai pas vues depuis plusieurs mois, viennent passer l’après-midi chez moi. J’ai préparé des crêpes, on a ouvert une bouteille de cidre. Tout pourrait être tranquille, une partie de cartes ou simplement bavarder, mais je les sens ailleurs.
Très vite, la cocaïne s’invite au centre de la discussion.

Elles racontent combien elle était bonne, le premier dealer qui n’est pas venu, l’argent qu’elles se doivent. Je ne dis rien, je n’ai plus rien à dire sur le sujet. Muette, je les considère en sirotant mon verre.

Elles finissent par sortir la poudre.

« Ça te dérange si on se fait une ligne ? »

À travers le personnage de Juliette, Lolita Sene raconte ses années d’addiction à la cocaïne.

De sa province natale à Paris ou elle travaille dans l’événementiel, du monde euphorique de la nuit aux soirées en appartement, de son cercle d’amis à ses histoires d’amour, Juliette rencontre de la cocaïne partout. Soutien factice de la confiance en soi, celle-ci s’est considérablement banalisée. Comme les autres, Juliette sombre dans la dépendance.

Portrait d’une génération sans cesse en représentation, avide de rêves mais désorientée, C. montre toute la détermination qu’il faut pour s’affranchir de cette drogue dure et redonner un sens à sa vie.

Sous-titré « La face noire de la blanche », ce premier livre de Lolita Sene, qui se cache derrière le prénom de Juliette pour se raconter, est le récit d’une descente aux enfers qui prend les allures d’une intégration pétillante et joyeuse dans le monde parisien de la nuit.

Les journées de Juliette deviennent de plus en plus courtes, ses nuits de plus en plus longues, elle se met à mépriser ceux qui occupent les leurs à dormir – les nuits blanches n’ont jamais aussi bien porté leur nom. « J’ai toute la vie », pense-t-elle avec l’insouciance de son âge. Mais quelle est la véritable consistance du présent quand tout est biaisé ?

La cocaïne, cette drogue qu’on a aimé faire rimer avec réussite, performance et créativité, que certains milieux ont totalement banalisée, qui donne l’impression de maîtriser son corps et sa vie alors que c’est précisément l’inverse, se fait festive avant de devenir un antidépresseur lorsque l’organisme s’y est habitué.

Lolita/Juliette raconte l’accoutumance qui s’installe imperceptiblement, le craving, cette furieuse envie de coke qui vient avec l’alcool, les descentes qui empirent, de plus en plus vertigineuses, les chemical relationships, amitiés ou amourettes nées autour de la drogue et qui ne tiennent que par elle, la prise de conscience, la décision d’arrêter qui se heurte à l’incompréhension de l’entourage, la honte tenace de ne plus rien prendre, de passer pour une fille rangée, une oie blanche, et les rechutes, les « juste une » qui refont plonger dans la spirale infernale, la blanche qui noircit tout.

Son livre est aussi la peinture du milieu dans lequel évolue la narratrice, celui de l’événementiel, des soirées, de la musique, où l’on paye tout naturellement une jeune femme en cocaïne pour qu’elle pose nue sur la pochette d’un disque.

C. est la trajectoire d’une jeune femme qui grandit une paille à la main, qui en quelques années « vieillit avec fulgurance », et c’est aussi un avertissement quant à cette drogue dont on oublie facilement qu’elle en est. Édifiant.

Robert Laffont, mars 2015, 216 pages, 17 euros

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Flashs :

« A vouloir se démarquer, ils se ressemblent tous. » (page 34)

« Quand tu consommes, je suis ton âme. » (page 77)

« On avait perdu ces corps brûlants, j’aurais dû m’en apercevoir plus tôt. » (page 84)

« Quand la nuit te happe, c’est comme une couverture sombre qui t’enveloppe. Au début, tu t’y sens bien parce que c’est chaud, moelleux. Et puis un jour, tu commences à avoir froid. » (page 139)

« Existerait-il une hiérarchie de la dépendance dans laquelle je ne serais pas assez gradée ? » (page 160)

« S’il en prend seul, il n’y a plus le même enjeu. S’il en prend seul, il reconnaît qu’il est dépendant. » (page 165)

« Paris est vêtue de nuit. » (page 168)

« Je suis un trou qui s’est creusé. » (page 185)

« Depuis la fin de mon sevrage, il ne m’est pas venu une seule fois l’envie de mourir. » (page 203)

Je suis un dragon, Martin Page

Je suis un dragonPrésentation de l’éditeur :

 

« On s’habitue à être surhumain, et très vite on comprend que ce n’est qu’une des multiples façons que la vie a trouvées pour nous dire qu’on est un inadapté. »

Margot est une jeune orpheline timide et solitaire. Un jour, elle découvre sa véritable nature : elle est douée de capacités extraordinaires. Ces pouvoirs la terrifient, elle les dissimule jusqu’à ce qu’un événement tragique la contraigne à se dévoiler. On lui demande alors de mettre ses dons au service de l’humanité. Sa vie se partage désormais entre son quotidien de jeune fille espiègle et des missions d’une grande violence. Adulée et crainte, elle devient une icône. Mais peut-on sauver le monde si l’on s’y sent étranger ?

En s’inspirant de l’univers des superhéros, Martin Page se réapproprie les codes habituels du genre. Captivant, bouleversant, Je suis un dragon est un roman sur la puissance de la fragilité et sur la possibilité de réinventer sans cesse nos vies.

 

 

Comme tous les adolescents de son âge, Margot, objectivement dotée de qualités nombreuses, se sent différente. Elle l’est plus que d’autres.

Comme tous les adolescents de son âge, Margot attend l’avenir avec impatience. Arrive un moment où la jeune fille ne peut plus faire comme si elle était normale. Un massacre dans le collège où elle est élève lui permet de découvrir sa vraie nature.

Dès lors, tout s’enchaîne. Margot est indestructible. Et elle intéresse fortement les services secrets des grandes puissances mondiales. Car Margot est une arme – une arme « sensible, fragile, perdue, et en pleine croissance » – mais une arme tout de même. Margot devient Dragongirl, elle est entourée de chaperons bienveillants et d’individus intéressés – dont le docteur Poppenfick, qui a la réussite pour seule morale – et elle se met à baby-sitter l’humanité. C’est qu’elle a une dette à payer…

 

Dans ce roman-parabole en forme de conte fantastique (et vice versa), Martin Page met en scène une inoubliable héroïne dont la force est aussi la principale faiblesse (et réciproquement). Cette Margot, qui a le bon goût d’écouter Nina Simone, voudrait bien guérir alors qu’elle n’est pas malade. Ce n’est pas parce qu’elle est condamnée à ne pas mourir qu’elle sait vivre. Il va lui falloir apprendre. Comme tous les adolescents de son âge – sa différence en plus. La vie quotidienne est déjà une guerre. Une déception amoureuse fera abandonner à Margot sa naïveté. La voilà devenue adulte…

 

 

« Puisque ces mystères nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs. » disait Cocteau dans Les mariés de la Tour Eiffel.

Martin Page décrit de façon fascinante la convoitise dont Margot devient rapidement l’objet, de même que tous les espoirs qu’elle génère, les fantasmes qu’elle véhicule, les polémiques qu’elle fait naître. Ce faisant, il interroge les rapports au pouvoir, à ceux que la société érige en héros, ainsi que l’acceptation de la différence et la peine de mort.

Et si, comme le pense le docteur Poppenfick, ce n’étaient pas les surperhéros les surhommes, mais plutôt les « gens normaux » qui seraient des sous-hommes ? Toutes les hypothèses sont permises.

 

Un roman contemporain autant qu’atemporel, truffé d’humour et qui a la portée et la puissance d’une fable.

 

Editions Robert Laffont, janvier 2015, 288 pages, 18,50 euros

 

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Morceaux choisis :

 

« Margot était vivante, mais dans ses yeux la mort était entrée. » (page 17)

 

« Elle aurait voulu résister à leur amour, mais ils ne donnaient rien. » (page 20)

 

« Son invulnérabilité était une tare à ne surtout jamais révéler. » (page 31)

 

« Quand elle lisait, dessinait ou étudiait, elle n’était pas différente des autres enfants, et pour autant elle n’abandonnait rien de sa vraie personnalité. » (page 31)

 

« On n’échappe pas longtemps à ce que les autres devinent de nous. » (page 32)

 

« La haine est la seule véritable communauté possible. » (page 34)

 

« Le public désirait la vérité, c’est-à-dire que la vérité soit ce qu’il désirait. » (page 50)

 

« Les sentiments sont un piège et une faute professionnelle, ils diminuent la vigilance et la rationalité. » (page 59)

 

« Leur vie intime avait fondu au soleil des missions et des réunions. » (page 64)

 

« On n’y croyait pas vraiment, mais on se disait que Margot était peut-être radioactive. » (page 70)

 

« Comment une fille normale pouvait être si anormale ? » (page 74)

 

« A quoi bon fuir si personne n’est capable de me rattraper ? » (page 92)

 

« On s’habitue à être surhumain, et très vite on comprend que ce n’est qu’une des multiples façons que la vie a trouvées pour nous dire qu’on est un inadapté. » (page 92)

 

« Le désir de contrôle des adultes les pousse à mettre des verrous même aux endroits où ils ne sont pas nécessaires. » (page 93)

 

« Si ses forces physiques étaient exceptionnelles, ses capacités psychologiques n’étaient pas supérieures à la moyenne. » (page 109)

 

« Les monstres ont leur place parmi les hommes. » (page 113)

 

« Elle n’avait jamais aussi bien dormi que depuis qu’elle savait qu’elle aiderait l’humanité. » (page 119)

 

« Les règles et les codes humanistes nuisaient à l’esprit scientifique. » (page 119)

 

«  [Il n’y a] pas de meilleur anxiolytique que la vie dans un quartier populaire. » (page 123)

 

« Les êtres puissants ont toujours des manières enfantines. » (page 139)

 

« Le monde ne pardonne pas le bien qu’on lui fait. » (page 146)

 

« C’est l’obstination qui fait le génie, c’est l’acharnement qui sépare le commun des mortels des grands hommes. » (page 148)

 

« Et si le surnaturel était l’explication ? » (page 148)

 

« Poppenfick avait davantage d’admiration pour les plantes que pour les hommes : les plantes ne fuyaient pas. » (page 149)

 

« Elle avait compris que sa fragilité n’était pas de la faiblesse. » (page 168)

 

« Dès qu’on quitte l’ombre, on doit se compromettre. » (page 175)

 

« L’amour, c’était encore mieux que de voler : les frissons ne venaient plus du vent et de l’altitude, mais de l’intérieur de son corps. » (page 183)

 

« Elle avait compris que tous les gens importants étaient juste des gens. » (page 198)

 

« On ne se venge pas du hasard. » (page 206)

 

« L’imagination est parfois ce qui rend le mieux compte de la réalité. » (page 249)

 

« Elle était libre. C’était un crime. On ne le lui pardonnerait pas. » (page 272)

 

« La démocratie, c’est de la contrebande. » (page 275)

 

« Les pouvoirs ne peuvent pas s’utiliser au grand jour. » (page 278)

La rentrée littéraire de Romy

Romy

Romy Idol est née de l’imagination de Myriam Levain et Julia Tissier, auteurs de l’essai La génération Y par elle-même (Quand les 18-30 ans réinventent la vie) paru en janvier 2012 chez François Bourin éditeur.

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Le premier livre dont elle est l’héroïne, Y comme Romy, est paru en cette rentrée littéraire chez Robert Laffont.

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Romy © Louison pour Cheek Magazine 

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Comment vivez-vous cette rentrée littéraire ? 

Très bien, c’est ma première rentrée littéraire, puisqu’avant j’étais l’héroïne d’une chronique intitulée “Y comme Romy” sur le site Cheek Magazine. Dans le livre, on retrouve une partie de mes aventures déjà publiées, mais aussi une vingtaine d’inédits.

 

Qu’en attendez-vous ?

RYJ’aimerais bien qu’on réussisse à parler d’autre chose que de Valérie T. et Eric Z. Pas gagné.

 

Que lisez-vous en ce moment ? 

Je ne vais pas vous mentir, je suis en train de lire le troisième tome de Bridget Jones, qui restera toujours l’une de mes trentenaires célibataires préférées. Après, j’enchaînerai sur la réédition de la version d’origine de Bonjour Tristesse, de Françoise Sagan. Je crois que je suis assez emblématique de ma génération “zapping” qui se cultive de façon complètement éclectique.

 

Vous intéressez-vous à la rentrée littéraire en tant que lecteur ?

Oui bien sûr, et j’ai souvent envie de tout lire. Cette année, pour commencer, j’ai acheté L’amour et les forêts d’Eric Reinhardt.

 

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Y comme Romy, Myriam Levain & Julia Tissier

Y comme RomyPrésentation de l’éditeur :

Romy Idol, presque 30 ans, presque un mec, presque un boulot

Ma vie amoureuse est à l’image de ma vie professionnelle, c’est-à-dire extrêmement précaire. J’enchaîne les CDD, voire les stages – rien qui puisse, en tout cas, aboutir à un CDI. J’ai quand même une relation stable : celle que j’entretiens avec mon portable – sans parler de mon chat Jean-Paul Sartre, mais ça ne compte pas vraiment, désolée, Jean-Paul.
Je m’appelle Romy, je suis un pur produit de la génération Y et je vais vous raconter ma vie.

 

Romy a grandi en jouant aux pogs, en regardant les Tortues Ninja et en chattant sur MSN bien avant l’arrivée de Facebook. À presque trente ans, elle vit dans un studio, à défaut de pouvoir se payer un appartement d’« adulte », et papillonne de soirée en soirée avec sa B.F.F. Sonia à la recherche du grand amour… ou au moins de quoi égayer ses nuits.

Mecs, boulot, famille, quotidien : Romy, c’est nous en pire.

 

Pas évident de faire partie de la génération Y, dit-elle.

Romy se débat comme elle peut avec son quotidien de Parisienne en quête du job de rêve et de l’homme idéal (et vice versa) qui rendront sa vie enfin digne d’être vécue.

En attendant, elle va de rencards foireux en nuits de mauvaise baise, elle subit ses parents qui n’ont pas osé faire leur crise d’adolescence avant d’avoir atteint la cinquantaine, elle essaye des maillots de bain qui ne vont jamais et connaît plus d’une traversée du désert (de toutes natures), elle applaudit avec plus ou moins de conviction au soi-disant bonheur que ses copines lui envoient au visage, elle compte les points et fait des bilans– bref, en attendant la grande vie elle vit, et elle ne nous en épargne rien.

 

C’est drôle, très drôle, et moins léger que les illustrations colorées de Louison ne le laissent supposer de loin. C’est une Joséphine qui n’a pas encore rencontré l’Homme et dont les chroniques permettent de pointer des sujets tellement vrais.

 

Romy, c’est presque nous. Et c’est pour ça qu’on la kiffe !

 

Illustré par Louison

Editions Robert Laffont, octobre 2014, 224 pages, 14,50 €

 

 

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La rentrée littéraire de Jennifer Murzeau

JenniferMurzeau

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Jennifer Murzeau a publié un premier roman, Les Grimaces, chez Léo Scheer en 2012.

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Son deuxième roman, Il bouge encore, paraît en cette rentrée littéraire chez Robert Laffont.

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Comment vivez-vous cette rentrée littéraire ? Qu’en attendez-vous ? 

Je la vis bien! C’est une première pour moi. Je me sens chanceuse de faire partie des auteurs qui publient à cette période. Il y a une espèce de mystique autour de cet événement et il est naturel pour un auteur de nourrir dans un petit coin de Murzeausa tête de grands espoirs en termes de reconnaissance, de visibilité. Et en même temps il y a la crainte de faire un bide complet au contraire, de ne susciter que silence et indifférence qui pique. Je vacillais entre ces deux extrêmes pendant le mois d’août. Le jour de la sortie du livre, un article est paru dans le Monde. J’ai défailli de bonheur. Je doute souvent. Et quand un livre s’échappe pour devenir public, c’est pour moi un moment étrange où je peux attendre des autres de valider sa valeur. Alors là, la journaliste qui a écrit ce papier, Esther Attias, m’a envoyée aux anges! Mais je tâche de me détacher de cette attente. C’est d’autant plus salutaire qu’exister médiatiquement en tant que jeune auteur n’est pas simple. Alors si on attend un papier par jour pour se convaincre qu’on a bien fait d’écrire un livre, on s’expose à un grand malheur ! Aujourd’hui je suis simplement heureuse que ce livre existe, qu’il soit en librairie. J’espère qu’il sera lu et que le bouche à oreille fonctionnera. J’ai déjà quelques retours de lectures qui me touchent. C’est un roman dans lequel j’ai consigné des considérations qui me tenaient à cœur, un regard sur l’époque que je souhaite partager aussi largement que possible. Et puis il marque un progrès dans mon écriture, il me semble, elle est plus affirmée, plus décomplexée. La conception de ce second roman a définitivement assis ma volonté de bâtir une carrière littéraire, a affermi ma foi dans cette entreprise, malgré les doutes qui peuvent surgir ensuite et dont je parlais plus haut.

Je me réjouis à l’idée de participer à des événements lors desquels on rencontre les lecteurs. Je fais des dédicaces en librairies et participerai à des salons littéraires cet automne (Besançon, Toulon, Ozoir la Ferrière). J’aime beaucoup prendre part à ces manifestations, c’est très joyeux de découvrir le travail des autres auteurs et de parler de ce qu’on écrit dans ces conditions.

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Que lisez-vous en ce moment ? Vous intéressez-vous à la rentrée littéraire en tant que lecteur ?

En ce moment je lis ceux que j’appelle mes collègues de rentrée littéraires, Arnaud Gonzague et Olivier Tosseri qui ont publié leur premier roman chez Robert Laffont eux aussi. Il s’appelle Le bal de hommes et immerge avec beaucoup de réalisme dans le gay Paris des années 30. On y suit un inspecteur de la brigade des mœurs chargé d’élucider une sombre histoire de trafic d’aphrodisiaques hautement illégal. Je viens de le commencer. L’écriture et la narration sont très maitrisées.

Je m’intéresse à ce qui sort à la rentrée littéraire bien sûr. Je lis beaucoup d’auteurs morts, et la rentrée est justement l’occasion de découvrir ou de suivre des plumes vivantes. Je n’ai pas encore fait mon marché mais compte lire bien vite L’amour et les forêts d’Eric Reinhardt, l’un de mes auteurs préférés dont j’ai lu et aimé tous les livres.

 

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Le bomeur, Nathanaël Rouas

Le bomeurPrésentation de l’éditeur :

« Quand Lola m’a ajouté sur Facebook, elle a checké mon profil.
En 586 photos, 320 statuts et 1780 friends, elle en a déduit que j’étais un connard.
Un connard prétentieux.
Pour mes 1780 friends, j’ai une vie cool. Ils ne me voient pas bader le dimanche soir, seul chez moi devant mon ordinateur, une rediffusion de « Zone interdite » en fond sonore, et mon paquet de clopes vides sur la table basse. Je ne vais pas poster de photos de mon rendez-vous Pôle emploi à 9h30 à Belleville en plein hiver et de mon arrivée en scoot sous la pluie.
En fait, j’ai un statut social virtuel cool.
Et un vrai statut social de merde. »

Un portrait romanesque des 20-35 ans, génération qui n’a connu que la crise, mais qui n’a pas renoncé pour autant à la désinvolture.

 

 

Le narrateur est chômeur. Comme trois millions de personnes. Mais avec des indemnités supérieures à ce que gagnent 80% des Français qui travaillent. Du temps et de l’argent, donc. De quoi mener la belle vie. A condition de savoir s’occuper.

 

Et c’est bien là le problème. Notre bobo chômeur se connecte 4h52 par jour sur Facebook et enchaîne les apéros. Avant Pôle Emploi, il officiait dans la pub. Alors avec/devant les potes, les idées de projets fusent – mais pour les mettre en œuvre, on verra plus tard. Après sa soirée avec Anouk, par exemple. Qui lui plaît vraiment. Mais qu’il ne fait pas tellement rêver. Qui un bomeur peut-il faire rêver, en réalité ?

 

Quand on est au chômage plus que dans n’importe quel autre cas de figure, on sait ce qu’on a été mais pas ce qu’on va devenir. Comment exister aux yeux de l’autre quand on ne parvient plus à le faire aux siens ? Comment avoir le sursaut salvateur quand la confiance en soi est sacrément entamée ?

 

Sur un ton ultra léger, dans une langue plus orale qu’écrite, et avec des hein qui scandent un récit au rythme déjà rapide, Nathanaël Rouas pointe des situations absurdes qu’il saupoudre de réflexions bien senties sur ce que l’on peut et veut faire de sa vie. Ce livre, son premier et – est-il promis – aussi son dernier, dédramatise le chômage tout en incitant à donner quelques bons coups de pied au c*l. C’est drôle, et ça a aussi le mérite de rappeler qu’entre le chômage et le salariat, les alternatives existent. Un instantané de société et évidemment pas un objet à considérer sur le plan littéraire.

 

Même que le bomeur a un blog.

 

Robert Laffont, mars 2014, 264 pages, 18,50 euros

 

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Libre, seul et assoupi, Romain Monnery

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Flashs :

 

« A Paris, c’est comme ça que ça se passe. Si t’es rentré dans le bon cercle, t’as accès à tout. » (page 14)

 

« Si on a confiance en moi, alors j’ai confiance en moi. Et je deviens un tueur. » (page 17)

 

« On ne se rend jamais compte de l’attachement des gens à leur job. » (page 35)

 

« Le dimanche soir, c’est pas un soir à plan cul. Le dimanche soir, c’est trop personnel. » (page 45)

 

« Une fille mignonne, faut toujours lui montrer que tu t’en bats les couilles d’elle pour qu’elle se mette à faire attention à toi. Sinon, t’es juste un chien de plus dans la meute. » (page 47)

 

« Pôle emploi devrait financer mes tickets resto, bah ouais, c’est comme ça que j’entretiens mon réseau. » (page 60)

 

« Tout est toujours plus beau quand c’est de l’imprévu. » (page 64)

 

« Rendre cool le fait d’être au chômage, c’est ça être un bomeur.

En fait, c’est surtout réussir à faire croire à l’autre que c’est cool d’être au chômage. » (page 81)

 

« Quand on ne connaît pas le chômage, on en a peur. » (page 109)

 

« Mon problème, c’est que je veux tout donner direct par peur qu’elle me donne rien. » (page 132)

 

« Je suis la flemme poussée à son paroxysme. » (page 137)

 

« J’ai toujours pensé qu’on a les amis qu’on mérite. Quand je vois les miens, je me dis que je suis un mec bien. » (page 145)

 

« Dans ma vie professionnelle, j’avais toujours une date butoir. Maintenant, je n’ai aucun dernier moment. » (page 157)

 

« J’ai toujours pensé que la créativité n’était pas réservée aux créatifs. Tout le monde peut avoir la bonne idée au bon moment. » (page 165)

 

« Quand quelqu’un de proche réussit, ça donne l’impression que nous aussi nous aurions pu réussir. Alors que ça n’a aucun lien. » (page 167)

 

« Peu de gens sont vraiment heureux pour le succès de leurs proches. Justement parce que ça les renvoie à leur condition personnelle. » (page 167)

 

« L’actualisation Pôle Emploi, c’est les cinq clics les plus chers du web. » (page 170)

 

« J’arrive à me faire virer de Pôle Emploi. C’est dur quand même de se faire virer d’un truc pour des gens qui n’ont pas de travail. C’est surréaliste comme situation. » (page 175)

 

« Quand tu n’as aucune raison de te lever, tu ne te lèves pas. » (page 218)

Magari, Eric Valmir

MagariPrésentation de l’éditeur :

Quand Lorenzo sort de chez lui ce matin-là, flottent sur Rome toutes les promesses de l’été. Nous sommes le 19 juin 2001. Silvio Berlusconi est redevenu quelques jours plus tôt chef du gouvernement. Pour la plus grande joie de ses tifosi, l’AS Roma vient de remporter le troisième scudetto de son histoire. Et Lorenzo est heureux : certainement pas à cause du retour aux affaires du Cavaliere – la politique, il en a soupé. Peut-être même pas grâce à la victoire de son équipe, et Dieu sait pourtant s’il a rêvé de revivre une telle liesse… Non, Lorenzo est heureux parce que Francesca l’aime. Parce que, dans quelques mois, naîtra leur premier enfant, une fille, il en est certain. Parce que, à l’abord de la trentaine, l’ombre du petit garçon naïf et malhabile, celle de l’adolescent irrésolu ballotté par tous les vents contraires, n’est plus si lourde à porter. Aujourd’hui, sa vie a un axe, un socle, une direction. Alors, il traverse la rue sans faire attention. Et ne voit pas la voiture qui surgit au même moment…

Étendu sur le bitume, Lorenzo remonte le fil de sa vie. Celle d’un jeune Romain qui a grandi écartelé entre l’intransigeance d’un père communiste ultra militant, les migraines d’une mère rongée par un drame familial et l’amour d’un grand-père cachant tant bien que mal son passé mussolinien. Un parcours chaotique marqué par ce sentiment d’incertitude, de désirs, de rêves enfouis et aussi de résignation qu’exprime le mot « magari » (« si seulement… »), comme un état d’âme qui se décline à l’infini.

 

Ce roman, le deuxième d’Eric Valmir, commence par une explication du mot « magari », Inch’Allah italien intraduisible en français :

« Magari est une richesse de la langue italienne qui ne peut se traduire par un seul mot.

C’est un sentiment d’incertitude, de désirs, de rêves cachés, mais qui peut aussi porter en lui la négation et la résignation. Le célèbre dictionnaire franco-italien de Raoul Boch en propose plusieurs définitions: si seulement, j’aimerais bien, qu’il plaise à Dieu, quand bien même, ça ne viendra pas mais attendons quand même, sans doute, probablement, peut-être pas…

Magari, c’est un état d’âme qui se décline à l’infini. » (page 11)

 

 

Éric Valmir a été correspondant de Radio France à Rome pendant cinq ans. Ce séjour prolongé lui a fourni la matière de Magari, grande fresque de l’histoire récente de l’Italie portée par la voix de Lorenzo, né au début des années 70, passionné de football que son père, un communiste très militant, tente désespérément d’intéresser à la politique. Lorenzo grandit pendant les années de plomb, s’habituant comme il peut aux fusillades et aux attentats.

Son père et sa mère s’affrontent à propos du passé mussolinien du grand-père : pour le père, c’est une raison pour que Lorenzo n’aille plus chez son papi adoré en Ombrie ; pour la mère, son propre père est avant tout un bon grand-père dont elle ne veut pas priver son fils – et réciproquement.

Tandis que tout est politique, que tout est combat pour les parents de Lorenzo, les rapports de l’enfant à son grand-père sont basés sur des choses simples – les légumes, les oiseaux, la nature.

C’est malgré ce tiraillement que Lorenzo tente de se construire.

 

Magari commence au début des années 2000. Lorenzo vient de se faire renverser par une voiture. Allongé au sol, il déroule le fil de ses souvenirs. Son modèle, son référent, c’est Pinocchio, qui s’en sort toujours. Comme lui ?

 

Avec talent, Eric Valmir raconte l’histoire d’un pays, sur une période donnée – trois décennies environ – par le prisme des souvenirs d’une seule famille. Long de près de 400 pages, son ouvrage est un livre plein d’images et une plongée en profondeur dans la société italienne de la fin du XXème siècle. C’est enfin le roman d’apprentissage d’un héros attachant et inoubliable.

 

Mention spéciale au récit (véridique), impossible à lâcher, des dernières très longues heures d’Alfredo Rampi, ce petit garçon tombé dans un puits près de Rome en 1981, et qui n’a pas été sans m’évoquer l’agonie d’Omayra Sanchez, cette Colombienne de treize ans prisonnière de la boue après l’éruption du volcan Nevado del Ruiz en 1985, et qui est morte elle aussi « en direct » sur les écrans du monde entier.

 

Editions Robert Laffont, août 2012, 384 pages, 20 euros

 

 

Quelques citations :

 

« Les gens sont toujours en train d’imaginer le pire devant un corps étendu au sol. Ce raisonnement ne tient pas debout. A ras de terre, les perspectives ne sont pas aussi mauvaises qu’on le pense. » (page 17)

 

« Toi aussi, tu devrais avoir des pensées fortes auxquelles t’accrocher quand les autres essaient de faire du mal. Un personnage, un poète, un dieu. Tu dois bien avoir quelque chose en tête qui te fasse tenir ?

Bien sûr. Pinocchio, qui s’en sort toujours à la fin. Mais ça, je ne pouvais pas l’avouer à Youness. » (pages 58-59)

 

« Les rivières sont comme les hommes. Elles subissent le temps, ses accidents, ses épreuves et ses erreurs de parcours. » (page 62)

 

« La famille, c’est sacré, paraît-il. En regardant celles qui vivent dans le quartier, à Rome, je me dis que ça doit être vrai. Il y a des cris, des embrassades, des rires, de la musique.

Chez nous, on ne s’embrassait pas, ça gueulait politique et j’étais toujours tenu à l’écart. » (page 71)

 

« Un but de la Roma est toujours une revanche sur le quotidien qui nous écrase. » (page 132)

 

« J’ai demandé à Youness ce qu’était un communiste. Il m’a expliqué que c’étaient les types qui se battaient contre les fascistes. Alors, j’ai pensé que mon père devait effectivement être communiste même si je ne comprenais pas vraiment ce que cela signifiait. » (page 138)

Les Bourgeoises, Sylvie Ohayon

 

« J’aimerais vous raconter ces filles que j’ai voulu mépriser pour ne pas avoir à me sentir inférieure, celles à qui j’ai d’abord caché mon origine géographique comme on cache une maladie honteuse. Avec elles, j’ai découvert un monde rempli de codes insensés, un monde où l’éloquence acquise par des années d’éducation servait à parer de falbalas une violence bien plus vaste et destructrice que celle qu’on montre le soir à la télévision quand les voitures brûlent. » (page 21)

 

Ces codes, la narratrice prénommée Sylvie se les prend en pleine figure – il faut dire qu’elle le cherche un peu – dès la fin de son adolescence. Elle-même habite à La Courneuve, dans cette cité des 4000 qui l’a vue naître. Sa vie de lycéenne est à des kilomètres, au sens propre comme figuré, de celle des demoiselles fréquentant Janson-de-Sailly (rue de la Pompe, Paris XVIème). Lire la suite