Petites scènes capitales, Sylvie Germain

Présentation de l’éditeur :

petites-scènes-capitales-germain« L’amour, ce mot ne finit pas de bégayer en elle, violent et incertain. Sa profondeur, sa vérité ne cessent de lui échapper, depuis l’enfance, depuis toujours, reculant chaque fois qu’elle croit l’approcher au plus près, au plus brûlant. L’amour, un mot hagard. »

Tout en évocations lumineuses, habité par la grâce et la magie d’une écriture à la musicalité parfaite, Petites scènes capitales s’attache au parcours de Lili, née dans l’après-guerre, qui ne sait comment affronter les béances d’une enfance sans mère et les mystères de la disparition. Et si l’énigme de son existence ne cesse de s’approfondir, c’est en scènes aussi fugitives qu’essentielles qu’elle en recrée la trame, en instantanés où la conscience et l’émotion captent l’essence des choses, effroi et éblouissement mêlés.

 

 

 

 

Parfois, la scène paraît tout en insignifiance. Ainsi la troisième, qui débute par « Un bestiaire sonore enchante sa petite enfance. »et se termine par « Voix de sa solitude avec son père. ». Entre ces deux phrases, presque rien d’autre que des bruits d’oiseaux. Dispensable, dirait le lecteur qui a abandonné depuis trop longtemps l’enfant en lui, ou celui qui n’a jamais connu le silence des taiseux.

 

Et puis parfois, un monde se déroule en quelques lignes. Un micro événement qui marquera éternellement celle qui le vit. La découverte de son véritable prénom, la rencontre avec un exhibitionniste. « La scène est très brève et se joue à la muette, mais elle l’affecte durablement. » Les petits instants touchent, troublent, frappent souvent plus que les grands. La mort qui s’invite, à plusieurs reprises. Les grands drames aussi forgent l’identité.

 

 

Au fil de ces 49 scènes, l’histoire familiale de Lili-Barbara se déroule, nourrie de tragédies domestiques et de grandes dates d’une époque en ébullition. L’écriture lumineuse de Sylvie Germain dessine les ombres et les lumières d’un effondrement qui a commencé très tôt dans l’enfance – et dont il faudra bien tenter de se relever.

Son style éblouit aussi bien dans la construction du livre, cette sélection apparemment aléatoire dans laquelle, cependant, rien n’est laissé au hasard, que dans la prose presque musicale ; le titre déjà en était une figure.

 

Un roman tout en fragilité et en fausse candeur.

 

 

Albin Michel, août 2013, 256 pages, 19 euros

lu dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire PriceMinister-Rakuten 

 

 

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Quatre phrases :

 

« Le jour où son père lui annonce la mort de cette inconnue qui lui est d’une intimité lancinante et dont elle attend le retour avec une patience inébranlable, elle ne dit rien, ne demande rien, elle court faire de la balançoire à en perdre le souffle. » (page 15)

 

« Elle est un petit animal humain surpris par un goût fade et visqueux, saisi par une pensée bien trop vaste pour lui. » (page 18)

 

« Deux élans inverses se disputent en elle : celui d’un tenace désir de vivre, celui d’un violent attrait de la mort. » (page 46)

 

« Elle mange sans faim, le silence qui sature la chambre de sa grand-mère se transforme lentement en nœud dans sa gorge ; mais elle mange en abondance, pour lutter contre ce nœud, précisément. » (page 49)

Ecoute la pluie, Michèle Lesbre

Ecoute la pluiePrésentation de l’éditeur :

«Puis le ronflement sourd de la rame qui s’approchait à grande vitesse a provoqué un frémissement parmi les rares voyageurs. Le vieil homme s’est tourné vers moi avec toujours ce sourire limpide, j’ai cru qu’il allait me demander quelque chose, mais il a sauté sur les rails comme un enfant qui enjambe un buisson, avec la même légèreté.»
.

Avant que le vieil homme ne se jette sur la voie en lui adressant son dernier sourire, la narratrice partait rejoindre l’homme qu’elle aime à l’hôtel des Embruns. Le choc a fait tout basculer. Plutôt que d’aller à la gare, elle s’enfonce dans les rues de Paris pour une longue errance nocturne sous l’orage. Revenue chez elle au petit matin, toujours incapable d’expliquer à son amant pourquoi elle n’était pas au rendez-vous, elle murmure à son intention le récit de sa nuit blanche. Lui, le photographe pour qui les mots ne sont jamais à la hauteur, sera-t-il capable de comprendre l’énigmatique message qu’elle finit par lui laisser : «Écoute la pluie» ?

Avec ce roman dense et bouleversant, Michèle Lesbre poursuit une œuvre lumineuse qu’éclaire le sentiment du désir et de l’urgence de vivre.

 

Sabine Wespieser Editeur, février 2013, 100 pages, 14 euros

 

J’ai lu d’une traite ce très court roman, happée par son commencement, et le suicide du vieil homme sous les roues du métro à la station Gambetta. La suite, pourtant, m’a laissée à quai. De jolies phrases relevées cependant, et que j’ai envie de partager :

 

« Quelque chose de nous gisait sous les roues du métro. » (page 14)

 

« Les voyages nous ont beaucoup portés, les retours nous ont perdus parfois. » (page 24)

 

« Tout à l’heure, j’ai écrit la date, l’heure et le nom de la station sur mon cahier. J’ai ajouté que j’aimerais connaître celui de l’homme qui est entré dans ma vie en perdant la sienne. » (page 38)

 

« Cette nuit, je suis ton marin perdu. » (page 61)

 

« Les dieux tissent des malheurs afin que les générations futures ne manquent pas de sujets pour leurs chants. » (Borges, page 78)

 

« Les vies d’adultes ne sont que tentatives pour guérir le chagrin de l’enfance inachevée, toujours inachevée. » (page 85)

 

Les séparées, Kéthévane Davrichewy

Présentation de l’éditeur :

Quand s’ouvre le roman, le 10 mai 1981, Alice et Cécile ont seize ans. Trente ans plus tard, celles qui depuis l’enfance ne se quittaient pas se sont perdues.

Alice, installée dans un café, laisse vagabonder son esprit, tentant inlassablement, au fil des réflexions et des souvenirs, de comprendre la raison de cette rupture amicale, que réactivent d’autres chagrins. Plongée dans un semi-coma, Cécile, elle, écrit dans sa tête des lettres imaginaires à Alice.

Tissant en une double trame les décennies écoulées, les voix des deux jeunes femmes déroulent le fil de leur histoire. Depuis leur rencontre, elles ont tout partagé Lire la suite