Perdre le nord, Basile Panurgias

perdre le nordPrésentation de l’éditeur :

C’est à Paris qu’il fait la connaissance de Mette, riche héritière danoise. Éprise de l’écrivain paumé, elle va le soutenir. Jusqu’à ce que, lasse de ses éternels doutes, elle reprenne le chemin de Copenhague avec leur fille. Exilé à Bruxelles, il se console dans les bras d’une jeune étudiante. L’ennui le guette pourtant. Il lui est apparemment aussi difficile de s’engager affectivement que de trouver un éditeur. La rencontre inopinée avec Noël Cluzat, directeur de la maison du même nom, est-elle une aubaine ?

Des mondains germanopratins aux losers de la capitale belge, de petits boulots en grandes désillusions, Perdre le nord est la chronique caustique du vagabondage d’un auteur en quête de sens aux prises avec un monde de l’édition sans pitié.

 

Le narrateur peine à être publié. Mais le grand éditeur rencontré à l’occasion d’un cocktail mondain semble s’intéresser à lui pour la demoiselle qu’il avait à son bras davantage que pour ses écrits… La déception peut-elle se révéler un bon moteur pour écrire ? Lire la suite

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La vie critique, Arnaud Viviant

La vie critiquePrésentation de l’éditeur :

Il aurait voulu être rock star, il est devenu critique littéraire. Fidèle aux grands textes et aux rituels d’un métier en voie de disparition, curieux, amoureux, inconvenant, il défend les fous, les inventeurs et les modernes.

Voie facile ? Non, vie critique, où l’on compose avec stocks et désirs, découverts et découvertes, obsessions sexuelles et professionnelles.

Un texte intime et risqué, une mise à nu littéraire et politique, où tout conflue vers le désir d’être vivant. À l’ère de la littérature mondialisée et du journalisme prolétarisé, la situation est critique, mais pas désespérée.

 

Arnaud Viviant est journaliste et critique littéraire (Libération, Les Inrocks, Ça balance à Paris, Le Cercle, Le Masque et la plume, Transfuge). Un « myope sévère » à scooter (on en connaît d’autres, dans le métier) depuis longtemps installé dans le petit monde des gens de lettres et de ceux qui gravitent autour.

 

La vie critique, Arnaud Viviant la résume ainsi : « lire, vivre et conjuguer le verbe aimer. » La sienne, ainsi que le démontrent régulièrement ses interventions fracassantes, consisterait plutôt à conjuguer le verbe détester. Son roman est truffé d’anecdotes et de visages connus qui font oublier l’irrégularité du rythme et l’ennui des séances du critique chez le psychanalyste.

L’indéniable sens de la formule de l’auteur, aiguisé à longueur de papiers, et particulièrement réjouissant.

 

Mais sa réflexion sur la critique comme moyen qu’il a trouvé de rester en marge de la vie réelle, scooter-précarité-liberté plutôt que métro-boulot-dodo, est bien plutôt profonde qu’il n’y paraît. Politique, presque. « La vie critique, avec l’espèce de colossale passivité qu’elle paraissait exiger », dit-il. Même quand on a fait le choix de vivre, il faut bien bosser un ti peu.

 

L’humilité brille par son absence dans les pages de ce roman qui n’en est un qu’à moitié. Cependant, la lecture en reste un grand moment de jubilation pour qui a à faire avec la littérature française contemporaine et joue le jeu de ses mondanités germanopratines.

 

Avec ce livre, Arnaud Viviant donne le bâton pour se faire battre – et laisse un peu de soi aussi, sans doute. Bosser un ti peu, et perdre des plumes.

 

Belfond, août 2013, 188 pages, 17,50 euros

 

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Passages choisis :

 

« Jamais il n’avait succombé à une si forte addiction : pire que le tabac, le sexe, l’alcool. Il sifflait les livres les uns après les autres, alternant gins forts et bibine, mais le plus souvent les mélangeant, en habitué qu’il était des cocktails littéraires, ingurgitant deux ou trois livres en même temps, polar et philo, roman et socio, la biographie d’un facho et un essai sur les impôts, des textes de Pinguet sur le Japon et un pamphlet du collectif Pièces et main-d’œuvre sur la musique techno, une nouvelle traduction de William Blake et, en souffrant, le premier roman du comédien François Fini. » (page 21)

 

« Le roman était désormais un miroir que l’on promenait le long des autoroutes de l’information. » (page 25)

 

« Est-ce que les hommes n’ont pas le droit de vouloir des enfants autant que des femmes, à l’instar d’elles ? » (page 50)

 

« Son incompétence ne cessait jamais de l’effrayer, elle était synonyme d’imposture, il avait peur qu’on la remarque, qu’on la lise, qu’on l’entende. » (page 53)

 

« En ce temps-là, il était encore beaucoup trop démocrate pour imagine qu’un simple livre puisse changer une vie. » (page 59)

 

« La cigarette, cette utopie… » (page 69)

 

« Un bon critique est plus un bourreau professionnel qu’un bon juge. » (page 73)

 

« L’amitié : cet art qui supporte le moins la critique. » (page 91)

 

« Il rêvait d’être scripteur, il était devenu prescripteur. » (page 92)

 

« – Tu comprends, ma chérie, un critique littéraire n’est jamais en vacances, ni en été ni à Noël, jamais. Sur les sept cent cinquante-six romans qui vont être publiés, je vais en recevoir disons une centaine. Heureusement, on présélectionne pour moi, mais d’une manière ou d’une autre il va falloir que j’aille voir ce qu’ils ont dans les tripes, et j’ai bien peur que ce ne soit possible qu’en les éventrant. Cela va être une boucherie, ma chérie, une sacrée boucherie ! » (page 100)

 

« Des poètes, ces personnages en mie de pain, on s’attendait toujours qu’ils soient fluets, illuminés de l’intérieur, et le visage en vasistas avec des reflets de lune épars, biseautés. C’était Rimbaud ou bien Verlaine qui nous avaient mis dedans pour un bon bout de temps. Le poète ça faisait plus d’un siècle qu’on ne l’imaginait plus qu’en voie de disparition, famélique et aride, le poitrail concave, la peau sur les os, imperméabilisés à fond de drain. » (pages 104-105)

 

« Il feuilleta en vitesse le bottin de ses souvenirs, trop volumineux hélas pour tomber aussitôt à la bonne page. » (page 117)

 

« Un écrivain-fleuve, en crue permanente. » (page 117)

 

« Même le crayon de Dieu n’est pas sans gomme. » (Aimé Césaire, cité page 119)

 

« Il y avait quelque chose de dégoutant dans cette existence exclusivement consacrée à ingérer les œuvres des autres. » (page 122)

 

« Le métier représentait pour lui un immense pas de côté par rapport à la vraie vie, de laquelle il cherchait déjà à se faire exempter comme du service militaire. » (page 127)

 

« La vie critique s’était constituée face à la vie réelle avant de s’y opposer. » (page 127)

 

« La critique n’est pas la passion du cerveau, mais le cerveau de la passion. » (Karl Marx, cité page 129)

 

« Quelque chose hurlait en lui de devenir fou juste une fois dans sa vie, de céder à ses pulsions honteuses, d’en finir avec l’austérité qui à de rares exceptions près avait toujours régenté son existence. » (page 137)

 

« Il avait glissé dans ses bagages un roman corse écrit directement en français. » (page 140)

 

« La littérature, c’est comme la marine. L’une est marchande et l’autre est de guerre. » (page 141)

 

« Aucun dossier ne pouvait être clos à jamais. Même le pire des écrivains était capable de pondre un bon livre de nos jours. Bosser un ti peu. Il fallait toujours tout vérifier. » (page 172)

 

« Pour maintenir en vie une illusion, il suffisait de l’arroser chaque matin avec d’autres illusions, cela marchait très bien. Penser à changer la terre aussi, de temps en temps. » (page 173)

Mémoires d’un snobé, Marin de Viry

« Je voudrais que vous compreniez les souffrances d’un chroniqueur littéraire mondain de culture chrétienne. Ma vie est un oxymore moral. D’un côté, j’aime les gens. De l’autre, mon existence est marquée au fer du snobisme. C’est surtout ce volet que j’aimerais développer dans le récit, car le snobisme, ce n’est rien. Mais ce rien est tellement séduisant qu’il nous donne envie que tout soit rien. Chez les gens cohérents et vraiment malades, la suite est logique : pour que tout devienne rien, il faut tout détruire. » (page 17)

 

Voilà le drame de Marius de Vizy, chroniqueur mondain à la Revue des Deux Mondes : il se sent snobé. Il le prouve en plusieurs temps qui sont autant d’épisodes récurrents de sa trépidante existence : soirée littéraire, dîner d’écrivains, déjeuner de délibérations, remise de prix, etc. Le tout, bien entendu, situé dans un Saint-Germain-des-Prés incontournable. Lire la suite

Sophie au Flore, Sylvie Bourgeois

Sophie, quarantenaire chouchou des amatrices de chick-litt, nous avait fait découvrir les coulisses du Festival de Cannes. La voici qui quitte sa province (Annecy) et son homme (Sylvain) pour enfin faire quelque chose de sa vie. C’est forcément à Paris que ça se passe. Sophie débarque à Saint-Germain-des-Prés, pétillante et déterminée.

« Si elle ne connaît pas son poids avec précision, elle n’arrive pas à s’inscrire dans l’espace. […] ‘Tant que je suis mince, la vie vaut la peine d’être vécue !’ » (page 33)

 

De rencontres improbables en projets avortés, d’heureuses surprises en coups de cœur, Sophie se construit en quelques semaines un nouvel univers dont le Café de Flore est l’épicentre. Lire la suite