Pourquoi écrivez-vous, Sandra Reinflet ?

(c) Bleuz

 

Sandra Reinflet a 32 ans. Elle se présente comme « chanteuse, écrivain, voyageuse, photographe ». Elle chante sous le nom de Marine Goodmorning, anime des ateliers de créativité en entreprise et interviewe des non-invités sur France Inter.

Elle a publié Same same but different (Michalon, 2010), récit d’un voyage à la rencontre de 81 femmes nées comme elle en 1981, puis Je t’aime [maintenant] (Michalon, 2012), tour du cadran de ses amours passées.

Qui a tué Jacques Prévert ?, son dernier ouvrage, est paru en janvier 2014 aux éditions de La Martinière.

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 Photo (c) Bleuz

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Pourquoi écrivez-vous ?

C’est une question que je ne me suis jamais vraiment posée. Je crois que j’écrivais avant même de savoir le faire. À quatre ans, je dessinais de grosses boucles et des traits pour imiter les lettres de mes parents. Derrière, je voyais des histoires que je modifiais à l’envi et déclamais à qui voulait bien les entendre (ou plutôt à qui devait bien les entendre – je crois que je n’étais, déjà, pas très discrète).

Reinflet1Mon rapport à l’écriture n’a pas tellement changé depuis. Les mots sont des clés à molette, des marteaux, des joints, des fers à souder ou des tronçonneuses. Ils sont juste là pour m’aider à construire une histoire. Histoire qui pourrait d’ailleurs tout aussi bien se matérialiser à travers une photographie, une musique, un film ou un tableau, selon le sujet. Nous vivons dans un monde de spécialistes qui n’aiment pas beaucoup que l’on touche à tout. Il y a les vrais écrivains et les autres, les vrais musiciens et les autres… Faites écouter un morceau que vous aimez à un compositeur, il va analyser les accords, l’harmonie, se demander si c’est recherché, original, faire passer un contrôle technique à la pièce avant de conclure si oui ou non, elle a de la valeur. Pourtant la seule chose qui importe, c’est l’émotion que vous, amateur ayant séché les cours de solfège, avez ressenti ou fait ressentir avec cette musique. Il me semble que pour un livre c’est pareil. L’essentiel est ce que le lecteur éprouve en tournant les pages. Et – au risque de froisser les puristes – si un auteur émeut, fait rire ou réfléchir, pour moi il est un « vrai » écrivain.

 

En ce qui me concerne, je ne veux surtout pas que l’on me colle cette étiquette (pas plus que celle de la photographe, de la chanteuse ou de la journaliste d’ailleurs). Je veux garder la liberté de changer d’outil pour modeler le réel, puisque malgré tout le mal qu’on en dit, j’en suis amoureuse. Je joue avec lui, le colorie, le mets en scène pour inventer des histoires vraies. Ou de faux mensonges, selon.

 

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Mais à vrai dire (puisqu’il est question d’honnêteté), plus j’essaie de répondre, plus je réalise qu’au fond si j’écris, c’est surtout parce que je le sens. Il n’y a pas tellement d’explication. Je commence souvent un projet parce que je l’ai rêvé – les insomnies où se pointent de nouvelles idées sont mes moments préférés. Juste avant de commencer, là au fond de ton lit, quand tu te dis que tout est possible. Comme je ne me fie qu’à l’intuition, c’est toujours elle qui me guide (si je croyais en Dieu, au Feng Shui ou à mon horoscope tout serait peut-être différent).

Écrire, ou disons créer, est un drôle de jeu dont on fixe les règles (pratique pour ceux qui n’ont jamais su obéir à celles des autres) et qui permet de continuer à dessiner des boucles en étant, parfois, pris au sérieux.

 

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

Reinflet3Ne pas trop se poser de questions. Parce qu’à prendre du recul, on en vient toujours à la conclusion que rien ne sert à rien. Que d’autres le font mieux, que tout a été écrit ou qu’il est prétentieux de penser avoir son mot à dire. Il faut cultiver la naïveté pour oser se lancer. Rester léger, modeste, et surtout écouter son instinct. Celui que tout le monde cherche à étouffer à coup de sérieux depuis que l’on a quitté l’enfance. Parce qu’il faut être raisonnable, faire des études. Choisir un métier.

Écrire c’est pouvoir tous les faire.

 

Le seul conseil pratique que je peux donner est de s’armer d’un coton de dissolvant pour enlever tout le vernis que l’on pose sur « le monde inaccessible de la Littérature ». S’autoriser à faire. Pour soi d’abord. En écrivant par exemple chaque jour dans un carnet auquel personne n’a accès (ce qui permet de sortir de la quête de perfection, d’écrire pour le plaisir de renouer avec le geste).

Ensuite vient la deuxième étape, celle de l’écriture pour un possible lecteur. Mais là encore, je crois qu’il vaut mieux ne pas trop y penser. Ne pas essayer de plaire, mais être sincère. Comme en amour, il faut surtout chercher le naturel (au fond, personne n’a envie d’embrasser une bouche peinte au rouge à lèvres, ça tâche les joues et les chemises).

 

Ensuite il y a le détail, la construction, les relectures, en un mot : le travail. Mais pour ça demandez à un spécialiste. Il y en a plein qui courent ce blog. Moi, je suis une élève trop dissipée.

 

 

 

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Toutes les réponses à « Pourquoi écrivez-vous ? »

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Qui a tué Jacques Prévert ?, Sandra Reinflet

Qui a tué Jacques PrévertQuatrième de couverture :

Je suis passée devant mon école primaire. De l’extérieur, il m’a semblé que des carreaux étaient cassés J’ai escaladé la grille et l’ai retrouvée éventrée. A l’abandon. Au fil des pas, les souvenirs ont ranimé chaque salle, chaque couloir de l’école Jacques Prévert. Vingt ans plus tard, rien n’a changé, ou presque.

 

 

Depuis 2008, l’école primaire par laquelle est passée Sandra Reinflet est désaffectée. De ce lieu initiatique désormais à l’abandon, l’écrivain-photographe a pris des dizaines de clichés. Salles de classe saccagées, murs tagués, vitres brisés, et souvenirs qui se ramassent à la pelle, avec les feuilles mortes jonchant le sol de la cour. Sous la couverture, l’ouvrage hybride, à mi-chemin entre la balade poétique et l’album d’anecdotes, entre le beau livre et le carnet de correspondance (carnet de vie scolaire dit-on), emballé dans son protège-cahier, des textes courts accompagnent les images – et parfois celles-ci prennent toute la place.

 

sandra_reinflet_3Sandra Reinflet rappelle les souvenirs avec une bienveillance qui éloigne définitivement toute nostalgie paralysante ; le passé est passé. Son regard est tendre, et la contemplation tend à la rêverie.

Qui a tué Jacques Prévert ? est le journal d’une part de soi.

 

Un adulte créatif est un enfant qui a survécu. Ce détour par son école primaire semble avoir fait à Sandra Reinflet l’effet d’un bain de jouvence. Ce livre, c’est la confirmation qu’elle ne se trompe pas. C’est rare, ça fait du bien, ça fait se sentir moins seul et ça donne envie de partager.

 

Comme avec son précédent livre, Sandra réussit, en parlant d’elle, à faire s’interroger celui qui tourne les pages. Elle inciterait presque à aller voir ce qu’est devenue son école primaire – et à vérifier qu’on n’a pas tout à fait trahi celle (celui) qu’on était lorsqu’on y apprenait.

 

La Martinière, janvier 2014, 144 pages, 24 €

 

Jusqu’au 19 février 2014, plusieurs photographies issues de l’ouvrage sont exposées à la Bibliothèque nationale de France (quai François Mauriac, 75013) dans le cadre de la Bourse du talent et de la photographie.

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La bande-annonce du livre :

L’Envolée des livres de Châteauroux, 4 & 5 mai 2013

Chtx 2013 - CopieJ’ai une affection particulière pour L’Envolée des livres. Châteauroux, j’y ai des attaches familiales, et ce salon, j’y allais par plaisir, en visiteuse, avant d’être publiée.

Il a ainsi fait l’objet d’un billet en 2010 et en 2012, tandis qu’en 2011 j’avais profité du salon pour « flasher » tout un tas d’auteurs (18 en tout)….

 

Cette année, le salon se tiendra à nouveau dans le splendide cadre du couvent des Cordeliers, et à nouveau j’y signerai mes ouvrages – au nombre de 7, désormais.

France Bleu Berry

Parmi eux, mon Louis de Funès sera en bonne place, et j’en dirai quelques mots ce vendredi 3 à 16h sur les ondes de France Bleu Berry (95.2 à Châteauroux), dans l’émission de Thierry Chareyre.

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Signatures donc, mais pas que.

 

Dimanche 5 à 16h30, j’anime une rencontre sur le thème « Souvenirs de famille » à l’espace Jean-Charles de Fontbrune. Autour de la table, quatre invités : Serge Joncour, Sandra Reinflet, Tristane Banon et Eric Valmir.

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Du côté des dédicaces, sous le parrainage de Daniel Picouly, sont annoncés entre autres Sébastien Acker, Jérôme Attal, Lilian Auzas, Tristane Banon, Alma Brami, Patricia Darré, Mercedes Deambrosis, Bertrand Guillot, Stéphanie Hochet, Krystel Jacob, Serge Joncour, Virginie Jouany, Kévin Juliat, Erwan Larher, Maryline Martin, Stéphane Michaka, Marc Molk, Eric Naulleau, Sophie Noël, Sandra Reinflet, Jean Rouaud, Sandrine Roudeix, Fanny Salmeron,
(liste complète – plus de 160 auteurs en tout, excusez du peu !)
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Horaires du salon (entrée libre) :

Samedi : 14h-19h
Dimanche : 10h-19h
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Rodolphe Macia et François Alquier n’en sont pas cette année.
Alors forcément, ils font la gueule…
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Je t’aime maintenant, Sandra Reinflet

 

A l’aube de ses trente ans, Sandra Reinflet, qui avait déjà recueilli les témoignages de 81 femmes nées comme elle en 1981, s’est lancée sur la piste de ses amours passées.

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Pour chacun d’eux, elle a sélectionné un moment en particulier, avant de partir à la recherche de l’être qui a traversé sa vie.

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Quête risquée, car faire revivre le passé peut se révéler dangereux – et de la flamme si vive, il ne reste souvent que les cendres. Lire la suite