Attendre, Sandrine Roudeix

couv-Attendre-GFPrésentation de l’éditeur

« Il est dix-huit heures. Je suis joueuse. J’ai le cœur qui cogne. Un bruit sec, rapide et répété comme un marteau sur une planche de bois. Les yeux humides, le chouchou de ma queue de cheval qui se défait, le dos droit. Je suis joueuse, curieuse mais anxieuse.

Il est dix-huit heures et neuf minutes. Je t’attends. On est le lundi premier mai. Hier, c’était mon anniversaire. J’ai fêté mes seize ans. Sans toi. Hier, j’ai décidé de te retrouver. »

Sandrine Roudeix a choisi d’écrire un roman à trois voix pour dire trois attentes à trois époques différentes autour d’un même événement : la naissance de Lola. Elle met en scène ces instants particuliers, solitaires et silencieux, ces cheminements fragiles, à la croisée les uns des autres, ce temps suspendu avant l’épreuve de vérité.

 

« Je suis votre fille. Si vous avez envie de me voir, je vous attendrai demain à dix-huit heures au Zinc. » Lola, 16 ans, attend et espère son père qu’elle n’a jamais vu. Elle l’a imaginé héros, vedette, puissant ; elle se demande si la réalité sera à la hauteur – et s’il viendra seulement.

Marie, mère touchante, tente de convaincre sa fille Lola, mais surtout de se convaincre elle-même, qu’elle a fait tout ce qui était en son pouvoir pour la protéger. Marie, indigne à ses propres yeux d’être aimée puisqu’elle n’a pas « refait sa vie » ; Marie qui se sent coupable et qui depuis toujours se rend aux rencontres avec le corps enseignant comme d’autres comparaissent devant un tribunal.

Enfin il y a ce père qui veut avoir « la possibilité, toujours, de remonter l’ancre et de [se] barrer », mais à qui on n’a peut-être pas donné tant que cela l’opportunité de jeter l’ancre, tout simplement, en choisissant son port d’attache.

 

Dans ce premier roman, Sandrine Roudeix joue avec les hypothèses, s’amusant à imaginer ce qui serait advenu « si les dés étaient tombés différemment sur le tapis ». Ce faisant, elle interroge ce qui fait une jeune fille, une femme, un père, une famille, au travers de trois monologues servis par une plume douce et mélancolique dans lesquels elle use et abuse des comparaisons.

Sandrine Roudeix met des mots sur la peine que l’on fait parfois aux autres pour soulager la sienne, sur la peur de l’abandon, « l’une des choses au monde les mieux partagées », et campe trois personnages perdus, dépossédés d’une part d’eux-mêmes, qui, chacun à sa manière, « repoussent l’échéance des mots inévitables » et des paroles définitives.

Un premier roman dont la structure en trois temps fait tout le charme. Une approche sensible du pourquoi et du comment vivre avec ses fantômes.

 

Flammarion, mars 2010 (et J’ai Lu, 2012), 124 pages, 14,20 €

La genèse du roman 

 

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Faire d’une nouvelle un roman

Tous les premiers romans

 

attendre pocheMorceaux choisis :

 

« Je suis votre fille. Si vous avez envie de me voir, je vous attendrai demain à dix-huit heures au Zinc. » (page 12)

 

« J’espère que je vais te plaire. » (page 17)

 

« J’aime bien l’idée que ce n’est pas la vie qui reproduit des scènes de cinéma, mais la vie qui invente le cinéma. » (page 23)

 

« Les histoires personnelles ne sont brûlantes que pour ceux qui les vivent. » (page 27)

 

« La multitude implique un manque d’exigence et une superficialité dans les relations que je ne comprends pas. Je préfère cultiver la fidélité. » (page 50)

 

« J’étais devenue adulte en devenant mère, je n’avais pas appris à être femme. » (page 53)

 

« De plus en plus, tu réduis l’écart de génération entre nous. » (page 66)

 

« On ne retient pas les gens près de soi. Ils restent, c’est tout » (page 75)

 

« On passe parfois à côté de sa vie à force d’attendre. » (page 82)

 

« L’absent aura toujours raison. Parce que l’absent n’a pas besoin de se justifier. » (page 82)

 

« C’est parce qu’on ne pense qu’à soi qu’on fait des enfants. » (page 95)

 

« J’ai l’impression que seule la mère décide de la place qu’elle veut donner au père de son bébé. » (page 122)

 

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Ecriture, écritures #1 : Faire d’une nouvelle un roman

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Ecriture, écritures, c’est le titre de l’une des rubriques que je propose désormais sur la plateforme Les Nouveaux Talents.

 

Parce que l’écriture est protéiforme, cette rubrique s’intéresse à tout ce qui la nourrit. De l’image au son en passant par toutes les formes littéraires, les arts interagissent et ici est faite la démonstration que tout est influence.

 

 

 

Le premier roman publié de Sandrine Roudeix était au départ une nouvelle écrite d’un seul jet. Comment transforme-t-on une nouvelle de 20 pages en un roman de 130 ? La romancière nous raconte l’histoire d’un changement de format et de genre qui n’a pas dénaturé le texte d’origine.

 

 

Attendre était une nouvelle. Vingt pages écrites à la terrasse d’un café… 

Roudeix-200x300-c-FlammarionAu départ, Attendre était une nouvelle. L’histoire de Lola, 16 ans, qui attend son père qu’elle ne connaît pas. Vingt pages écrites à la terrasse d’un café un jour où j’attendais un amoureux à qui j’avais donné rendez-vous un an avant. Vingt pages transformées retravaillées quelques mois après sur le thème de la jeune fille pour une revue. Vingt pages finalement jamais publiées. Elles ont dormi pendant deux ans dans un tiroir, cimetière des manuscrits refusés, jusqu’à ce que je croise le chemin de Patrice Hoffmann, éditeur chez Flammarion, au Salon du livre de Paris en 2009. Je venais de lui adresser deux romans que j’avais terminés et attendais avec impatience son retour pour une éventuelle publication. Nous nous sommes entretenus dans un coin du stand. Il m’a donné son sentiment, pas franchement enthousiaste (!), mais m’a encouragée à lui faire lire d’autres textes car il trouvait « qu’il y avait quelque chose d’original et de singulier dans mon écriture ». Il recevait le soir même Lola sur son ordinateur. Et moi, Sandrine, quelques jours après dans son bureau. Cette fois, il était emballé. Il y avait selon lui une voix, une écriture, une promesse, et il était d’accord pour me signer un contrat d’édition, charge à moi de transformer cette nouvelle en roman ou en recueil. Attendre est aujourd’hui un roman à trois voix autour de la naissance non désirée de Lola. Trois voix mais aussi trois attentes, psychologiques et physiques. Celles de Lola, adolescente en quête d’identité, de Marie, fille-mère culpabilisée qui fait ce qu’elle peut, et de Pierre, jeune homme dépassé par les événements. La force du texte est, je crois, … (lire la suite)

 

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Pourquoi écrivez-vous, Sandrine Roudeix ?

Les Petites mères

Pourquoi écrivez-vous, Sandrine Roudeix ?

Roudeix

Sandrine Roudeix est romancière et photographe.

Son premier roman, Attendre (Flammarion 2010 et J’ai lu 2012), a été récompensé par le Prix du Roman du Mois des Espaces Culturels E.Leclerc et  Télé 7 Jours.

Son deuxième roman, Les petites mères (Flammarion 2012), a reçu le Prix L’Autre Page 2012 (Prix du Roman des Psychanalystes).

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Pourquoi écrivez-vous ?

Ecrire pour comprendre l’intérieur des têtes

Qu’est-ce qui me pousse à écrire ? Le besoin de me poser et d’observer ce qui se trame en moi et autour. Réfléchir sur des sujets qui me tracassent, des émotions qui me traversent, des colères qui me débordent. J’écris pour aller bien.

J’écris pour me faire du bien. J’écris parce que je n’ai rien trouvé de mieux pour exprimer ce qui se joue et se tord et se noue en moi. Pour me sentir moins seule parfois et les mots sont comme des mains tendues. Pour me mettre à la place des autres souvent et les phrases sont comme des microscopes. J’écris lorsque je n’y vois plus clair, lorsqu’un événement me touche, une histoire de rapports humains qui ne tournent pas rond. J’écris pour comprendre l’intérieur des têtes, le monde et les gens qui m’entourent.

Roudeix1J’ai écrit mon premier roman pour comprendre d’où je venais et, plus généralement, d’où venaient les enfants abandonnés par leur père avant leur naissance. Dans « Attendre », je me suis du coup inventée une histoire originelle en racontant ma naissance du point de vue de mon père puis de ma mère. Une manière de trouver des raisons aux actes… Dans mon deuxième roman, « Les Petites Mères », je me suis glissée dans les peines et les blessures de mes grands-mères et aïeules pour découvrir qui elles étaient et ce qui les avaient poussé à se construire, toutes, sur cinq générations, sans homme.

Mais parallèlement à toutes ces motivations, j’écris aussi et surtout parce que j’aime les mots, leur musique et leur capacité à m’emmener sur des chemins de traverse, à me faire oublier le temps et l’espace. L’écriture est un acte de création et d’imagination. Le meilleur moyen que j’ai trouvé pour éprouver ma liberté.

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A travers mes romans, je souhaite aider les gens à mieux se comprendre. La question de l’identité, et plus particulièrement de l’identité au sein de la famille, ne cesse de m’interroger. C’est elle qui est au cœur de mon travail pour l’instant. Vaste ambition, c’est sûr. Mais je crois que les expériences partagées et décortiquées peuvent faire avancer. Apporter de la distraction et de l’évasion, mais aussi de la réflexion.

 

Avec « Attendre », j’ai voulu montrer la nécessité de ne pas (trop) attendre des autres pour réussir à vivre sa propre vie. Ne pas (trop) juger ceux qui nous ont blessés pour au contraire tenter d’épouser leurs choix, souvent liés à un contexte.

 

Avec « Les Petites Mères », j’ai essayé de démonter que notre passé peut ne pas être un boulet si on décide de ne plus le laisser alourdir notre présent. Les valises et les hématomes de nos ancêtres ne sont pas forcément les nôtres.

 

Dans tous les cas, la littérature me donne cette capacité folle de me mettre à la place de tous les personnages d’une situation donnée et de me faufiler dans leur peau pour décortiquer leurs pensées et leurs motivations intimes. Une manière d’abattre toutes les cartes sur le tapis comme lorsqu’on apprend à jouer à un enfant. Avec mes romans, j’espère apprendre un tout petit peu les vertus de l’empathie (et le plaisir des mots).

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Roudeix2Je ne crois pas qu’on décide un jour d’écrire ou de devenir écrivain. On naît comme cela, avec tout un tas de trucs qui fourmillent en nous et qui ont besoin de sortir. Chacun a sa manière pour les libérer. Je le fais, moi, avec des mots. Si je n’écrivais pas, je m’allongerais sur mon canapé et alignerais dans ma tête tout un tas de premières phrases de romans (j’en ai plein mes tiroirs), mais aussi des dernières phrases et des titres, des structures et des noms de personnages. J’écrirais des romans invisibles en quelque sorte…

Maintenant, c’est vrai que j’ai aussi la chance d’avoir une deuxième corde à mon arc, puisque je suis également photographe de métier. Du coup, lorsque je n’écris pas sur les gens, je les photographie. Mais ces deux moyens d’expression se retrouvent autour de mon intérêt pour l’humain. Plus que cela, même. La photo et l’écriture sont pour moi totalement complémentaires. Si la photo me permet d’aller vers les autres et m’ancre dans la société, l’écriture au contraire me plonge dans l’introspection et la solitude. Si photographier se déroule dans l’instant, au présent et en extérieur (je travaille peu en studio), l’écriture s’inscrit dans la durée, au passé et entre les quatre murs de mon bureau. Dans la première activité, je cherche la lumière et le joyeux, dans l’autre, je navigue plutôt dans l’ombre, les vagues et parfois la tempête. Mais la photo et l’écriture restent en même temps deux moyens de dire ma seule personnalité, ce qui signifie que je les exerce, je crois, avec une même démarche. Dans les deux cas, je travaille sur le déplacement du regard. J’aime tourner autour de mon sujet, l’observer sous différents angles pour mieux le comprendre. On m’a d’ailleurs souvent dit que je ressemblais à un chat pendant les prises de vue ! Je suis par ailleurs portraitiste. Je m’intéresse exclusivement aux gens et, par conséquent, à ce qui se cache derrière les apparences, les questions de l’identité, de la ressemblance, de la reconnaissance, de la représentation et de la révélation (au propre comme au figuré) que j’explore en photo comme en écriture. Sans compter que mes portraits sont souvent en pied, c’est-à-dire incluant le corps et le décor avec un souci de cadre. Ce que je traduis en écriture par une attention portée aux détails, aux gestes, aux descriptions, au contexte et à l’environnement. Finalement, on m’a souvent fait remarquer que j’écrivais mes photos en y déroulant presque toujours une histoire, je crois que l’inverse est aussi vrai…

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Enfant, j’écrivais des poèmes au coin de la cheminée de ma mère et de ma tante en Ariège dans les Pyrénées.

Adolescente, je passais mes week-ends enfermée dans ma chambre à lire à haute voix et à apprendre par cœur des textes de théâtre et de poésie. Baudelaire, Rimbaud, Prévert, Cros, Verlaine, Aragon. Surtout Aragon, mon préféré entre tous. Et puis Anouilh, Corneille, Racine, Ionesco. J’ai longtemps eu « Antigone » comme livre de chevet. Et aussi une pièce moins connue d’Anouilh qui s’appelle « L’Invitation au château ».

Jeune adulte, j’ai fait de bonnes études pour plaire à ma famille – un bac scientifique puis une école de commerce – mais j’ai réussi à raccrocher un peu avec l’univers qui me faisait rêver en travaillant pendant neuf ans dans le marketing de l’édition.

Il a fallu que l’âge adulte arrive, à trente ans et des poussières, pour que je m’avoue m’être trompée de voie et me décide à assumer une envie d’écriture et une sensibilité artistique. J’ai essayé le journalisme pour très vite me rendre compte que je ne voulais pas écrire sur des sujets imposés. Mais le milieu de la presse me plaisait pour toutes les rencontres humaines qu’il permettait. Un peu par hasard, grâce à un voyage au Pérou, je suis alors devenue reporter-photographe. C’était en 2004. Et je me suis lancée en même temps dans l’écriture d’un premier roman. Non publié. Puis d’un deuxième. Non publié. Et enfin d’un troisième. Publié chez Flammarion. Une histoire de rencontre encore, au bon moment, au bon endroit, avec la bonne personne.

Ecrirai-je toujours ? Je ne suis pas voyante… Je peux juste dire que j’espère écrire toujours, oui. Car si je ne le fais plus, cela signifiera qu’il y aura sans doute eu dans ma vie des événements qui auront éteint en moi la flamme et m’auront transformée. Je me sens très bien comme je suis aujourd’hui !

 

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

Ne pas se décourager et s’armer d’une triple dose de patience. Je sais combien cela peut-être frustrant parfois, mais c’est le jeu. On sème des graines et on voit celles qui poussent. Après, je crois beaucoup au timing et à la chance (celle que l’on cultive, en attendant de l’attraper à deux mains quand elle passera). Mais là aussi, je crois qu’il ne faut pas être pressé. Entre deux personnes de même talent, voire entre une personne excellente et une personne très bonne, c’est celle qui aura le plus confiance en elle et qui développera le plus de pugnacité qui réussira. Pas forcément celle qui est la plus douée. C’est injuste, mais c’est comme cela.

Je n’ai pas de grands conseils donc si ce n’est d’envoyer son manuscrit encore et encore. Et même par la poste, oui, si on n’a pas de connexions. Malgré tout ce qu’on dit, c’est encore comme cela que cela fonctionne, à part si on est recommandé par quelqu’un de connu et/ou d’influent. Toujours une histoire de rapports de force et d’intérêts réciproques. C’est un fantasme de dire que cela ne sert à rien d’envoyer son texte anonymement, car les éditeurs cherchent tous des manuscrits (c’est leur raison d’être et leur motivation) et ils lisent ou font lire forcément tout ce qui arrive….

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Précédent rendez-vous : Cyril Montana

 

Prochain rendez-vous : pour l’été, et après 25 « Pourquoi écrivez-vous ? » depuis début 2013, la rubrique cède la place à des bloggeurs à qui la question « Pourquoi blogguez-vous ? » va être posée.

Les petites mères, Sandrine Roudeix

couv-PETITES-MERES1Présentation de l’éditeur :

Concepción, Fernande et Babeth. Trois femmes d’une même famille du sud-ouest, trois femmes abandonnées par l’homme qu’elles aimaient, trois femmes qui ont élevé seules leur fille. Ce sont elles, les petites mères, comme les surnomme Rose, la petite dernière. Rose qui, justement, vient dîner ce soir pour leur présenter son fiancé. D’heure en heure, de huit heures du matin à minuit, chacune se prépare alors à accueillir le jeune couple. Mais les espoirs éparpillés et les rêves brisés des quatre femmes refont surface et la fin de la journée prend une tournure qu’aucune n’avait imaginée.

Comment se construire quand on a grandi dans un univers matriarcal où la dureté et l’incompréhension remplaçaient trop souvent la tendresse et la solidarité ? Dans ce portrait de famille, Sandrine Roudeix raconte les vies de ces femmes sans homme et explore avec beaucoup de subtilité la complexité du lien mère-fille et la difficulté d’aimer et d’être aimée.

 

C’est une journée pas comme les autres pour ces quatre femmes, quatre maillons d’une chaîne générationnelle exclusivement féminine – les mâles ont déserté. Ce soir, elles seront à nouveau réunies toutes les quatre autour d’un homme. Un dîner aussi simple en apparence qu’il est fort symboliquement ; un dîner officiel, presque, dans la petite maison où Rose a vécu enfant. C’est pour chacune le temps du bilan, au seuil, peut-être, d’une cinquième génération. Et faire le bilan, en cette journée très spéciale, ce n’est pas rien.

Chacune fait entendre sa voix pour confesser ses regrets et ses rêves, s’il en reste. De femme, de fille, et de mère.

Quant à Rose, si attachante avec ses conflits intérieurs, avec ses paradoxes de femme, de fille, de mère potentielle, Rose en quête de sens, qui se persuade que le déracinement lui est bénéfique puisqu’elle l’a choisi, Rose en particulier ne sortira pas indemne de ce dîner.

 

Dans ce deuxième roman, Sandrine Roudeix dissèque les liens entre femmes d’une même famille et le rapport des femmes aux hommes qui fuient. Un livre profond, dur autant que tendre, et une formidable galerie de portraits. Des portraits tout en sensibilité de femmes fortes parce que la vie et les hommes ne leur ont pas laissé le choix – fortes parce qu’elles-mêmes n’auraient pas supporté de s’admettre faibles.

Des femmes difficiles à oublier, tout comme ce beau roman.

 

Prix L’Autre Page 2012 (Prix du Roman des Psychanalystes)

 

Flammarion, février 2012, 180 pages, 16 €

 

Citations choisies :

« Le temps a couru si vite. Elle a l’impression de n’avoir jamais eu vingt ans. Elle a eu cinq ans. Elle a eu dix ans. Elle a eu quinze ans. Puis, elle a eu quarante-trois ans. Elle n’a pas connu la fleur de l’âge. Juste les bourgeons puis les pétales fanés. » (page 40)

 

« La force qui les unit, toutes les quatre, quand elles sont ensemble. Une origine commune, évidemment, mais pas seulement. Quelque chose qui coule plus rouge que le sang dans leurs veines et que seules les femmes d’une même famille aux blessures écarlates peuvent ressentir de l’intérieur. Quelque chose comme le manque d’amour. Ou son incapacité. » (page 44)

 

« Le temps galope et avec la vieillesse les caractères comme les chairs mollissent. » (page 81)

 

« Ma vie pour des yeux qui brillent. » (page 83)

 

« C’est cela, une famille. Des gens qui suivent leur chemin, mais qui restent liés agrafés soudés les uns aux autres et n’oublient pas la terre commune sur laquelle ils ont poussé. » (pages 109-110)

 

« Sa mère a toujours pensé que les talons éloignaient du sol et des réalités en berçant les femmes d’illusions. » (page 127)

 

« Il faut avoir été beaucoup aimé lorsqu’on était enfant pour tomber follement amoureuse plus tard sans se faire mal. Pour oser le grand saut des sentiments. Pour que ça rembourre et amortisse la chute. Pour que ça empêche la transformation, aussi. (pages 133-134)

 

« Ils ont quitté les lumières de Paris pour la nuit de son enfance et ça se voit. » (page 138)

 

« Avoir un bébé de cet homme était le seul moyen de me l’incruster dans la peau pour toujours. » (page 174)

 

« Dans son regard, elle essaie de lui dire qu’elle l’aime et qu’elles ont toutes le droit, malgré le passé, de croire en l’espoir après l’amour. Juste après. Quand on est encore dans le lit et qu’on se serre fort, peau contre peau, en pensant qu’on va forcément se revoir puisque c’était bien. » (page 175)

 

« On se trompe toujours sur les gens dont on attend trop. » (page 178)