Pardonnable, impardonnable, Valérie Tong Cuong

Présentation de l’éditeur :

pardonnableUn après-midi d’été, alors qu’il se promène à vélo sur une route de campagne, Milo, douze ans, chute et se blesse grièvement.

Ses parents Céleste et Lino et sa grand-mère Jeanne se précipitent à son chevet. Très vite, chacun va chercher les raisons de l’accident. Ou plutôt le coupable. Qui était avec lui ce jour-là ? Pourquoi Milo n’était-il pas à sa table, en train de faire ses devoirs, comme prévu ?

Tandis que l’angoisse monte autour de l’état de Milo resurgissent peu à peu les rapports de force, les mensonges et les petits arrangements qui sous-tendent cette famille. L’amour que chacun porte à l’enfant ne suffira pas à endiguer la déflagration. Mais lorsque la haine aura tout emporté sur son passage, quel autre choix auront-ils pour survivre que de s’engager sur le chemin du pardon ?

Un roman choral qui explore la difficulté à trouver sa place au sein du clan, les chagrins et la culpabilité, mais aussi et surtout la force de l’amour sous toutes ses formes.

Le jeune Milo est dans le coma, et autour de lui sa famille se rassemble juste avant de voler en éclats. Pour supporter la peine, il faut un coupable. On cherche, on trouve. Mais le coupable est-il bien celui que l’on croit ? Y en a-t-il seulement un ?

Il y a mille sortes de coma, et autant de façons de s’en réveiller. Valérie Tong Cuong est une orfèvre, qui maîtrise à la perfection aussi bien la construction romanesque que les nuances des sentiments. Dans Pardonnable, impardonnable, elle dit les glissements de terrain intérieurs et les silences, les digues qui cèdent, le temps perdu qui ne se rattrape pas, tout ce que l’on bâtit sur des erreurs, et les mensonges qui sauvent parfois.

Valérie Tong Cuong joue avec les émotions de son lecteur et invite à ne pas se fier aux apparences. Tout est toujours moins simple qu’il n’y paraît. Ce qu’on croit penser des personnages évolue en permanence. Rien n’est fabriqué, tout sonne juste.

Il y a mille manières de se sauver. Sauver les autres est l’une d’elles.

Pardonnable, impardonnable est une plongée fascinante dans les profondeurs abyssales de nos âmes, des secrets et des non-dits. Une spirale étourdissante dont personne ne peut s’extraire indemne. Un roman à quatre voix autour de cinq personnages qui nous accompagnent pour longtemps.

Valérie Tong Cuong fait partie de ceux qui ont compris bien des choses du monde et des existences qui le traversent. Dans son roman, elle pose de nombreuses questions. Chacun est libre d’en chercher les réponses.

Editions JC Lattès, janvier 2015, 340 pages, 19 euros

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Pourquoi écrivez-vous, Valérie Tong Cuong ?

Fragments

« Depuis qu’il a fêté ses douze ans, il n’est plus certain d’être encore un enfant. » (page 22)

« Combien de fois dans une vie l’être humain renonce-t-il à se faire confiance ? » (page 27)

« Les grandes douleurs unissent plus sûrement que les joies. » (page 30)

« On ne mesure correctement que ce que l’on perd. » (page 46)

« Les coupables ne sont pas toujours ceux qui tiennent l’arme du crime. » (page 49)

« Ce n’est qu’avec le temps qu’on mesure la profondeur de nos blessures. » (page 63)

« Il y a des secrets dont il faut parler tout de suite ou plus jamais. » (page 64)

« Tant qu’on ne sait pas que le luxe existe, pourquoi veux-tu qu’il nous manque ? » (page 102)

« La vérité est-elle un devoir ? » (page 137)

« Ce qui n’est pas encore dit n’existe pas. » (page 137)

« Il ne faut jamais accepter l’aide financière d’une mère fusionnelle : une fois le capital remboursé, les intérêts restent dus à vie. » (page 156)

« C’est lorsque l’on n’a plus rien à perdre que l’on est le plus dangereux. » (page 170)

« Ce n’est pas la manière dont les choses arrivent qui compte, c’est la raison pour laquelle elles se produisent. » (page 175)

« Trop de lumière aveugle. » (page 221)

« Il y a toujours quelqu’un assis plus haut que vous pour vous regarder avec dédain. La seule façon d’y échapper n’est pas de continuer à grimper, mais de se moquer de ce regard-là. » (page 235)

« Le viol des sentiments est-il plus acceptable que celui des corps ? » (page 237)

« Être écrasée par un éboulement et vivre encore, hélas. » (page 262)

« Il y a une forme de libération à apprendre sa malédiction. » (page 267)

« Je me cogne aux quatre murs de mon isolement. » (page 295)

« Je lui ai volé ma présence, y compris lorsque j’étais là. » (page 305)

« C’est la situation qui est monstrueuse. Notre capacité commune à nous tromper sur l’essentiel. Notre manière d’enfouir nos erreurs en espérant qu’elles s’annuleront. Mais par-dessus tout : nos silences. » (page 315)

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La battue, Gaël Brunet

La battuePrésentation de l’éditeur :

Le chalet est perdu dans un paysage magnifique, avec le Mont-Blanc à l’horizon. Olivier est né et a grandi là, sur l’exploitation familiale. Pourtant, cela fait des années que ce trentenaire devenu parisien n’est pas revenu au village natal. Mais, cet été-là, sur l’insistance de sa mère et celle de sa jeune compagne, il se décide enfin à renouer les liens avec les siens. Sous l’ombre imposante des montagnes, arriveront-ils à desserrer les tenailles du passé ?

 

 

Olivier n’a plus parlé à son père depuis 17 ans. La chèvre Caramel, qui appartient au trentenaire désormais Parisien, et dont s’occupe le patriarche, est le seul lien qui subsiste entre eux.

La montagne, c’est plus près du ciel et l’on y respire mieux qu’en ville. Mais dans le chalet, l’atmosphère est suffocante des non-dits apparus avec le drame familial qui a creusé entre les membres de la famille d’infranchissables fossés. Marc, l’aîné, et mort accidentellement des années auparavant. L’absent est au cœur de tous les silences ; l’absent prend toute la place.

Le passé est un volcan, explosif et menaçant, dont chacun veille à se tenir éloigné.

 

Comment se faire sa place dans un tandem père-fils si fusionnel ? Comment exister dans l’ombre du frère prodigue ? Comment rompre un silence installé depuis trop longtemps ? Faut-il seulement le rompre ? Autant de questions que pose Brunet dans son deuxième roman. Il dresse le portrait de deux frères aussi dissemblables que le sont les chevreaux, et entraîne le lecteur dans une famille banale qui n’a jamais surmonté la perte de l’un des siens.

 

L’on devine rapidement ce qui va se passer ; mais cela n’empêche pas la tension de s’installer entre les pages et d’aller crescendo. Gaël Brunet dépeint à merveille les atmosphères pesantes, rendant très réaliste ce presque huis clos. Malgré un style parfois ampoulé, les images sont fortes et marquent durablement.

Il campe des personnages attachants, en particulier ce narrateur qu’on a envie de secouer, comme le fait à sa façon sa compagne, plus effacée et moins incarnée.

Et de même que les combats les plus violents peuvent se mener sans que ne coule le sang, la battue ne sera pas forcément celle qu’on croit.

 

La battue a reçu le prix Alain-Fournier 2014.

 

Le Rouergue, collection La brune, 2013, 216 pages, 19 euros

 

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Phrases choisies :

 

« Le temps défait les liens, même les plus étroits. » (page 14)

 

« Je vais retrouver la montagne comme on plonge dans un bain d’eau glacée. Sans un bruit, en aveugle, la respiration presque coupée. » (page 15)

 

« J’aurais aimé être l’aîné ou bien fils unique, pour vivre autre chose et ne pas connaître ce rôle du cadet, un rôle de figurant, loin de la lumière et des paires d’oreilles attentives. » (page 76)

 

« Comme si la vie n’était finalement qu’un épuisement des ressources affectives dont chacun semble doté à la naissance. » (page 76)

 

« Nous ne sommes pas venus ici pour en arriver là. » (page 86)

 

« Mon existence ne suffit pas. Et elle ne suffira jamais. Je le sais et cela me dévore. » (page 104)

 

« Je suis né second, dès le départ un handicap dont il est impossible de se défaire, une tare pour la vie. » (page 106)

 

« La souplesse garantit toujours la finesse. » (page 108)

 

« Je ne faisais rien d’autre que cela, rêver et observer le monde autour de moi, attendant en somme que la vie choisisse pour moi. » (page 113)

 

« Pour l’avoir longtemps cherchée, je sais que la fonction reset n’existe pas. On n’oublie jamais. » (page 160)

 

« Dans la vie, il y avait deux espèces bien distinctes : ceux qui apparaissaient toujours sur le papier glacé et puis les autres, derrière les appareils. » (page 169)

 

« J’en suis venu à penser qu’il valait parfois mieux vivre en l’absence de réponses qui peuvent faire plus de mal que de bien. Et avec le temps, on oublie tôt ou tard les questions. » (page 177)

 

« Elle est aujourd’hui mon unique monde connu. » (page 178)

 

« L’hiver ne me semble pas être la seule saison. Au fond de moi, je sais qu’il y a aussi l’été. » (page 184)

 

« Un mouvement, quelques pas sur le quai, deux marches et c’était toute la vie qui changeait. » (page 189)

Le soleil à mes pieds, Delphine Bertholon

Le soleil à mes piedsPrésentation de l’éditeur :

Il y a la petite, 22 ans, un âge comme deux cygnes posés sur un lac. Fragile et ravissante, elle peine à se jeter dans le grand monde et se réfugie dans la solitude de son appartement.

La grande, 24 ans, s’agite dans la ville : nymphomane, tyrannique et machiavélique, fascinée par la mort, elle se nourrit de la dépendance affective qu’elle impose à sa cadette.

Deux sœurs qui ont grandi avec un terrible secret et qui, dix-huit ans plus tard, se démènent pour tenter d’exister.

Le sort semblait avoir scellé leur destin, mais les rencontres quelquefois peuvent rebattre les cartes.

Le soleil à mes pieds est, avant tout, l’histoire d’une résurrection.

 

On ne sait pas tout de suite où Delphine Bertholon nous emmène mais on y va confiant. Son univers – celui de ces deux sœurs perdues, si touchantes – s’impose et on y plonge. Très vite, notre quête devient celle de ce secret qui lie les héroïnes autant qu’il les éloigne. On le devine épouvantable – il l’est. Que faire d’une réalité qui nous dépasse ? Que faire d’un drame survenu dans la solitude des 4 et 6 ans qu’avaient respectivement la petite et la grande à l’époque ?

 

Grandir avec, évoluer sans, avancer malgré, se construire contre. Et vivre, enfin.

 

Delphine Bertholon a dans l’écriture de ces fulgurances qui soufflent le lecteur. Elle aborde ici les thèmes de l’enfance et de la solitude, de l’apprivoisement de soi et du monde, de la sororité qui n’est pas que complicité et réjouissances. Son roman ne se lâche pas, il se lit vite mais restera longtemps en mémoire. Car à l’intérieur, comme dans le titre et sur le bandeau qui orne la couverture, se trouve du soleil, lumineux comme l’espoir qui nous accompagne une fois l’ouvrage refermé : il n’est jamais trop tard pour renaître à soi et au monde.

 

JCLattès, août 2013, 188 pages, 16 euros

 

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Extraits choisis :

 

« Quand on a une sœur, on n’est plus jamais seule. » (page 10)

 

« On dit que les souvenirs s’estompent, que les visages se floutent, on suppose la mémoire soluble dans le temps. Mais concernant Maman, l’image reste précise comme marquée au fer rouge. » (page 28)

 

« Quelquefois, elle tente en boucle de se rassurer : un jour j’aurai de la chance un jour j’aurai de la chance un jour j’aurai de la chance.

Peut-être les humains ont-ils une réserve de bonheur, une sorte de batterie ? On en utilise un petit bout de temps en temps et à force, ça s’épuise. Mais sa batterie est neuve alors un jour, oui, elle aura de la chance. Elle ne croit pas en Dieu, c’est juste de la logique : ça ne peut pas toujours tomber sur les mêmes. » (pages 28-29)

 

« Elle se désole qu’il faille travailler pour vivre. » (page 32)

 

« Voir sans être vue, un oiseau sur une branche. » (page 46)

 

« Elle se demande pourquoi le simple fait d’exister coûte si cher. » (page 56)

 

« Elle a beau être en vie, elle est comme Maman morte – pleine d’occasions manquées. » (page 68)

 

« Les enfants ne se lavent pas sans y être obligés. » (page 87)

 

« Si je croyais en Dieu, j’aurais au moins quelqu’un à qui m’en prendre… » (page 105)

 

« Elle aimerait cesser d’être tellement Alice, un coup immense, un coup minuscule, toujours inadaptée, jamais dans la bonne maison ni de la bonne dimension – et la Reine de cœur en forme de grande ! » (page 109)

 

« Si j’étais seule au monde, les secrets seraient mieux gardés. » (page 131)

 

« Elle allume une cigarette. En quelques minutes, trois personnes viennent lui en piquer une. Fumer rend visible… » (page 139)

 

« Elles sont un fait divers sans coupable et s’il n’y a pas de coupable, il n’y a pas de victimes. C’était la faute au caillot, la faute à l’anévrisme, la faute à pas de chance. Mais elles seront toujours coupables d’avoir fait comme si de rien n’était. » (page 145)

 

« Debout face au miroir, elle se cherche des rides, mais elle n’en trouve aucune ; à croire que le réel refuse de l’imprimer. » (page 146)

 

« Elle ne cherche personne. Elle ne veut pas combler un vide, mais vider un trop-plein. » (page 149)

 

Les adolescents, « ces adultes en instance, ces possibles humains qui n’ont rien d’autre à faire que de grandir encore. » (page 164)

 

« Il n’y a pas de risques à trop grandir… sauf de se noyer dans ses propres larmes. » (page 173)

La voix impitoyable, Lilian Auzas

La voix impitoyablePrésentation de l’éditeur :

Qu’a pu faire Hanja Sauber, lorsqu’elle vivait à Berlin pendant la guerre, pour être à ce point rongée par la culpabilité et répéter inlassablement : « Je ne suis pas quelqu’un de bien » ? C’est ce que va tenter de découvrir son jeune voisin et ami, le photographe Gautier Maigné, à partir d’une cassette audio incomplète que lui confie le psychanalyste d’Hanja et d’une lettre que celle-ci lui a confié juste avant de mettre fin à ses jours.

Lilian Auzas reconstitue avec intelligence et subtilité cette période charnière qui a marqué l’histoire européenne du XXe siècle. Dans La Voix impitoyable, il met en lumière le Berlin de la Deuxième guerre mondiale, mais aussi celui des années qui ont précédé la chute du mur, puisque le récit se déroule entre Paris et Berlin au début des années 80.

 

Traversant les années 80 par d’incessants allers-retours, le lecteur navigue de 1979 à 1999 et accompagne Gautier dans sa quête du secret avec lequel a vécu Hanja Sauber avant de s’en délivrer dans le bureau de son psychanalyste. La retranscription de la cassette qui est le témoin de sa confession est particulièrement réussie. L’auteur sait entretenir le suspens et jouer avec les nerfs de son lecteur – conséquence de quoi on ne peut lâcher cet ouvrage à partir du moment où la voix impitoyable se fait entendre.

 

Avec ce roman très bref, Lilian Auzas apporte sa pierre à l’édifice qu’est cette question cruciale, et que le temps et le renouvellement des générations n’ont pas réglé, de la complicité du peuple allemand et de sa participation, directe ou indirecte, au nazisme. On aurait aimé 100 pages de plus afin que ce si vaste sujet soit creusé davantage.

 

 

Editions Léo Scheer, 28 août 2013, 132 pages, 17 euros

 

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Pourquoi écrivez-vous, Lilian Auzas ?

 

Morceaux choisis :

 

« Berlin ne l’aimait pas ; et elle n’aimait pas Berlin. Pourquoi donc être revenue ? » (page 19)

 

« Quant à son âme, fatiguée, malheureuse et vieillie, elle n’avait plus la force de lutter contre la petite voix qui existe en chacun de nous. Cette toute petite voix qui, sans cesse et avec férocité, nous rappelle à l’ordre. Celle-là même qui se moque, qui félicite, qui fustige et qui décide de tout. » (page 40)

 

« Hanja le savait : en se livrant à cet appareil, c’était à tout le monde qu’elle se livrait. La bande magnétique représentait le fil qui dépassait de sa peau sale. Et la machine, infernale, gloutonne, tirait dessus. » (page 49)

 

« Les affinités humaines sont parfois étonnantes de rapidité. » (page 84)

 

« On ne peut pas dresser éternellement une barrière entre les hommes. Les idées s’élèvent suffisamment les unes contre les autres. Et le béton est bien moins solide que les courants de pensées. » (page 84)

 

« Gautier avait toujours estimé que les Berlinois étaient des gens chanceux, tout simplement parce qu’ils connaissaient le paradis sur Terre. » (page 87)

 

« Rien n’entraîne à de plus grands malheurs que de se conformer à la rumeur publique, en estimant que les meilleurs choix sont ceux du plus grand nombre. » (Sénèque, Vie heureuse, cité page 93)

 

« En me mentant à moi-même, je sais que je mens inévitablement aux autres. » (page 106)

 

« Elle s’était toujours imaginé la mort comme un nouveau départ, une libération. Et, le moment venu, elle se sentait lasse. Fatiguée de vivre et fatiguée de mourir. » (page 107).

 

« La lecture est parfois un combat quand elle n’est pas une quête. » (page 115)