Ben est amoureux d’Anna, Peter Härtling

Ben est amoureux d AnnaPrésentation de l’éditeur :

Si être amoureux, c’est penser tout le temps à la fille qu’on aime au point d’en avoir mal au ventre, alors c’est sûr, Ben est amoureux d’Anna. Il décide de lui écrire une lettre. Mais Anna ne répond pas. Elle ne dit rien. Ben ne comprend pas pourquoi…

 

Avec beaucoup de finesse, Peter Härtling dresse le portrait de deux êtres sensibles, très différents, issus de milieux et de cultures presque opposés, et que l’école va rassembler. Il raconte ce que c’est que d’être amoureux quand on va bientôt avoir dix ans. Et comment on l’exprime, alors qu’il y a le monde autour – les camarades prompts à se moquer, la famille prompte à désapprouver…

 

Une lecture rafraîchissante sur les premiers émois. Il n’est jamais trop tôt pour connaître ces sentiments forts qui font se sentir vivant – même si en grandissant on croit l’amour réservé aux adultes.

 

Un petit roman qui rappelle aussi, si besoin est, qu’en amour, on est toujours deux…

 

 

Traduit de l’allemand par Antoine Berman, illustré par Rosy

6-9 ans

Pocket jeunesse, 1995, 144 pages, 5,30 euros

 

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Tout cela n’a rien à voir avec moi, Monica Sabolo

Tout cela rien a voir avec moiPrésentation de l’éditeur :

Le but de cet ouvrage est de traiter des principes essentiels, faits généraux et lois relevant du dépit sentimental dit chagrin d’amour; il s’agit d’offrir un instrument de travail complet – exemples à l’appui -, un livre à consulter comme la grammaire ou le dictionnaire, pour appréhender, approfondir, achever, dans la réflexion solitaire, l’étude de ce désastre ordinaire qui relève du mystère, du châtiment divin ou simplement de l’étourderie.

 

Monica Sabolo traite de l’aveuglement qui fausse tous les jugements du début, annihile la lucidité, piétine l’intelligence, bâillonne le bon sens, elle traite des antécédents dont on ne se remet jamais, quand bien même on les croit oubliés, digérés, évacués, elle traite enfin de l’effondrement quand le nuage passe qui masque le soleil et met fin au dit aveuglement, laissant place à une réalité d’autant plus décevante que l’histoire n’a pas tant été vécue à deux qu’à un + un imaginaire fantasmé (la brusque décomposition de ce qui se révèle n’avoir jamais existé, dirait-on).

 

Ici, « MS » et « XX », son collègue de travail.

 

Ce faisant, Monica Sabolo réinvente le roman dans sa forme. Les images qui émaillent le texte, la progression de l’intrigue via des échanges de mails, de SMS, des missives semées aux quatre vents, etc. amènent une légèreté apparente qui s’avère nécessaire. Car ce roman, qui interroge les chaînes qui nous empêchent d’avancer, de nous abandonner, d’aimer, de construire, est d’une infinie tristesse. Car les lettres que la narratrice envoie sont particulièrement drôles, tandis que ce qu’elles laissent transparaître de solitude est déchirant.

 

MS et XX, ce sont la narratrice et son collègue de travail mais tant d’autres gens aussi.

 

Et cette histoire, c’est celle de tant d’âmes solitaires qui, tellement absorbées par le travail, premier lieu de formation des couples, ne peuvent se risquer à une confrontation qui peut-être les mettrait en risque et lui préfèrent la cordialité, comme si se serrer fort dans les bras ou passer une nuit entre les mêmes draps pouvait vraiment ne rien signifier ; cette histoire, c’est celle de tant d’âmes qui, tellement habituées à être multi connectées en permanence, ne sont plus aptes à vivre une réalité de l’amour qui requiert du temps, de l’écoute sans oreillette (ni boules Quiès), une disponibilité sans a priori et de la tendresse, de la douceur, de la bienveillance.

 

Il y a deux livres dans Tout cela n’a rien à voir avec moi. Celui que l’on lit en tournant les pages, drôles, pleines d’esprit et de sensibilité, de silences et de gravité, d’attente et de souffrance, et qui révèlent une narratrice touchante au possible, fragile comme un oiseau. Et celui qui s’impose ensuite, cette histoire que l’on connaît par cœur parce qu’elle est en nous et que, malgré tout, l’on se sent un peu plus léger d’avoir partagée, fût-ce de façon unilatérale.

 

Tout cela n’a rien à voir avec moi figure sur les premières sélections du Prix de Flore et du Prix Interallié 2013.

JC Lattès, septembre 2013, 156 pages, 19 euros

 

 

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Une phrase :

« Les choses que vous imaginez sont beaucoup plus belles que la réalité, vous savez cela, n’est-ce pas? »

(David Lynch à MS, page 106)

 

Un livre dans le livre :

Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, Stig Dagerman

L’Amour sans le faire, Serge Joncour

cvt_lamour-sans-le-faire_3618« Ne pas avoir d’enfant, c’était se condamner à rester l’enfant de ses parents. »

 

Franck, fils d’agriculteurs, n’est pas revenu chez ses parents depuis dix ans. Lorsqu’il téléphone pour annoncer son arrivée, c’est un petit garçon qui décroche, et qui dit s’appeler Alexandre, comme le frère de Franck décédé accidentellement. De Paris, Franck prend le train sans bien savoir ce qu’il va trouver à la ferme.

En parallèle, Louise, mère célibataire, s’apprête à retrouver son fils pour une semaine de vacances. En fin d’après-midi, elle prend la route.

 

« A la campagne on le sait, celui qui a goûté à la ville, il est foutu, celui qui a goûté à la ville, il ne reviendra pas. » (page 29)

« A Paris on est apprécié à la mesure de l’intérêt qu’on représente, d’où l’urgence de s’en donner. » (page 30) Lire la suite