Sélection été 2016

lire chapeauCe rendez-vous est désormais récurrent : deux fois par an, avant Noël et avant les vacances d’été, je rassemble selon un ordre très personnel des ouvrages présentés sur mon blog au cours du semestre écoulé, et à côté desquels je considère qu’il serait dommage de passer.

Voici donc ma sélection de 13 livres à glisser dans vos bagages, quelle que soit la destination – que du bon, pour plonger dans le bleu.

 

les-mijaurc3a9esICI

Les mijaurées, Elsa Flageul

Mariages de saison, Jean-Philippe Blondel

Les échoués, Pascal Manoukian

Venus d’ailleurs, Paola Pigani

 

 

eldoradoAILLEURS

Eldorado, Laurent Gaudé

J’ai toujours ton cœur avec moi, Soffía Bjarnadóttir

Courir après les ombres, Sigolène Vinson

L’Arabe du futur 2, Riad Sattouf

 

 

A L’INTÉRIEUR

le-choeur-des-femmes-folioLe chœur des femmes, Martin Winckler

Bellevue, Claire Berest

Les gens heureux n’ont pas d’histoire, Éloïse Lièvre

Barbe rose, Mathieu Simonet

La vacation, Martin Winckler

 

Bonnes lectures, bonnes vacances !

Courir après les ombres, Sigolène Vinson

Présentation de l’éditeur :

Courir après les ombresDu détroit de Bab-el-Mandeb au golfe d’Aden, Paul Deville négocie les ressources africaines pour le compte d’une multinationale chinoise.
De port en port, les ravages de la mondialisation lui sautent au visage et au cœur la beauté du monde dont il ne peut empêcher la destruction. Les merveilles qui ne s’achètent pas ne risquent-elles pas de disparaître dans un système ou toute valeur se chiffre ?
Paul se met alors à chasser un autre trésor : les « écrits jamais écrits » d’Arthur Rimbaud – il veut le croire, le marchand d’armes n’a pas tué le poète. Inlassablement, il cherche. Trouvera-t-il plus que le soleil aveuglant, la culpabilité d’être et la fièvre ?

Paul Deville est un type « qui signe des contrats aux enjeux économiques considérables tout en s’imaginant que l’avenir de l’humanité réside dans les poèmes jamais écrits d’Arthur Rimbaud ». Un type qui court après les poètes tout en travaillant à l’installation de bases navales qui sont les éléments du collier de perles, un type qui allie le rêve au matérialisme et qui a choisi de « participer au modèle existant pour en précipiter la perte ».
A la recherche des écrits jamais écrits d’Arthur Rimbaud, il croise des personnages autant que lui en marge, quoique chacun bien à sa façon…

Après J’ai déserté le pays de l’enfance et Le caillou, Sigolène Vinson signe un troisième opus patronné par la difficulté d’être au monde. Entre ceux qui rejettent le profit, « cette quête d’argent qui se faisait contre le travail, les travailleurs et les êtres humains », celui qui souhaite attraper au moins le paludisme, cette fièvre fidèle, celle qui ne veut plus faire l’effort d’appartenir à ses contemporains, les regards que propose d’adopter l’auteur soulignent le caractère vain de nos existences passées à accumuler et à courir avant la mort et invitent à se recentrer sur l’essentiel – ce qui nous lie aux autres, ce qui nous fait hommes comme eux. La poésie en fait partie.
Un roman dont le rythme même impose de ralentir, servi par une sensibilité exacerbée et une colère exposée sans prosélytisme.

Sigolène Vinson, femme artisan d’une poésie ancrée dans le réel, met en scène les jeunesses trahies et les vies d’adultes non assumées, les destins des naufragés de la vie moderne à laquelle la poésie ne peut (presque) plus rien. Ces destins particuliers s’unissent au grand tout dans ce roman d’une Afrique mal aimée par l’Occident qui en a fait sa poubelle, qui appartient à ceux qui l’habitent autant qu’à ceux qu’elle habite.

Éditions Plon, août 2015, 208 pages, 17,90 euros

A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

J’ai déserté le pays de l’enfance

Le caillou

Pourquoi écrivez-vous, Sigolène Vinson ?

Sigolène Vinson, de la robe à la plume

Toute la rentrée littéraire 2015

Fragments :

« Paul a inventé cette histoire dans le seul but d’y croire. » (page 21)

« Dans leurs silences, dans leurs paroles trop rares ou trop folles, certains vieux sont des tyrans. » (page 24)

« L’Afrique ne savait rien des flocons. » (page 28)

« Les pleurs qui coulent des yeux de Paul sont des embruns. » (page 40)

« Une cargaison d’or n’évite pas les naufrages. » (page 41)

« Ses cheveux bouclés ont encore éclairci depuis qu’il l’a vue. Le soleil et le sel créent ainsi les sirènes. » (page 55)

« Mariam ne vit pas d’espoir, elle vit de poissons. » (page 60)

« Être chamelier en Afrique, ce n’est pas être prisonnier, c’est avoir forme humaine. » (page 63)

« L’exil est une course en solitaire et ceux qui se noient n’existent pas. » (page 86)

« Où est le bâton qui l’aidera à se relever ? » (page 89)

« Ils parcourent le globe sans savoir s’ils y sont. Or personne n’y est jamais. Les hommes se sont absentés du monde. » (page 91)

« Entendre sa langue natale à l’autre bout du monde, c’est comme rentrer au bercail. » (pages 92-93)

« Il a enfin trouvé quelque chose à faire de moins important que changer le monde. » (page 93)

« Ça ne sert à rien de dire à quelqu’un qu’on l’a attendu toute la nuit, parce que ce n’est jamais tout à fait vrai. On reste éveillé pour bien d’autres raisons, pour toutes les questions sans réponse que la nuit fait surgir. » (page 99)

« Une douleur qui s’appelle « mer », qui ne voudrait en être frappé ? » (page 102)

« Le monde n’attend plus que lui pour renaître. » (page 114)

« La vie est plus vivable quand on la passe à ne pas vouloir la changer. » (page 115)

« Ils s’en allaient à l’étranger pour que les choses soient toujours neuves. » (page 126)

« A travailler si fort, à mettre tant de joie et de conviction dans son travail, il lui semble avoir trouvé la bonne façon de vivre. » (page 134)

« Les somaliens savent que, si la mort n’est pas au bout d’une kalachnikov ou d’une famine, elle est dans un bidon radioactif. » (page 140)

15 livres pour l’été

Reading a book at the beach.

Pour cet été 2015, 15 livres – et pas un de plus. Mais que du bon !

15 romans récents, dont 12 parus au cours du premier semestre de cette année, qui méritent que l’on s’y attarde, même s’ils ne sont plus sur les tables des libraires.

Présentés par nombre de pages, pour simplifier votre choix en fonction de votre destination.

 

Faites vos valises ! Et passez un bel été, avant la déferlante de la rentrée littéraire.

Crédit photo (creative commons) : Simon Cocks

LA COTE 400, SOPHIE DIVRY : 66 pages

LE PUITS, IVÁN REPILA : 112 pages

C’EST DIMANCHE ET JE N’Y SUIS POUR RIEN, CAROLE FIVES : 160 pages

DEBOUT-PAYÉ, GAUZ : 192 pages

LE CAILLOU, SIGOLÈNE VINSON : 200 pages

Aurore disparaitAURORE DISPARAÎT, AMINA DANTON : 208 pages

LA GAIETÉ, JUSTINE LÉVY : 216 pages

MON AMOUR, JULIE BONNIE  : 224 pages

UN TOUT PETIT RIEN, CAMILLE ANSEAUME : 252 pages

JOURNAL D’UN INTELLECTUEL EN CHÔMAGE, DENIS DE ROUGEMONT : 268 pages

UN HIVER À PARIS, JEAN-PHILIPPE BLONDEL : 272 pages

LA CONDITION PAVILLONNAIRE, SOPHIE DIVRY : 272 pages

JE SUIS UN DRAGON, MARTIN PAGE : 288 pages

LA POLITESSE, FRANÇOIS BÉGAUDEAU : 304 pages

PARDONNABLE, IMPARDONNABLE, VALÉRIE TONG CUONG : 340 pages

 

Cliquez sur les liens pour savoir ce que j’ai pensé de chacun.

Pourquoi écrivez-vous, Sigolène Vinson ?

Sigolene Vinson (c) Marie Ouvrard

Sigolène Vinson est née en 1974. Elle est journaliste à Charlie Hebdo et à Causette. Elle est l’auteur d’une autofiction (J’ai déserté le pays de l’enfance, Plon, 2011) et de plusieurs polars écrits à quatre mains avec Philippe Kleinman..

Son premier roman, Le caillou, est paru aux éditions Le Tripode en mai 2015.

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Photo (c) Marie Ouvrard pour Encore magazine

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Pourquoi écrivez-vous ?

Je ne sais plus trop.

A une époque, j’aurais pu dire « c’est une question de vie ou de mort ». Et en y croyant en plus. Dur comme fer.

Aujourd’hui, je n’ai pas de réponse à cette question. Démunie face à elle.

Ou alors, peut-être en ai-je une : raconter des histoires. Sûr, j’aime beaucoup les histoires.

Pas très originale comme raison d’écrire. Mais à tous les coups, suffisante.

VinsonAprès, le message…Je ne suis pas très bonne en message. J’aimerais bien passer celui de la poésie. Mais aussi celui d’un monde qui a faim. Voilà l’état de mes idées, brouillonnes.

Sinon, j’aime lire. Cela doit être ça, j’ai voulu copier ceux qui écrivent.

Plus je tente de trouver une réponse à cette question, plus je sens que j’aime écrire.

J’en conclus donc que j’écris parce que j’aime ça.

J’ai le droit de mettre un smiley ? Allez, je m’arroge ce droit : 🙂

 

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

De se dire : « c’est une question de vie ou de mort ». D’y croire en plus. Dur comme fer.

Sinon, d’aimer ça.

 

 

Précédent rendez-vous : Richard Gaitet

Prochain rendez-vous : Alexandre Grondeau

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A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

Le caillou

J’ai déserté le pays de l’enfance

Sigolène Vinson : de la robe à la plume

Toutes les réponses à « Pourquoi écrivez-vous ? »

Le caillou, Sigolène Vinson

Présentation de l’éditeur :

 

le-caillou_K3WbWj8C’est l’histoire d’une femme qui voulait devenir un caillou.

« Avant de raccrocher, je lui confie que j’ai dans l’idée de partir quelques jours en Corse. Je l’entends renifler et pleurer. Pour elle, c’est le premier signe de vie que je donne depuis bien longtemps. Le dernier qu’elle a perçu, c’est le cri que j’ai poussé en venant au monde. Elle oublie qu’enfant, je riais tout le temps et embrassais le bonheur commun. Ce n’est que plus tard que j’ai eu des vues nouvelles, d’abord celle d’un désert sous ma fenêtre, et depuis peu, celle du large. »

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La narratrice, qui ne se sent pas très en accord avec le fait d’exister, passe la majeure partie de son temps à regarder le ciel et à rêver qu’elle prend la mer.

Plutôt que de reprendre forme humaine (à quoi bon ?), elle voudrait faire l’expérience de la minéralité. Devenir caillou pour fuir une vie sans relief. C’est compter sans la rencontre avec son voisin, qui travaille depuis des années à sculpter, en Corse, un rocher qui a les yeux qui vivent en mer.

Mais il y a les choses à peu près, et les choses telles qu’elles sont…

 

Le Caillou est une fantaisie qui oscille entre conte et réalité. Presque un mythe. Un roman plein d’une nostalgie de la part qui fait défaut au présent, plein de ce sentiment d’ « absolu toujours déçu », qui naît de ce qu’ « on comprend que quelque chose nous manque qui ne sera jamais comblé ».

 

Sigolène Vinson évoque avec la même justesse la beauté de la Corse et la solitude qui peuple les existences. Elle raconte la roche séculaire immobile aussi bien que les hommes dont les bras ne suffisent pas à faire oublier les autres, les bras qui comptent.

Sa prose poétique, sa plume unique se fait entendre comme une voix puissante et douce à la fois au-dessus de la mer. Elle n’oublie pas la tristesse, mais le sourire n’est jamais loin – et l’espoir juste derrière. Il y a de la tendresse, de l’humour et beaucoup de sincérité dans les pages de cette fable contemporaine.

 

Rocher sur la mer, est-il meilleur destin ? Mais si l’humanité se fossilise et que la matière prend vie, comment ne pas perdre le Nord ?

Ce livre est un caillou précieux que chériront tous les « rêveurs d’autre chose ». Car tous les rêveurs ont un morceau de rocher sur la mer…

 

Le Tripode, mai 2015, 200 pages, 17 euros

 

A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

J’ai déserté le pays de l’enfance

Sigolène Vinson : de la robe à la plume

Toutes les réponses à « Pourquoi écrivez-vous ? »

 

Fragments de roche :

 

« J’aime bien les vieux quand ils se suppriment, parce qu’ils reprennent leur vie en main. » (pages 23-24)

 

« Moi, le désert, je l’ai vu passer sous ma fenêtre. Une fois, j’ai même chopé une conjonctivite. » (page 24)

 

« Quand mon cou disparaîtra dans mon double menton, je serai vieille et j’aurai des histoires à raconter. » (page 27)

 

« Je rêve de recevoir des embruns en pleine figure et quand l’occasion se présente, j’ai le mal de mer. » (page 38)

 

« La distance qui nous sépare est un territoire sans coordonnées. » (page 45)

 

« Tout ce que nous inventons pour nous protéger de la vieillesse nous fait vieillir plus vite, c’est en nous figeant que nous nous craquelons. » (pages 47-48)

 

« C’est comme ça qu’on ne désespère pas, en trouvant quelqu’un qui nous accompagne jusqu’au bout. A condition qu’une fois sur place, il veuille bien nous laisser seuls. » (page 61)

 

« Les tombeaux des Corses sont plus beaux que leurs maisons. » (page 71)

 

« Ce qui m’attend est ailleurs. » (page 76)

 

« Quand j’ai besoin d’un bouc émissaire, je me regarde dans la glace et je le trouve. » (page 84)

 

« Il n’est pas dit qu’un jour je ne finirai pas d’un seul tenant. » (page 94)

 

« Même être humain, ce n’est rien comparé à tout ce qui est plus grand. » (page 115)

 

« Je crois avoir été belle, mais sans jamais le savoir. » (page 125)

 

« Le cimetière des éléphants n’existe pas, il n’y a que des mouroirs. » (page 132)

 

« Recroquevillée dans ma caverne, j’attends l’événement qui m’en fera sortir. » (page 162)

 

« Je n’ai jamais souhaité à personne de vieillir en paix, pourquoi le voudrais-je pour moi ? » (page 175)

Sigolène Vinson : de la robe à la plume

Sigolene Vinson (c) Marie OuvrardDans une autre vie, Sigolène Vinson était avocate. Après avoir passé une partie de son enfance dans la corne de l’Afrique, à Djibouti, elle retombe enfin sur ses pieds d’adulte. En décembre 2007, elle a démissionné pour se consacrer à l’écriture. En 2015, elle publie trois nouveaux romans.

 

Comment en es-tu venue à l’écriture ?

J’écris pour moi depuis l’âge de seize ans. Cela a commencé par une correspondance avec un garçon, j’écrivais des histoires, je faisais de chaque lettre une fiction que je lui postais, puis j’ai écrit des textes pour moi quand je suis devenue avocate. J’aime énormément Romain Gary, et je crois qu’au départ j’essayais de le séduire en écrivant. A seize ans, je portais la coupe de cheveux de Jean Seberg, et j’avais donné à mes poissons rouges les prénoms de personnages de Gary… Je n’ai longtemps lu que des auteurs morts, ignorant tout de l’actualité littéraire, je ne pensais absolument pas que ce que j’écrivais pourrait être publié.

 

Comment as-tu osé donner à lire ce que tu écrivais ?

Un jour, j’ai terminé un texte que j’ai jugé abouti. Ça s’appelait Le Fort de Sagallo. J’avais travaillé le style et fait des recherches. J’avais commencé à lire la production récente, et j’ai envoyé mon roman à des maisons d’édition. Le roman a été refusé. Je trouvais ça impossible, qu’on le refuse alors que j’avais tant travaillé… Me vient alors l’idée d’un texte que j’écris à la première personne, me mettant dans la peau de la fille naturelle d’Amélie Nothomb et de Florian Zeller qui poursuit de ses assiduités le comédien Laurent Terzieff. 52 pages que j’écris en deux semaines. Je Romans (c) Marie Ouvrardl’appelle Dorés déments. Je l’imprime au cabinet, je l’agrafe parce qu’il n’est pas assez épais pour être relié et je l’envoie à Grasset. Le directeur, Manuel Carcassonne, m’appelle alors que je sors d’un procès en cour d’appel : mon manuscrit a attiré son regard sur la pile, ce bout de machin tout fin ne ressemblant à aucun autre, il l’a lu immédiatement, il me propose qu’on se rencontre. En parallèle, une amie comédienne envoie mon texte à Florian Zeller, je le rencontre aussi et il me conseille de l’adresser à son éditeur, Guillaume Robert chez Flammarion…

 

Lire l’interview complète sur le site d’Encore magazine

 

photos (c) Marie Ouvrard

 

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J’ai déserté le pays de l’enfance

J’ai déserté le pays de l’enfance, Sigolène Vinson

cvt_Jai-deserte-le-pays-de-lenfance_9046Le pays de l’enfance, pour Sigolène Vinson, c’est Djibouti, terre du premier homme, refuge d’Arthur Rimbaud. Une enfance au soleil, à courir sur le sable et la terre sèche, une enfance en noir et or. Une enfance terreau de rêves nobles : quand elle sera grande, Sigolène servira la justice et prendra la défense des plus faibles. Son existence ainsi deviendra destin.

« Je serais quelqu’un de bien, j’assisterais les victimes d’une société marchande, je me bagarrerais pour la défense du service public, je m’attacherais toujours plus au principe d’égalité qu’à n’importe quel autre […] J’aurais une robe d’avocat et je permettrais à des travailleurs précaires de voir leur contrat de travail à durée déterminée requalifié en CDI, j’obtiendrais des rappels de salaire, des rappels d’heures supplémentaires et même des rappels de paniers-repas. » Lire la suite