Célibataire longue durée, Véronique Poulain

Présentation de l’éditeur :

celibataire longue dureeÀ la veille de ses cinquante ans, Vanessa Poulemploi, la bien nommée, va devoir relever un triple défi : trouver du travail, un sens à sa vie et… se marier. Autant vous dire que ce n’est pas gagné.

 

Assistante personnelle, Vanessa Poulemploi, la quarantaine bien entamée, se retrouve au chômage. Mère célibataire et désireuse de se trouver un Jules, elle se dit que c’est Lire la suite

Publicités

La veillée, Virginie Carton

Présentation de l’éditeur :

La veillée« C’était si étrange, si inattendu, de se retrouver soudain tous les deux seuls après des années d’éloignement, sans conjoints, sans enfants. Juste une maison vide et un mort à veiller. »

La mort d’un père qui n’a pas livré tous ses secrets.
Deux amis d’enfance pour le veiller.
Marie et Sébastien ont une nuit pour découvrir la vérité.
Et peut-être, enfin, se la dire. Entre rires et larmes, un roman plein de tendresse et d’aveux.
Un roman d’amitié.

 

En cinq actes, Virginie Carton met en scène les retrouvailles de Lire la suite

Bellevue, Claire Berest

Présentation de l’éditeur :

BellevueAlma se réveille à quatre heures du matin. Dans un hôpital psychiatrique.

Deux jours plus tôt, elle fêtait ses trente ans. Écrivain prometteur, Alma est une jeune Parisienne ambitieuse qui vit avec Paul depuis plusieurs années ; tout lui sourit. Et, d’un coup, tout bascule. Son angoisse va l’emporter dans une errance aussi violente qu’incontrôlable et la soumettre à d’imprévisibles pulsions destructrices.

Que s’est-il passé pendant ces quarante-huit heures ?

 

Il y a la rencontre entre Alma, jeune femme malheureuse dans un couple dont elle n’arrive pas à sortir, qui se raccroche à sa mythologie – ce n’est pas suffisant – et l’écrivain Thomas B., animal « nourri malgré lui par sa notoriété ». Il y a l’alcool pour horizon, et Alma qui n’est plus Lire la suite

L’importun, Aude Le Corff

Présentation de l’éditeur :

L importunUne nouvelle maison, pleine de charme, qui se révèle inquiétante. L’ancien propriétaire ombrageux qui s’impose. Lorsque la narratrice emménage avec son mari et ses enfants, elle n’imagine pas que sa vie va étrangement basculer. Quels souvenirs hantent le vieil homme ? Quelle réparation cherche-t-il auprès d’elle ? De quelle mémoire les murs de la maison sont-ils les gardiens ?

Aude Le Corff livre un second roman subtil, qui sonde les fragilités de l’âme humaine et s’interroge sur les stigmates de l’Histoire.

La narratrice de ce joli roman en écrit : elle est auteur de polars. Elle s’y consacre même entièrement, elle dont la famille a quitté la capitale pour davantage d’espace et de quiétude. La maison qu’ils ont choisie est tout à fait ce qu’il fallait. Dans le silence de la journée, quand les enfants sont à l’école et le mari au travail, la narratrice écrit enfin. Mais l’ancien propriétaire de la maison, qui en a conservé une clé, y pénètre et, de la cave au jardin, vaque à ses occupations comme s’il n’était pas désormais logé en résidence médicalisée ; comme si d’autres occupants n’avaient pas investi nouvellement les lieux.

La narratrice n’ose rien dire qui, renvoyée à son image de petite fille, admet quand on ne le lui demande pas que la maison appartient plus au vieil homme qu’à elle.

Il faudra bien cesser de s’ignorer et finir par se parler. Le vieil homme et la narratrice s’y résolvent. Et à mesure que les jours passent, ce vieil homme évoque de plus en plus à la narratrice des hommes qu’elle a connus, son grand-père et son propre père. Quant au vieil homme, qui a deux filles avec qui il n’a jamais su communiquer, il se surprend à se découvrir doué de parole avec cette jeune écrivain.

Avec douceur et finesse, Aude Le Corff dépeint le muet processus par lequel les êtres se rendent inaccessibles, elle dépeint les murs invisibles qui s’érigent entre eux et le reste du monde. Elle raconte la naissance de la confiance et l’apparition des mots qui s’échappent « tels des oiseaux trop longtemps retenus en cage. » Elle dit les regrets d’être passé à côté de ses proches. Quand on a connu la souffrance, pour s’en protéger on se conditionne parfois à ne plus s’attacher qu’à soi-même. Elle raconte ces pères qui font tout pour être des héros, alors que personne, dans le fond, n’attend d’eux autre chose que le fait qu’ils soient des pères.

Quand il est arrivé dans son quartier, Guy en était le plus jeune habitant. A présent, il est le doyen. Aude Le Corff dit le temps qui passe sans bruit, le progrès pas toujours bénéfique. Surtout, elle raconte les deuils impossibles, les blessures d’enfants qui ne guérissent jamais, les souffrances qui se transmettent de génération en génération et les refuges que l’on se fabrique pour supporter l’existence.

Le tout avec douceur, finesse et sensibilité, dans le décor d’une bâtisse que chacun a dans un coin de sa tête. Un deuxième roman très réussi.

Éditions Stock, avril 2015, 198 pages, 17,50 euros

A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

Les arbres voyagent la nuit

Pourquoi écrivez-vous, Aude Le Corff ?

Entre les murs :

« J’aimerais l’intéresser autant qu’il m’intéresse. » (page 41)

« Ses yeux sont pleins d’une enfance ravagée. » (page 51)

« C’est tellement bon, l’alcool, pour engourdir l’inquiétude. » (page 75)

« Les abandons finissent toujours par se produire, surtout quand on en a peur. » (page 102)

« Une maison, ça endure tout, même les sautes d’humeur de ses habitants, une maison, ça ne part pas, c’est l’ultime cocon quand il n’y a plus personne. Une maison nous connaît mieux que quiconque. Elle nous voit pleurer, menacer, rire, penser, rêver, déambuler nus ou habillés, elle connaît nos amis, notre famille, voit nos enfants grandir, les protège. » (page 127)

« J’aurais aimé que mon père soit un lâche et qu’il survive. » (page 138)

« La meilleure protection contre les hommes réside dans le repli et l’indifférence. » (page 139)

« Je suis la victime collatérale de souffrances vécues alors que je n’étais pas née. » (pages 180-181)

Les mots qu’on ne me dit pas, Véronique Poulain

Présentation de l’éditeur :

 

poulain« “ Salut, bande d’enculés ! ”
C’est comme ça que je salue mes parents quand je rentre à la maison.
Mes copains me croient jamais quand je leur dis qu’ils sont sourds.
Je vais leur prouver que je dis vrai.
“ Salut, bande d’enculés ! ” Et ma mère vient m’embrasser tendrement. »

Sans tabou, avec un humour corrosif, elle raconte.

Son père, sourd-muet.

Sa mère, sourde-muette.

L’oncle Guy, sourd lui aussi, comme un pot.

Le quotidien.

Les sorties.

Les vacances.

Le sexe.

D’un écartèlement entre deux mondes, elle fait une richesse. De ce qui aurait pu être un drame, une comédie.

D’une famille différente, un livre pas comme les autres.

 

 

Petite fille, la narratrice est en constant décalage horaire, navigant entre les étages de son immeuble : « Au troisième, avec mes grands-parents, j’entends et je parle. Beaucoup. Très bien. Au deuxième, avec mes parents, je suis sourde. Je m’exprime avec les mains. » La petite-fille vit avec ses grands-parents ce qu’elle ne peut vivre avec ses parents ; les grands-parents, eux, rattrapent avec elle ce qu’ils n’ont pas pu vivre avec leurs enfants.

Elle aurait préféré avoir des parents entendants ; elle comprend en grandissant que ses parents, eux, auraient préféré avoir un enfant sourd. Aucun d’eux n’aime le fossé, infranchissable, qui les sépare définitivement.

 

Elle qui parle est habituée au silence. Elle a grandi avec lui. Elle en a besoin. Ce qui rend complexes également ses rapports aux autres entendants, qui ont poussé dans le bruit.

 

Dans une prose brute, Véronique Poulain dépeint un univers auquel les entendants ne connaissent rien, Son livre est une succession de situations parfois cocasses – comment distinguer, par exemple, le mot « escalope » d’ « interprète », qui nécessite les mêmes mouvements des lèvres ? –, parfois d’une tristesse infinie, souvent touchantes. Si l’auteur ne se montre pas toujours tendre avec les siens, c’est pour mieux dire qu’elle les aime.

 

Les mots qu’on ne me dit pas est un livre différent et inclassable. Le récit d’un choc de culture. D’un dialogue de sourds.

 

Et une mise en lumière nécessaire, également, de la langue des signes, si expressive, si différente de la nôtre aussi : pas de conjugaison, pas de temps. Seul le mouvement du corps, vers l’arrière ou vers l’avant, distingue le passé du futur. De quoi considérer autrement le langage non-verbal de tous, y compris des entendants.

 

Editions Stock, août 2014, 144 pages, 16.50 €

 

A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

Tous les récits

 

Mots dits :

 

« Les regards et les gestes remplacent les mots. » (page 14)

 

« Je décide que ma différence sera un atout. » (page 28)

 

« Ce sont les autres qui regardent mes parents comme s’ils étaient débiles. Ce sont les autres qui pensent qu’avoir des parents sourds, c’est dramatique. » (page 30)

 

« Le rêve prend toute la place et la réalité m’ennuie. » (page 33)

 

« Je dévore les mots qu’on ne me dit pas. » (page 45)

 

« C’est parfaitement injuste et injustifié mais quoi qu’ils fassent, ils m’énervent. » (page 60)

 

« On n’imagine pas à quel point les sourds sont bruyants. » (page 67)

 

« Les émotions des sourds s’entendent. » (page 76)

 

« Entre la couleur et la musique, je choisis la couleur. » (page 87)

 

« Dans la famille, la vraie muette, c’est moi. » (page 137)

La gaieté, Justine Lévy

La gaietéPrésentation de l’éditeur :

« C’est le paradis, c’est mon paradis, je ne sais plus rien de la politique, des livres qui paraissent, des films, des projets de Pablo, de l’autre vie, la leur, c’est comme un jeûne, une ascèse puéricultrice, c’est comme si j’avais été opérée de ma vie d’avant, je ne sais pas si ça reviendra, je ne sais même pas si je le souhaite, j’adore cette nouvelle vie de mère de famille un peu débile mais résignée, les jours cousus les uns aux autres par l’habitude et la routine, je me voue tout entière à mes enfants, je les tiens fort dans mes bras, je les tiens fort par la main, et bien sûr qu’eux aussi me tiennent et qu’ils m’empêchent de tomber, de vriller, bien sûr qu’eux aussi me rassurent, me comblent, me protègent et me procurent cette joie bizarre, assez proche de la tristesse peut-être, parce que je vois bien que ce n’est plus seulement de l’amour, ça, au fond, c’est de l’anéantissement. »

 

 

« On ne vient pas sur terre vierge et pur et vide, avec tout à apprendre et tout à faire. On n’est pas une page blanche. On porte la mémoire de sa famille, on trimballe ses paquets de problèmes et de névroses. En naissant, bien sûr, on a tout oublié. Mais tout est là, en nous. »

Louise aimerait n’être pas hantée par ses démons, ceux de son enfance en particulier. Depuis qu’elle est mère, deux fois mère, elle ne veut plus de cet état. Pas question d’être une maman malheureuse, puisque « une maman malheureuse vous refile toujours un bout de son malheur ». Louise décide de rompre la chaîne de la tristesse, de bloquer la transmission, d’appeler la gaieté, de s’y réfugier et d’en faire l’environnement de ses enfants.

 

Mais ce n’est pas si simple. Le chagrin ne disparaît pas quand il s’en va. La tristesse est pour Louise comme un point de côté permanent.

 

Avec des mots simples, des images fortes et des phrases longues, produit d’un emballement de l’esprit que le lecteur voudrait ne jamais arrêter tant il est délicieux à lire, Justine Lévy raconte les efforts, la volonté et la détermination, que côtoient la sensation récurrente, sinon constante, d’être à côté de soi-même, et les ombres du passé. Elle raconte les digues qui cèdent et « les éclats de mémoire qui explosent comme des vieilles grenades, soixante-dix ans après, sur les plages de Normandie. »

 

Dans ce roman de la maturité, Justine Lévy démontre fort joliment qu’on a toujours la possibilité de cesser d’exhumer le passé, de cesser de raviver les douleurs, et de choisir la vie.

 

 

Editions Stock, janvier 2015, 216 pages, 18 euros

 

A lire aussi sur Sophielit : 

Le rendez-vous

Mauvaise fille

Rien de grave

 

Eclats de gaieté :

 

« C’est quand je suis tombée enceinte que j’ai décidé d’arrêter d’être triste, définitivement, et par tous les moyens. » (page 7)

 

« La vie est urgente. » (page 11)

 

« Pour aimer être libre il faut du désir, de l’ambition, le goût des actes et du risque. » (page 13)

 

« Avec un enfant on ne peut plus se permettre d’être triste, un point c’est tout. » (page 20)

 

« Papamaman, mamanpapa, voilà comment on rate sa vie, à vouloir toujours ménager papamaman. » (page 30)

 

« Comment voit-on le monde avec des yeux si clairs ? Est-ce que tout est plus beau ? plus bleu ? » (page 38)

 

« La nostalgie est l’arme des faibles. » (page 40)

 

« C’est pour ça qu’on élève des enfants, pour qu’ils puissent un jour se passer de vous. » (page 41)

 

« Il y a des gens qui pensent que ça fait mûrir, d’avoir des enfants, moi je trouve que ça vous met surtout face à votre propre enfance, tiens prends ça dans la gueule. » (page 45)

 

« Je voudrais les couvrir de joie mais je ne sais les couvrir que de jouets. » (page 46)

 

« Il n’y a que les très belles femmes qui peuvent se passer de sourire. » (page 52)

 

« Pablo me dit que je suis forte, je n’ai pas encore bien repéré ce qui lui fait dire ça. » (page 75)

 

« Le chagrin ne disparaît pas quand il s’en va. » (page 82)

 

« On ne vient pas sur terre vierge et pur et vide, avec tout à apprendre et tout à faire. On n’est pas une page blanche. On porte la mémoire de sa famille, on trimballe ses paquets de problèmes et de névroses. En naissant, bien sûr, on a tout oublié. Mais tout est là, en nous. » (page 115)

 

« les éclats de mémoire qui explosent comme des vieilles grenades, soixante-dix ans après, sur les plages de Normandie. » (page 116)

 

« J’ai toujours tout fait pour cadenasser les portes de la tristesse. » (page 119)

 

« Je veux pour eux toutes les joies que je n’ai pas eues. » (page 127)

 

« Le chagrin est patient. » (page 170)

 

« Comment ne transmettre que le bon, pas le mauvais, faire le tri ? » (page 173)

 

« Quand on peut rire de soi on est sauvé. » (page 213)

Le système Victoria, Eric Reinhardt

Le système VictoriaPrésentation de l’éditeur :

David Kolski est directeur de travaux de la future plus haute tour de France. Retards insurmontables, pressions incessantes : il ne vit que dans l’urgence. Alors qu’il s’apprête pour une fois à dîner en famille, son regard est happé par une femme à l’élégance austère, au rayonnement de reine. C’est Victoria, ambitieuse et intelligente, belle et indépendante. Directrice des ressources humaines d’une multinationale, elle dirige sa vie comme celle de ses salariés. Les amants sauront-ils faire face aux exigences de leur désir?

À travers le récit d’une passion dévorante, Éric Reinhardt poursuit avec brio l’étude de notre époque contemporaine. Chronique d’un monde du travail de plus en plus violent, Le système Victoria est une œuvre captivante, où la sensualité se mêle autant au plaisir qu’à l’assujettissement.

 .

.

La rencontre amoureuse, c’est la rencontre de deux fonctionnements. Deux « systèmes ». C’est une irruption réciproque, des interférences inévitables. Sans que cela soit forcément négatif pour autant.

 

Pour David Kolski, Victoria de Winter, DRH du puissant groupe Kiloffer, est « du côté de ceux qui fabriquent les problèmes ». Lui qui, marié, a pour habitude de ne jamais revoir une femme avec qui il passe une nuit, va pourtant entamer avec elle une relation suivie. Victoria est un aimant, et à son contact, David revit.

 

Mais l’aimant s’avère toxique. Victoria devient sa drogue, la plus pure à laquelle il ait jamais été donné à David de goûter. Elle est son héroïne. C’est elle qui mène le jeu. D’elle dépendent, outre leurs rendez-vous, les humeurs même de David. Le retard du chantier de la tour Uranus dont il est responsable augmente ou s’amenuise au rythme des montages russes que sont ses rapports avec cette femme insaisissable.

 

Et si la tour devenait son tombeau, ou du moins celui d’une certaine liberté ? A moins que ce ne soit cette relation, cette emprise qui sonne le glas définitif de l’insouciance ?

Et l’amour, a-t-il seulement sa place dans tout cela ?

 .

.

Eric Reinhardt a ce don de savoir ferrer son lecteur jusqu’à l’emprisonner. Il ne lui laisse pas le choix. Et c’est tout entier que le lecteur plonge dans l’univers des protagonistes, et les tréfonds de leur âme. De leurs histoires personnelle, familiale, sentimentale, Reinhardt ne lui épargne rien. Heureuse victime que ce lecteur. Les personnages deviennent des connaissances, leurs univers s’impriment pour longtemps dans le sien.

Ce qui, dans d’autres temps littéraires, faisaient que les personnages étaient personnages.

 

Eric Reinhardt propose un voyage fascinant dans les profondeurs d’une liaison amoureuse, d’un adultère intellectualisé, avec en toile de fond un monde dans lequel les nouvelles technologies alimentent les fantasmes et le capitalisme devient érotique.

Pour tout cela, ces 600 et quelques pages d’une grande densité ne sont pas de trop.

 

Folio, 2013 (et Stock, 2011), 624 pages, 8,40 euros

 

A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

L’amour et les forêts

 

Eclats de voix :

 

« Les femmes n’ont pas la possibilité, et c’est d’une grande injustice, d’aborder les hommes qui leur plaisent. » (page 108)

 

« Il avait ouvert les portes de son mental et les phrases qu’il prononçait résonnaient comme sous les voûtes d’une cathédrale. » (page 210)

 

« J’avais déjà commencé à avoir besoin d’elle. » (page 224)

 

« Le simple fait que je sois parvenu à rendre Victoria aussi dépendante de ma personne que je l’étais devenu de la sienne me suggérait l’idée que tout était possible désormais dans ma vie : être à ce point apprécié de cette femme-là m’avait rendu invulnérable. » (page 288)

 

« La perversité serait-elle l’unique destination, le seul apanage des passions parallèles ? » (page 475)

 

« Si j’avais eu l’assurance que ce projet d’architecture ne se ferait jamais, j’aurais rompu immédiatement. » (page 502)

Tout ce que je sais de l’amour, Michela Marzano

Tout ce que je saisPrésentation de l’éditeur :

Le titre de ce récit autobiographique, dans la lignée du précédent et magnifique livre de Michela Marzano, Légère comme un papillon, vient d’un vers d’Emily Dickinson :That Love is all there is, is all we know of Love.

Partant de sa propre vie autant que de ses lectures, l’auteur évoque la recherche du Prince Charmant – un objectif qui se révèle inaccessible –, le désir d’enfant, la maternité, l’absence d’amour qui fonde parfois nos bancales existences, l’acceptation des limites de cet amour. Tournant un regard compréhensif pour chacun mais souvent impitoyable envers elle-même, elle aboutit à un constat personnel, où se reflète toute expérience humaine : « On reste seule avec ses peurs. Seule avec une autre liste, elle aussi sans fin, pleine de questions sans réponses. Cette fois, c’est différent. Car même si je perds tout, je ne me perdrai pas moi-même. Ni cette envie de recommencer. Ni la certitude que personne ne peut plus me voler qui je suis, même si, ensuite, la nuit m’anéantit. »

 

 

Michela Marzano a 44 ans. Elle a connu des hommes. A été épouse, maîtresse. Pas mère. De son parcours sentimental et amoureux, elle tire les leçons. Sa dernière histoire en date, celle qui dure, l’actuelle, avec l’homme à qui elle dédie le livre, est esquissée avec pudeur entre des intermèdes plus théoriques sur l’amour, basés sur des textes d’autres.

 

Avec une plume très douce, Michela Marzano interroge des notions sinon qu’on a tendance à oublier, du moins auxquelles la société moderne fait qu’on accorde moins d’importance – l’attachement, le renoncement. Elle partage ce qu’elle a appris, ce qu’elle a compris. Accepter l’inévitable altérité de l’autre, l’envisager comme un cadeau plutôt que comme une contrainte. Admettre l’incapacité à survivre à la perte. Tout sonne juste. J’ai l’impression que j’aurais pu écrire chaque ligne ou presque.

 

L’amour est la réponse, la quête, mais l’amour ne suffit jamais.

 

Dans ce beau roman, Michela Marzano livre tout ce qu’elle sait de l’amour et, brossant le portrait de l’amour à l’épreuve de cette vie si rapide que l’on mène au XXIème siècle, où l’on consomme de plus en plus les êtres, où l’on s’investit de moins en moins faute de temps ou de courage, nous invite à réfléchir à sa puissance, à sa magie, à son caractère merveilleux, à sa simple existence même. Et à y croire encore. Ouf.

 

Editions Stock, août 2014, 214 pages, 18,50 €

 

L’extrait :

« Ma relation avec Jacques a commencé sans grande conviction. Un soir de juin, un peu par hasard.

J’ai beau chercher, je n’arrive même pas à me souvenir de ce qui m’avait incitée à me rendre à cette fête. Moi qui ne sors presque jamais. Moi qui, à cette époque, étais avec quelqu’un d’autre. Qui sait ?

Certes, je n’étais pas parfaitement heureuse. Mais qui peut se vanter de l’être ? Surtout en amour.

[…] Ce soir-là, pourtant, Jacques n’en avait rien à faire des bonnes manières. Au contraire. L’existence d’un autre homme dans ma vie, au fond, lui convenait parfaitement. Il venait de se séparer. Pourquoi aurait-il dû se lancer dans une histoire sérieuse ?

Une aventure parmi d’autres, juste avant de partir en vacances. Une histoire sans lendemain, bien à l’abri des remords et des justifications. Cela lui allait très bien. » (pages 16-17)

 

Le billet de Leiloona, qui m’a donné envie de découvrir le roman.

 

 

Passages choisis :

 

nous seuls« L’amour est ce qui reste quand on pense avoir tout perdu. » (page 24)

 

« Il ne faudrait jamais parler d’un projet de livre à ses amis avant d’avoir commencé à écrire. Leurs critiques et objections risquent de nous enlever le courage de poursuivre. » (page 40)

 

« L’amour est le seul risque qui vaille la peine d’être pris. » (page 42)

 

« Le monde de l’enfance est minuscule. » (page 56)

 

« L’amour ne commence qu’après la perfection. Lorsque l’ordre se brise et que l’on comprend qu’il nous faut repartir du désordre. » (page 62)

 

« Ce que nous n’acceptons pas de nous-mêmes est ce qui nous agace le plus chez l’autre. » (page 64)

 

« Quand on a grandi convaincu que, pour survivre, il faut payer la dette d’une faute qu’on n’a peut-être pas commise, la joie paraît étrange. » (page 70)

 

« A force de partager le présent, le bruit du passé devient moins assourdissant. » (page 70)

 

« Le vide ne peut jamais être comblé. On peut seulement le traverser avec un autre. » (page 83)

 

« Notre amour repose en grande partie sur ce que nous sommes seuls à connaître l’un de l’autre. Et qui exclut tous les autres. » (page 96)

 

« Si on aime une personne, on ne cesse jamais de l’aimer. » (page 162)

 

 

La blancheur qu’on croyait éternelle, Virginie Carton

Présentation de l’éditeur :

La blancheur.jpgMathilde aimerait bien devenir chocolatière mais elle est trop diplômée pour ça. Elle ne sort pas beaucoup et n’aime pas se déguiser. Ce qu’elle préfère, c’est regarder le concours de Miss France à la télé en mangeant des palets bretons trempés dans du lait. Quand elle avait sept ans, Mathilde a été traumatisée par la mort de Romy Schneider. À trente-quatre ans, elle pense encore à Julien, et Éléonore, sa meilleure amie, est décidée à lui trouver un bon parti.
Lucien est pédiatre, il aime les films avec Jean-Louis Trintignant, et Deauville. Il n’aime pas tellement danser. Ça remonte à son enfance, à l’époque des premières boums ratées. Chaque année, au Nouvel An, il envoie une carte de vœux à ses parents. À trente-cinq ans, il est célibataire. Il aimerait bien que ça change. Mais il n’est pas très à l’aise avec les SMS, alors c’est pas gagné.

Mathilde et Lucien habitent le même immeuble mais ne le savent pas.

Un jour, le nouveau voisin les invite à sa soirée déguisée. La Blancheur qu’on croyait éternelle est l’histoire de deux solitudes, deux sentimentaux perdus dans un monde plus vraiment sentimental.

.

.

Dans son deuxième roman, Virginie Carton dresse le portrait de deux anti héros attachants. On aimerait bien avoir pour voisins Lucien, le pédiatre en décalage avec la vie moderne, et Mathilde, harcelée par une mère castratrice, qui a peur des chiens et qui voudrait être enfin considérée comme une adulte. Mais peut-être qu’on ne les traiterait qu’avec indifférence. Car il ne fait jamais bon être en dehors de normes convenues, ne serait-ce que de quelques pas.

 

On attend leur rencontre avec une impatience grandissante… Une impatience qui rend la lecture plaisante et très douce, comme cotonneuse.

 

Ce roman des solitudes juxtaposées est une ode aux petits riens du quotidien, à la poésie, à l’émerveillement.

C’est aussi une collection de chansons françaises un peu datées, de ces tubes qu’on connaît par cœur, qu’on chérit, en osant plus ou moins (se) l’avouer, et qu’on se prend à sourire de reconnaître au fil des pages.

Impuissants morceaux de foule sentimentale que nous sommes.

 

Editions Stock, mars 2014, 224 pages, 18 €

 

Phrases choisies :

 

« Il fixait la route avec gravité comme l’aurait fait son héros. Il imaginait la caméra filmer son profil concentré et en ressentait une jouissance indicible. » (page 14)

 

« Si les vieilles voitures ont du charme, elles ont aussi l’âge de leur moteur. » (page 25)

 

« Que restait-il de Deauville sans Trintignant ? » (page 28)

 

« Les rentrées d’argent n’étaient pas pharaoniques, aussi Lucien reportait-il à une date indéterminée le moment où il vivrait avec style. » (page 33)

 

« Pour la première fois, elle emménageait avec un homme et, pour elle, vivre avec un homme, c’était devenir une femme. » (page 77)

 

« Elle se disait que grand-mère, ça n’avait rien à voir avec mère. C’était plus doux, ça bougeait moins et ça racontait des histoires. » (page 82)

 

« Il suffit parfois de changer de costume pour que les autres nous regardent autrement. » (page 86)

 

« Ils avaient pris deux trains quand lui ne parvenait pas à se décider à monter dans le premier. » (page 93)

 

« Peut-on grandir lorsque l’on n’a jamais été responsable que de soi ? » (page 93)

 

« Lucien se demandait à quel moment de sa vie il avait été jeune. » (page 119)

 

« Lorsque le présent ne propose rien, que l’avenir est incertain, on est parfois tenté de retrouver ce qu’on a bien connu, de revenir là d’où l’on vient. » (page 129)

 

« Penser l’avenir le fatiguait. » (page 140)

 

« Mathilde détestait parler de maquillage, ou de coiffeur, ou de vêtements. Elle trouvait que cela était de l’ordre de l’intime, de la poésie que l’on mettait à paraître ce que l’on voulait paraître. Que les autres devaient se contenter d’être spectateurs sans chercher à entrer dans nos coulisses. » (page 141)

 

« Au moment d’entrer dans la cour, Mathilde regarda ce spectacle humain, la fresque d’une jeunesse aboutie au rang d’adulte, des garçons, des filles qu’elle avait croisés sur sa route, qui n’avaient de commun avec elle que d’avoir fait les mêmes études, la même année, sans doute pas pour les mêmes raisons. (page 144)

 

« Il lui fallait de toute urgence rentrer à Paris.

Son voisin connaissait Alain Souchon.

Sa vie à Paris était donc trépidante. » (page157)

 

« Mathilde était de ces gens qui doutent, les gens qui trop écoutent leur cœur se balancer. » (page 164)

 

« C’est le problème avec les engagements : la plupart du temps, on essaie de s’y tenir. » (page 166)

 

« Lucien se disait qu’être adulte, c’était être joyeux, à condition de ne pas toucher d’ampoule électrique dans son bain. » (page 173)

 

« Il retournerait à Deauville, où il avait laissé une déception dont il ne se remettait pas. » (page 195)

Nous étions une histoire, Olivia Elkaim

Nous étions une histoireJ’ai dit sur My Boox tout le bien que j’ai pensé du roman d’Olivia Elkaim (Stock, février 2014, 256 pages, 18,50 €).

 

« Nous sommes une famille sans histoire. », c’est ce que répète la mère d’Anita à qui veut bien l’entendre. Anita pourtant en raconte, qui est scénariste pour la télévision. « T’as plein d’histoires à raconter, mais tu veux pas fracturer ta carapace. » lui reproche le producteur avec qui elle travaille. 

.

Depuis la naissance de son fils Orson, Anita a l’impression de se « trimbaler le ventre ouvert », toutes ses tripes à l’air libre. Et elle se sent « aspirée dans un trou de mégot », les trous des mégots de l’enfance et des souvenirs, ceux qui maculaient la toile cirée dont était recouverte la table de chez sa grand-mère, cité des Lierres.

.

Ce n’est pas d’hier que l’on sait qu’il est difficile de savoir où l’on va sans savoir d’où l’on vient. Mais on a beau le savoir… Anita s’en va. Marseille. La cité des Lierres. Le psychiatre à Belsunce. Qui finira par lui rappeler le proverbe yiddish : « Sept fois à terre, huit fois debout. » Anita est la fille de Rosie, qui a épousé le folklore juif en même temps que son homme. Rosie qui, petite fille, a lâché « Il y a un monsieur qui habite avec nous. » à son père venu les retrouver, sa mère et elle, après deux ans de séparation.

.

J’ai beaucoup aimé le récit du périple d’Anita partie enterrer ses morts. D’autant plus que je connais bien certains des lieux par lesquels passent les personnages.

Ci-dessous, pour compléter, un florilège de passages choisis.

 

« Il est attendu que je m’extasie.

Rien ne m’émerveille.

Je guette l’instant, millième de seconde, où je serai secouée, transportée, convertie. J’attends que l’amour maternel tombe sur mes épaules comme l’amour du Christ, en une colonne de lumière, de joie irradiante.

Mais rien.

Je suis seule, chair corrompue et vide. » (page 33)

 

« Nous ne partirons plus à l’aventure, c’est fini. » (page 37)

 

« Je n’écris jamais, d’habitude. Rien ne me vient en mots. Tout me vient toujours en images, en séquences de films. » (page 50)

 

« Ma mère ne parle jamais de sa mère. A personne. Ni à ses amis, ni à mon père, ni à moi, comme si elle n’avait pas de mère, comme si elle ne s’inscrivait dans aucune histoire familiale.

Odette est le tabou absolu. » (page 56)

 

« Ma mère, mes amis, mes collègues, les commerçants, des inconnus au square, dans l’autobus, un chauffeur de taxi, tout le monde me pose cette question : « Alors, c’est le bonheur ? », sans attendre de réponse.

Que leur dire ? » (page 73)

 

« Quand tu deviens médecin, tu ne peux plus t’empêcher de voir, de voir nettement ce qu’il y a derrière la peau des gens, l’emboîtement de leurs os, leurs viscères, le flux permanent de leur sang. Tu te mets à entendre tous les bruits infimes de leurs corps. Tu caresses une femme, et tu penses aux contours de son foie, à la qualité de ses reins, à la place de son utérus. » (page 79)

 

« A chaque déménagement, je distribuais mes livres, mes habits. Je voulais être légère. Surtout n’être propriétaire de rien. N’avoir rien à perdre, rien qu’on puisse un jour me prendre ou m’arracher. » (page 84)

 

« L’envie de balancer Orson par la fenêtre ou de l’étouffer sous un oreiller se transforme en une épouvante sourde. » (page 94)

 

« Qu’est-ce qui t’oblige à aimer ton fils ? » (page 131)

 

« Je marche dans les pas d’Odette. » (page 133)

 

« Aucun souvenir n’est vrai. » (page 142)

 

« Il était un homme libre. Il n’avait jamais rencontré une femme aussi libre que lui. » (page 147)

 

« Pourquoi pas lui ? Juste un peu, juste là, contre ce mur du dancing de Carthage, allez, pour un soir, un seul soir, le début d’une nuit étoilée. » (page 183)

 

« Tout aurait pu être différent. » (page 223)

 

Nous étions une histoire - Copie - Copie« Rosie, souvent, elle l’aurait préféré muette, et même, elle l’aurait voulue morte, en robe de communiante allongée dans un cercueil capitonné.

Odette aurait porté le deuil de sa fille. Mais dans sa vérité intérieure, elle aurait été tranquille, parce que les enfants vous dévorent, grignotent la plus petite parcelle de votre sérénité et ne vous donnent jamais rien en retour. Parfois même, au lieu de vous vénérer, ils finissent par vous ignorer, et vous crevez seul et sans amour, quand ils n’agonissent pas d’injures votre tombeau encore ouvert. » (pages 225-226)

 

« Qu’est-ce qu’on risque à se fâcher avec sa mère ? » (page 239)

 

« Quand disparaît la matrice, d’où vient-on ? Erre-t-on indéfiniment à la recherche d’un lieu où se cacher ? » (page 250)