La rentrée littéraire d’Emmanuel Arnaud

Emmanuel-Arnaud-©Philippe-Matsas.jpg

.

Emmanuel Arnaud est l’auteur de deux romans aux éditions Métailié : Arthur et moi et Le théorème de Kropst. Il écrit également pour la jeunesse.

.

Son dernier roman en date, Topologie de l’amour (Métailié), paraît en cette rentrée littéraire.

Portrait © Philippe Matsas

.

. .

 

Comment vivez-vous cette rentrée littéraire ? Qu’en attendez-vous ? 

C’est en effet ma première rentrée littéraire de septembre. La sortie d’un roman est toujours un événement exaltant pour un auteur, mais d’autant plus lorsque cela arrive en septembre, je crois. Je ne connais pas du tout les us et coutumes d’une telle rentrée, Arnaudmais je vois les échanges multiples entre ma maison d’édition, les journalistes, les libraires, les salons, et moi, et tout cela est très impressionnant. Une amie m’a parlé de parcours de « rock star ». C’est vraiment très (très) exagéré dans mon cas (!), mais l’idée est bien là, et c’est fort sympathique.

Ne la connaissant guère, je n’attends donc rien de particulier de cette rentrée, si ce n’est participer le plus activement possible à ce road show, qui me ravit, parce que c’est surtout une occasion unique de parler de mes textes, et de littérature de manière générale, avec de nombreux interlocuteurs tout à fait passionnants. Il faut en effet bien avouer que le reste du temps, c’est-à-dire pendant les deux ans – au moins –  qui me séparent de mon prochain roman, les occasions sont rares. Auteur est un métier solitaire !

.
.

Que lisez-vous en ce moment ? Vous intéressez-vous à la rentrée littéraire en tant que lecteur ?

J’ai toujours l’habitude de lire en même temps un roman de longue haleine, que je lis le plus lentement du monde, et qui me prend d’ailleurs parfois plusieurs années de ma vie, et une multitude de lectures partielles parallèles, morceaux de romans ou d’autres catégories de livres (histoire, philosophie, poésie, etc.). Parmi ces derniers figure en ce moment en effet un certain nombre de romans de la rentrée littéraire. Le choix se fait aussi en fonction des occasions ; par exemple dans deux semaines je rencontre au salon Les mots Doubs de Besançon, Olivia Rosenthal et Joy Sorman ; cela me donne envie de lire leurs romans, pour ensuite mieux discuter avec elles.

 

En ce moment (mais vous m’auriez posé la même question il y a près d’un an, vous auriez eu la même réponse), mon roman de longue haleine, c’est les Mémoires d’outre-tombe, de Chateaubriand.

 

A lire aussi sur Sophielit :

Topologie de l’amour

Le théorème de Kropst

Arthur et moi

Toute la rentrée littéraire 2014

La rentrée littéraire 2013

La rentrée littéraire 2012

La rentrée littéraire 2011

La rentrée littéraire 2010

 

 

Publicités

Topologie de l’amour, Emmanuel Arnaud

Présentation de l’éditeur :

topologie-de-lamour-hd-300x460La mathématique, en particulier l’élégante topologie, peut-elle influencer toute une vie, un amour ? Comment Thomas Arville, la légende des prépas de Louis-le-Grand et de Normale sup, le successeur tout désigné de Cédric Villani, le futur lauréat de la médaille Fields, se retrouve-t-il à traîner sa peine comme prof de lycée dans une banlieue pourrie ?

Après être entré à l’École normale supérieure, au lieu de suivre la voie brillante toute tracée que lui permettait son génie des mathématiques, Arville est parti faire un stage au Japon. Là il a découvert l’amour d’Ayako, qui incarne la pureté qui le fascine tant et qu’il recherche avant tout dans le raisonnement mathématique.

Survient Fukushima. Impossible de laisser Ayako dont l’amour sans partage l’émeut. Il revient à Paris à la fin de son stage comme prévu, mais avec elle. Il doit donc chercher au plus vite un poste qui leur permette de vivre. Il finit épuisé dans un deux-pièces du xixe arrondissement, en butte au racisme ordinaire que subit sa femme qui ne parle pas français.

Dévoré par un quotidien harassant leur amour se défait. Sans relations sociales sa carrière scientifique avorte, tout rate.

Un roman dérangeant et brillant. Une vision lucide et désabusée de ce qui fait la réussite si on a les talents et les diplômes mais qu’on néglige les réseaux et les relations sociales. Une image troublante de la modernité.

« La topologie s’intéresse à des espaces, à des lieux, dans le sens le plus général du terme, et à leurs propriétés, quelles qu’elles soient. Elle permet de les classer, elle examine leurs déformations, selon telles et telles transformations, toutes plus formelles les unes que les autres. C’est une théorie très unificatrice, qui explique avec extrêmement peu d’axiomes un grand nombre de phénomènes. » (page 34)

Passionné de mathématiques, Thomas Arville exècre le calcul et vénère la topologie, cette forme de pureté qu’il décide d’étendre à son existence toute entière. En matière d’amour, il la rencontre en la personne d’Ayako, une Japonaise croisée dans un bus, une traduction des Illuminations de Rimbaud à la main, alors que lui est en stage au Japon. Comment renoncer à la pureté en amour quand la vie l’a placée sur son chemin ? La catastrophe de Fukushima le pousse à rentrer en France, mais il ne le fera qu’avec Ayako à son bras.

« Il avait transposé dans la vie réelle ce qu’il percevait en mathématiques. » (page 42)

De retour en France, le brillant Arville enseigne dans un collège de Goussainville et vit avec sa douce dans un logement social d’une cité du XIXème arrondissement où il ne fait pas bon sortir à la nuit tombée. Que reste-t-il dans tout cela de la pureté qui devait présider à l’existence de Thomas ? C’est dans le récit qu’il fait de son rapide parcours à Laurent Kropst, héros du précédent roman d’Emmanuel Arnaud qu’Arville croise au jardin du Luxembourg, que sa dégradation va éclater au grand jour. Et la dégradation enclenchée, par l’« effet de l’enchaînement mécanique des causes et des effets, lorsqu’ils ne sont contrés par aucune volonté un peu ferme », est-il possible d’éviter la chute ?

Dans ce bref roman, Emmanuel Arnaud interroge les choix qui se font pendant les études supérieures, dont dépend souvent toute la suite d’une existence, et questionne la façon dont on construit son ascension autant que sa chute sociale. Comment résiste-t-on contre ce que l’entourage attend de soi ? Qu’est-ce que la réussite ? Comment la société la mesure-t-elle ? A défaut de revenir en arrière, peut-on effacer un peu de son histoire et recommencer autrement ?

Un sujet tellement passionnant qu’on n’aurait pas détesté que lui soient accordées cent pages de plus.

Editions Métailié, septembre 2014, 140 pages, 15 € 

A lire aussi sur Sophielit :

Le théorème de Kropst

Arthur et moi

Toute la rentrée littéraire 2014