La Vache de la brique de lait en turc

9789755872926,

Après des traductions en catalan et en castillan (chez BiraBiro Editorial), c’est en turc que mon album La Vache de la brique de lait, illustré par Mayana Itoïz et publié en France par les éditions Frimousse, est désormais disponible.

 

L’éditeur en est Uçanbalik (Tudem Yayin Grubu), et l’album s’intitule Süt Kutusundaki İnek.

 

Yay !

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Dans la mer il y a des crocodiles, Fabio Geda

Présentation de l’éditeur :

dans la mer il y a des crocodilesDix ans, ou peut-être onze. Enaiat ne connaît pas son âge, mais il sait déjà qu’il est condamné à mort. Être né hazara, une ethnie persécutée en Afghanistan, est son seul crime. Pour le protéger, sa mère l’abandonne de l’autre côté de la frontière, au Pakistan. Commence alors pour ce bonhomme « pas plus haut qu’une chèvre » un périple de cinq ans pour rejoindre l’Italie en passant par l’Iran, la Turquie et la Grèce. Louer ses services contre un bol de soupe, se dissimuler dans le double-fond d’un camion, braver la mer en canot pneumatique, voilà son quotidien. Un quotidien où la débrouille le dispute à la peur, l’entraide à la brutalité. Mais comme tous ceux qui témoignent de l’insoutenable, c’est sans amertume, avec une tranquille objectivité et pas mal d’ironie, qu’il raconte les étapes de ce voyage insensé.

Ce récit est « l’histoire vraie d’Enaiatollah Akbari », qui a quitté l’Afghanistan à l’âge supposé (on n’est jamais certain de son âge quand on n’a pas de date de naissance officielle) de dix ans, a passé plus d’un an au Pakistan, trois en Iran, avant de traverser la Turquie et la Grèce pour enfin arriver en Italie.

A Fabio Geda, Enaiatollah raconte son périple. L’Afghanistan, où retourner est bien plus facile que d’en sortir. L’Iran où, quand on expulse quelqu’un, c’est lui qui doit payer son retour. La Turquie, où le groupe dont il fait partie part à 77, à pied, à destination d’Istanbul, en passant par la montagne, et arrive avec douze personnes de moins, mortes en chemin.

Il raconte les mésaventures, la peur, la nécessité d’avancer la nuit, de dormir le jour. Et ce moment où l’on décide qu’on ne reviendra pas en arrière.

Partir est facile et donné à (presque) tout le monde ; arriver, en revanche, est plus incertain. Ce court livre, qui a été traduit dans de nombreuses langues, est le récit par un adolescent, fort et sans pathos, de cette quête ultime, celle d’un endroit qu’il puisse enfin appeler « chez lui ».

traduit de l’italien par Samuel Sfez

Éditions Liana Levi, collection Piccolo, 2011 (et grand format 2012), 176 pages, 8,50 €

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Tous les récits

En chemin :

« Il faut toujours avoir un désir devant soi. » (page 12)

« Sur les trottoirs tellement de gens qu’il ne devait plus y avoir personne dans les maisons. » (page 20)

« La peur est attirante quand on ne sait pas la reconnaître. » (page 28)

« Mon corps a dormi, mais dans mes rêves j’étais éveillé. » (page 33)

« Pour vivre nous sommes disposés à faire des choses qui ne nous plaisent pas. » (page 48)

« Je n’ai pas envie de parler des gens. Je n’ai pas envie de parler des lieux. Ce n’est pas important. Les faits sont importants. L’histoire est importante. Ce qui change ta vue, c’est ce qui t’arrive, pas les lieux ni les gens. » (page 50)

« Je me sentais à la maison, ou du moins j’espérais y être, avoir trouvé un endroit où on me traiterait bien, ce qui revient au même. » (page 65)

« Destin et destination, ça se ressemble, pas vrai ? » (page 68)

« J’ai changé mes billets en pièces ; ainsi, j’avais l’impression d’en avoir beaucoup plus. » (page 73)

« Un cadeau, ce cahier à la couverture noire dans lequel j’oubliais des choses que je pouvais ensuite oublier, vu que je les avais notées. » (page 75)

« Je commençais à penser que dormir était une erreur. Qu’il valait peut-être mieux rester éveillé la nuit, pour éviter que les gens dont j’étais proche disparaissent dans le vide. » (page 75)

« Quand on n’a pas de famille, les amis sont tout. » (page 76)

« Le choix d’émigrer naît du besoin de respirer. » (page 83)

« Même à quelqu’un qui n’a rien, on peut prendre quelque chose. » (page 92)

« Pour savoir les choses, il suffit parfois de demander. » (page 96)

« A partir d’un certain moment, j’ai cessé d’exister. » (page 112)

« Il faut toujours avoir des vêtements neufs quand tu arrives dans un endroit où tu comptes pour rien. » (page 118)

« Au bout d’un moment, mon estomac a commencé à gronder plus fort que mon orgueil. » (page 144)

« De temps en temps, les immigrés sont une arme secrète. » (page 146)

« La patience sauve la vie. » (page 153)

« Le temps ne passe pas à la même vitesse dans toutes les parties du monde. » (page 167)

« Tu deviendras un homme dans une langue que tu n’as pas apprise par ta mère. » (page 169)

Un été, Tuna Kiremitçi

TAUSSIG- capitale-dev1Présentation de l’éditeur :

 

« Cette douleur de l’exil, d’être loin d’une terre mais aussi d’une époque, et celle de se réveiller chaque ma-tin, l’œil dans la nuit sombre, en pensant au retour… »

Yakup a vingt-cinq ans, il étudie à l’université d’Istanbul. Lors d’une conférence, il fait la connaissance de Leyla, de treize ans son aînée. Le même jour, celle-ci apprend que son mari, Halil, souhaite la quitter.

Les mois passent et c’est l’été. Yakup sort pour la première fois de Turquie, il se retrouve pendant la Coupe du monde de football à La Rochelle, où il rencontre des jeunes gens originaires de toute l’Europe. Ce sont le Serbe Goran, un ami aussi sincère qu’encombrant, ou la Tchèque Marketa, avec qui il découvre un plaisir érotique encore insoupçonné. Très vite, ce voyage se révèle être, au-delà du dépaysement, une véritable épreuve initiatique.

Pendant ce temps, Leyla erre dans les rues d’Istanbul, essayant de se remettre du suicide de son père. Doit-elle se réjouir de la mort de celui qui a brisé son enfance ? Sa disparition lui rappelle l’absence de Halil, son époux. Qu’est-il devenu ? Pourquoi l’avoir abandonnée ? Quel secret cache-t-il ?

D’Istanbul à La Rochelle, du Kurdistan à la Bosnie, voici Yakup, Leyla et Halil, trois êtres liés par l’histoire, l’exil, l’amour et les blessures intimes. Après Les Averses d’automne, Tuna Kiremitçi incarne plus que jamais avec Un été cette tendance récente de la littérature turque à l’ironie romantique.

 

De Tuna Kiremitçi, j’avais dévoré, adoré Les averses d’automne, publié par Galaade en 2011. Un été, le deuxième de l’écrivain turc traduit en français, a ceci de particulièrement réjouissant qu’il nous livre le point de vue d’étrangers sur des lieux et des évènements plus proches de nous qu’ils ne le sont de l’auteur. La Coupe du monde 1998, ce 12 juillet qu’aucun Français n’oubliera jamais, les résidences d’étudiants aux portes de Paris, la ville de La Rochelle et son Festival International du Film. Ce point de vue est multiple, ce regard sur la France, sur ses voisins, sur l’Europe en construction et en mouvement constant est cosmopolite. Yakup est Turc, ses camarades sont Serbes, Bosniaques, Tchèques, Marocains. Mais ce sont avant tout des jeunes gens pleins peut-être plus que d’autres de la conscience des limites de leur existence, et animés d’une volonté pas si paradoxale de dépasser ces limites.

 

Le lien entre Yakup, en voyage le temps de l’été, et Leyla, restée à Istanbul, est révélé au fil d’un roman construit avec méthode.

Pour le lecteur, le voyage est d’une grande fraîcheur, le dépaysement est remarquable, et se double d’une réflexion sur les rapports entre les peuples, la jeunesse désillusionnée, l’amour contrarié et la faculté de diriger son existence.

 

Roman d’apprentissage, ce nouvel opus de Tuna Kiremitçi est encore une très belle découverte.

 

Traduit du turc par François Skvor

Galaade Editions, mai 2013, 368 pages, 22 €

 

Citations choisies :

 

« L’aéroport était le lien entre ce qu’il avait vu lui-même et ce que la télévision lui avait montré. » (page 23)

 

« La seule chose qui puisse nous convaincre de l’existence d’une ville, c’est la carte, par vrai ? » (page 25)

 

« Tous semblent s’apercevoir qu’ils forment un couple et se métamorphosent en une réalité tierce qui leur échappe. Cette réalité dépasse la somme des deux personnes qui la composent, elle prend une importance à part. Les vrais couples le savent et agissent en fonction. Aussi, former un couple est-il bien plus déterminant que de traîner en groupe. Cela montre qui nous avons élu ; avec qui nous comblons une lacune personnelle, sur qui nous comptons, en cas de problème notamment. Pour se faire une petite idée sur quelqu’un, on regarde d’abord son entourage. Sachons qui sont ses amis et nous saurons qui il est. » (page 53)

 

« Aussi sympathique que puisse paraître un couple amoureux, on y trouve toujours quelque chose de déplaisant. » (page 77)

 

« Certaines personnes ne pardonnent pas aux témoins de leurs faiblesses. » (page 81)

 

« Aimer qui l’on est au côté de quelqu’un, c’est bien souvent le premier pas vers l’amour. » (page 88)

 

« On ne conquiert pas le temps. » (page 109)

 

« Chaque génération pense être une génération sandwich… Et à juste titre, la plupart du temps. » (page 117)

 

« En balayant un disque de la main, nous ne touchons pas qu’à la musique qui y est gravée. Nous touchons aussi au temps où nous l’avons écouté pour la première fois, à ce que nous étions à cette époque, au monde tel qu’il était. […] Au fond, c’est cela la nostalgie ; non pas les vieux jours, mais cette absence de ce que nous étions. » (pages 139-140)