Entretien avec Jean-Sébastien Hongre pour « Un père en colère »

SAM@CHY@P02@Colere.jpg« Et si c’était au tour des parents de se rebeller ?
« Un père en colère » : la révolte d’un homme dépassé par le comportement de ses enfants. Sa lutte pour reconstruire sa famille et renouer avec sa femme. Son cri pour raviver la tendresse dans le cœur de ses deux adolescents en dérive.
Une fiction à l’intrigue implacable, qui ne triche pas avec la réalité et qui creuse au fond de notre époque pour en extraire la voie de l’espérance. »

Rencontre avec Jean-Sébastien Hongre qui s’est emparé, dans son deuxième roman, de thèmes d’actualité sur lesquels nous lui avons proposé de revenir.

 

Sophie Adriansen : Quel est le point de départ qui vous a donné envie d’écrire « Un père en colère » ?

Jean-Sébastien Hongre : J’ai voulu exprimer les douleurs secrètes, silencieuses et terribles des parents confrontés parfois aux comportements brutaux de leurs enfants. Ces souffrances retenues, on en parle peu. Et pour cause. Les parents prennent sur eux en général, masquent les blessures que leurs enfants leur infligent (souvent malgré eux). Les parents cachent leurs doutes, attendent que leur mort soit le révélateur de leur sens du sacrifice aux yeux de leurs enfants. Enfin« ils » comprendront, se leurrent-ils.

A notre époque, leur mission me semble être devenue plus difficiles que jamais. Entre crise économique, et doutes dans l’avenir, la mission est héroïque. Et la violence des rapports humains ne cesse de croitre dans un contexte ou la société sape le travail éducatif ; consommation à outrance, matérialisme, individualisme, sous culture hyper violente importée des US, complaisance infinie envers ceux qui osent tout, les valeurs transmises par défaut ne vont pas vraiment dans le sens d’un humanisme conquérant…

Stéphane a vu sa ville de banlieue basculée dans la misère à cause de« ceux qui osent tout », ceux qui ont délocalisé l’usine en une nuit, et une minorité de dealers qui tient la ville sous son joug et a influencé le destin de ses enfants.

Alors voilà pourquoi ce père pousse ce cri de révolte.

Au fond, ce qui m’intéresse, ce sont les changements de valeurs sur un demi-siècle, ces lames de fond qui transforment une société en profondeur. Et il semble que jamais dans l’histoire de notre pays, en 40 ans, l’inversion des valeurs n’a été aussi puissante.

 

 

Sophie Adriansen : Vous mettez en scène une émission de téléréalité. Quel rôle la télévision a-t-elle joué, selon vous, dans ces changements de valeurs que vous évoquez ? Pourquoi avez-vous tenu à lui donner une place dans votre roman ?

Jean-Sébastien Hongre : Au début du roman, une situation dramatique va libérer la révolte du père. Il va oser, à travers un blog livrer sa colère contre les enfants et une société qui selon lui n’a jamais été autant l’ennemi des parents et des valeurs éducatives. Et peu à peu, ce peuple silencieux des parents en souffrance va se joindre à son cri. Les contributions vont se multiplier. Et évidemment la télévision va s’emparer du sujet et caricaturer la révolte du père en la médiatisant…

CVT_Un-pere-en-colere_8153-213x300Stéphane, notre père en colère, sera d’ailleurs invité à un de ces talk show où sont organisés des lynchages médiatiques par des chroniqueurs devenus des snipers. Il est probable que la télévision participe pleinement de la brutalité croissante des rapports humains : Les « clash » sont à la mode, la téléréalité nous a enfoncés encore plus bas. On a rendu tout un peuple voyeur et on a institué l’exclusion de l’individu par le groupe (le fameux maillon faible). Ce sont ces jeux du cirque brutaux qui occupent le territoire et amusent en cultivant les bas instincts tandis que la civilisation des lumières, de l’écoute de l’autre, et du dialogue constructif disparaît.

Car la télévision et d’une manière plus générale, les images sont devenues l’école des valeurs. Le tsunami d’images américaines a éduqué par défaut à des valeurs brutes et sans concessions : la fin justifie les moyens (sous tendu dans chaque scénario US), on finit toujours l’homme à terre (Tarentino), la torture se justifie (24 Heures chrono) et on expose en priorité toutes les déviances possibles et extrêmes (Dexter, etc.).

La révolte de Stéphane c’est aussi une révolte contre ces changements de valeurs en profondeur dont il se rend compte trop tard. La brutalité de ses deux enfants, lui démontre qu’ils se sont juste adaptés à leur époque pour survivre contre« ceux qui osent tout ».

Lutter pour les lumières ajoute une charge aux parents qui ont déjà tant à faire pour survivre économiquement. A l ‘école ce combat se poursuit et Nathalie, sa femme, professeur dans un collège, constate les dégâts chaque jour.

Avouez qu’il y a de quoi se révolter…

 

 

Sophie Adriansen : Vous l’avez dit, c’est d’abord au travers d’un blog que ce père en colère va oser livrer sa colère. Croyez-vous que la toile puisse tenir lieu de défouloir ? Qu’elle soit le lieu où s’exprime ce qui ne peut trouver écho ailleurs ? Qu’elle permette à des inconnus en difficulté de se retrouver ?

Jean-Sébastien Hongre : Comment exprimer sa colère, sa douleur quand on est père et qu’on a nécessairement honte de son propre ressentiment face à l’ingratitude et la violence de ses propres enfants ? On cherche l’anonymat, on cherche une vallée au fond de laquelle on pourra crier en inconnu. On rêve d’entendre d’autres cris, de se trouver une autre famille, des histoires concordantes.

Une des grandes révolutions du web, c’est bien d’avoir ouvert ces espaces d’expression, de nouveaux territoires vierges et ouvert à tous. Alors oui, la toile devient un lieu de rencontre, un soulagement pour ceux qui se sentent seuls et qui, comme sur le blog de Stéphane, expriment leurs propres expériences.

Notamment, le sentiment d’impuissance face aux bandes de délinquants va pouvoir s’exprimer alors qu’il y a une loi du silence qui s’est étendue sur le vaste peuple des victimes et des vulnérables, ces habitants de ces villes dans lesquelles en plus de la précarité économique, l’inaction des dirigeants a ajouté la peur et les effets économiques et psychologiques des vols, du racket et des intimidations quotidiennes.

Une population abandonnée qui peut exprimer sa souffrance dans ces blogs. En ce sens, loin des discours anesthésiant des experts régulièrement interrogés sur les media traditionnel, la toile offre une alternative à la compassion et l’empathie pour ce peuple des oubliés…

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Sélection d’été

Sélection été 2013Le mercure monte… c’est le moment de penser aux lectures à mettre dans ses valises pour cet été.

Pour faciliter la corvée des bagages, voici une sélection uniquement composée de livres sortis en 2013.

 

 

Grosses chaleurs

L’abandon du mâle en milieu hostile, Erwan Larher : la rencontre explosive d’un sage lycéen avec une jolie punkette. Une bombe à retardement.

Plon, janvier 2013, 240 pages, 19 euros

 

Un père en colère, Jean-Sébastien Hongre : quand un père qui a totalement perdu le contrôle de ses deux enfants laisse sa colère exploser sur la toile, le lecteur s’enfonce dans l’horreur avec fascination…

Editions Max Milo, mars 2013, 222 pages, 18 euros

 

grosse chaleurLes étourneaux, Fanny Salmeron : après une série d’attentats à Paris, trois amis trouvent refuge dans une maison de campagne. Un conte moderne et poétique à l’abri des bombes… croit-on.

Stéphane Million Editeur, janvier 2013, 104 pages, 12 euros

 

 

Coup de soleil

Un écrivain, un vrai, Pia Petersen : les tribulations d’un écrivain qui devient le sujet et l’objet d’une émission de téléréalité participative. Une réflexion efficace et rythmée sur le sens de la littérature.

Actes Sud, janvier 2013, 216 pages, 20 euros

 

Coup de soleilA qui le tour ?, Murielle Renault : cinq grands gagnants du Loto décident de passer du temps ensemble pour le meilleur mais surtout pour le pire. Un roman doux-amer et une jolie galerie de portraits.

Le Dilettante, mars 2013, 254 pages, 19 euros

 

La nuit pacifique, Pierre Stasse : en Thaïlande, un Français exilé croise celui qu’il tient pour responsable du suicide de sa sœur des années auparavant. Envoûtant.

Editions Flammarion, janvier 2013, 268 pages, 18 euros

 

L’atelier des miracles, Valérie Tong Cuong : trois êtres cabossés par la vie réunis à l’Atelier, où ils apprennent doucement à remonter la pente, ressuscitent grâce aux talents du mystérieux responsable du lieu. Un roman chorale plein d’espoir.

JC Lattès, janvier 2013, 264 pages, 17 €

 

 

A l’ombre

A l'ombreL’été slovène, Clément Bénech :  le délitement d’un couple d’étudiants en vacances pour quelques semaines en Slovénie. Désinvolte, reposant et délicieux.

Editions Flammarion, mars 2013, 132 pages, 14 euros

 

La disparition du monde réel, Marc Molk : l’été d’une bande d’amis quarantenaires dans un grand mas provençal. Un roman du désenchantement, tout en mélancolie.

Buchet/Chastel (Qui Vive), mars 2013, 154 pages, 15 euros

 

Sang d’encre, Stéphanie Hochet : un tatoueur s’immisce dans la vie de ses clients comme l’encre se répand sous leur peau. Une fiction teintée de noir, dans laquelle l’éternité est à portée d’aiguille.

Editions des Busclats, février 2013, 100 pages, 11 euros

 

Le début de la tyrannie, Tristane Banon : le bilan d’une relation mère-fille toxique fait par la fille à la mort de sa mère. A-t-on les tyrans qu’on mérite ? Une vraie bonne surprise.

Julliard, février 2013, 192 pages, 18 euros

 

Marc Beltra, roman autour d’une disparition, Mathieu Simonet : un inoubliable puzzle autour de la disparition en décembre 2003, à la frontière du Brésil, du Pérou et de la Colombie, de Marc Beltra, un étudiant français  de 19 ans, imaginé par l’avocat de sa famille.

Editions Omniscience, 10 janvier 2013, 224 pages, 16,90 euros

 

 

Chateau de sableChâteau de sable

Prends garde à toi, Fanny Chiarello : l’histoire de Louise, dont la classe de 5ème prépare pour la fin de l’année une représentation de l’opéra Carmen

Medium de L’Ecole des loisirs (9-12 ans), février 2013, 196 pages, 9,50 euros

 

Les titres de la collection L’Enigme des vacances, qui proposent de lire pour réviser (quel chouette programme !)

Nathan, collection L’énigme des vacances, du CP à la 3ème, avril 2013, 6,99 euros

 

 

601689_10151600168419835_1330994677_nBel été et belles lectures !

Un père en colère, Jean-Sébastien Hongre

CVT_Un-pere-en-colere_8153Présentation de l’éditeur :

Et si c’était au tour des parents de se rebeller ?
« Un père en colère » : la révolte d’un homme dépassé par le comportement de ses enfants. Sa lutte pour reconstruire sa famille et renouer avec sa femme. Son cri pour raviver la tendresse dans le cœur de ses deux adolescents en dérive.
Une fiction à l’intrigue implacable, qui ne triche pas avec la réalité et qui creuse au fond de notre époque pour en extraire la voie de l’espérance.

 

Le père en colère, c’est Stéphane. Il a totalement perdu le contrôle de son fils et de sa fille et il se demande dans quelle mesure ce n’est pas leur comportement qui a poussé sa femme à lancer sa voiture à pleine vitesse contre un mur. Sa colère, il va la dire sur la toile, en créant un blog qui, parce qu’il appuie là où ça fait mal, va rencontrer un vif succès… succès qui va engendrer d’autres problèmes… Lire la suite