15 livres pour l’été

Reading a book at the beach.

Pour cet été 2015, 15 livres – et pas un de plus. Mais que du bon !

15 romans récents, dont 12 parus au cours du premier semestre de cette année, qui méritent que l’on s’y attarde, même s’ils ne sont plus sur les tables des libraires.

Présentés par nombre de pages, pour simplifier votre choix en fonction de votre destination.

 

Faites vos valises ! Et passez un bel été, avant la déferlante de la rentrée littéraire.

Crédit photo (creative commons) : Simon Cocks

LA COTE 400, SOPHIE DIVRY : 66 pages

LE PUITS, IVÁN REPILA : 112 pages

C’EST DIMANCHE ET JE N’Y SUIS POUR RIEN, CAROLE FIVES : 160 pages

DEBOUT-PAYÉ, GAUZ : 192 pages

LE CAILLOU, SIGOLÈNE VINSON : 200 pages

Aurore disparaitAURORE DISPARAÎT, AMINA DANTON : 208 pages

LA GAIETÉ, JUSTINE LÉVY : 216 pages

MON AMOUR, JULIE BONNIE  : 224 pages

UN TOUT PETIT RIEN, CAMILLE ANSEAUME : 252 pages

JOURNAL D’UN INTELLECTUEL EN CHÔMAGE, DENIS DE ROUGEMONT : 268 pages

UN HIVER À PARIS, JEAN-PHILIPPE BLONDEL : 272 pages

LA CONDITION PAVILLONNAIRE, SOPHIE DIVRY : 272 pages

JE SUIS UN DRAGON, MARTIN PAGE : 288 pages

LA POLITESSE, FRANÇOIS BÉGAUDEAU : 304 pages

PARDONNABLE, IMPARDONNABLE, VALÉRIE TONG CUONG : 340 pages

 

Cliquez sur les liens pour savoir ce que j’ai pensé de chacun.

Publicités

Un tout petit rien, Camille Anseaume

Présentation de l’éditeur :

 

couv_anseaume_hd« On n’a ni projets ni même le projet d’en avoir. Le plus gros engagement qu’on ait pris ensemble, c’était de se dire qu’on s’appellerait en fin de semaine. C’était quand même un mardi. On s’aime surtout à l’horizontale, et dans le noir, c’est le seul moment où on n’a plus peur de se faire peur, où on ose mélanger nos souffles sans redouter que l’autre se dise que ça va peut-être un peu vite. C’est beaucoup plus que sexuel, c’est beaucoup moins qu’amoureux. C’est nos culs entre deux chaises, c’est suffisant pour faire semblant de faire des bébés, pas pour en avoir. »

Avec un humour et une justesse remarquables, Un tout petit rien raconte l’histoire d’un choix. Le choix que fera une jeune femme enceinte de l’homme qui partage ses nuits, mais pas beaucoup plus. Un très joli roman, aussi intime qu’universel, sur le passage mouvementé d’une existence à une autre.

 

 

Ça n’était pas voulu, ça n’était pas prévu. Pourtant c’est là. Un clandestin. « Une tumeur », dit aussi Camille, la narratrice. Que faire ? Il n’y a pas trente-six solutions ; à vrai dire, il n’y en a même que deux. Or l’une la terrifie, et l’autre la panique.

 

D’après la loi, « la femme est seule juge de la situation de détresse » qui peut mener à la décision de l’IVG. La narratrice n’est pas certaine que cela l’arrange. Il n’y a rien de pire que d’avoir le choix. Elle voudrait pouvoir rompre avec ce qui grandit en elle comme on rompt avec un amant, et se prend à envier ceux qui sont contre l’avortement. Eux au moins n’ont pas à décider.

 

photo(2)Ce n’est pas le bon moment, se persuade Camille qui tente de réfléchir de façon pragmatique et se perd en tableaux comparatifs et autres rationalisations. « Noël en été ça n’a pas d’intérêt. » Mais qu’est, au fond, le « bon moment » pour avoir un enfant ? Existe-t-il seulement ?

 

La narratrice traverse comme elle peut « l’embargo des douze semaines », jalousant celles qui ont « le ventre plat et la vie devant elle ». Chez ses parents, son état est tabou – mais tout le monde s’affaire malgré tout pour prévoir les pyjamas nécessaires, tandis que Camille confie ses secrets d’adulte à sa chambre d’adolescente hélas sous dimensionnée pour les recevoir.

.

.

Dans ce journal plein de tendresse et d’humour, Camille Anseaume dit les doutes, les refus, la colère et le bonheur qui accompagnent sa narratrice obligée de faire un choix lourd de conséquences. Elle raconte tout ce qui change, tout ce qui se rompt à jamais. C’est frais et juste, sincère et rythmé,drôle et imagé, et on s’attache très vite à cette pétillante narratrice pétrie de contradictions, petite sœur de Bridget Jones, héritière de valeurs judéo-chrétiennes ancestrales et fille de son époque.

 

Un très joli premier roman, et une belle promesse : car s’il est bien une naissance à laquelle on est certain d’assister dès le premier quart du livre, c’est celle d’un écrivain.

 

Éditions Kero, février 2014, 252 pages, 17 euros

 

A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

Tous les premiers romans

Tous les romans français

 

Échos :

 

rien« On n’a ni projets ni même le projet d’en avoir. » (page 14)

 

« Les seules choses très graves, c’est celles sur lesquelles on ne peut plus agir. » (page 42)

 

« En me réveillant je ne veux pas le garder. Dans la salle de bains j’ai changé d’avis. Une chance que je n’aie que deux pièces. » (page 58)

 

« Je le connais comme si je l’avais aimé. » (page 105)

 

« Le monde est plus gai depuis qu’il te connaît. » (page 114)

 

« Je rattrape en quelques heures les mois d’amour que je te devais. » (page 115)

 

« Le bon moment n’est pas toujours celui qu’on croit. » (page 119)

 

« Tu es toujours mieux là que dans les couilles de ton père. » (page 150)

 

« Je suis devenue une chose divine, intouchable, une dépressive malgré elle, une malade imaginaire, une qu’on console, qu’on écoute et qu’on rassure, à qui on colle des pansements partout sur les mots. » (page 171)

 

« Ce qui est à la fois le plus beau et le plus fatigant quand on est enceinte et seule, c’est la conscience de la nécessité absolue de se souvenir pour deux. » (page 189)

 

« Tant d’amour qui se croise dans une si petite cage d’escalier, je n’aurais jamais pensé que ça pourrait rentrer. » (page 194)

 

« On ne peut avoir envie de fraises qu’avec quelqu’un près de soi pour nous les refuser ou aller les chercher. » (page 201)