Je lis des services de presse et ça ne me rapporte pas d’argent

spIl y a quelques temps, j’ai parlé ici de ma liberté de lectrice dans un billet intitulé Je ne lis pas d’auto édition qui a fait couler beaucoup d’encre, déclenché nombre de réactions, de commentaires, de billets sur d’autres blogs (je ne parle pas du pic de visites sur le mien) et même incité un auteur auto édité à établir une « liste noire » de blogs et sites « qui font preuve de sectarisme intellectuel, en se cantonnant aux œuvres traditionnellement éditées » (liste hautement critiquée sur la toile, pour des raisons de fond comme de procédé).

 

Parmi les idées reçues autour des blogs littéraires, il y a celle selon laquelle les bloggueurs gagneraient des sommes folles en faisant commerce des livres qu’ils reçoivent de la part des maisons d’édition (voire directement des auteurs) qui espèrent une lecture et un article.

 

Ces bloggueurs existent peut-être – je ne les connais pas. Je connais en revanche des journalistes littéraires qui arrondissent agréablement leurs fins de mois en revendant ces « services de presse », alors même qu’ils sont rémunérés pour écrire à leur propos. Mais ce n’est pas parce que je connais davantage de bloggeurs que de journalistes littéraires que j’en tire une quelconque conclusion quant aux habitudes mercantiles des uns et des autres.

 

Sp Julie Bonnie

Service de presse de Mon amour, de Julie Bonnie (photo postée par Julie Bonnie sur Facebook en février 2015) ; deuxième roman de l’auteur, demandé (j’avais été bouleversée par son premier), reçu, lu, chroniqué ici

 

Je tiens un blog depuis bientôt sept ans. Au bout d’un an d’existence, ma petite fenêtre virtuelle a été « repérée » par une attachée de presse qui m’a proposé de m’envoyer les programmes de la maison d’édition pour laquelle elle travaillait, dans lesquels j’aurais la possibilité de choisir les titres qui me feraient envie. J’ai accepté.
Au fil du temps, j’ai reçu de plus en plus de programmes, par mail, par courrier, j’y ai choisi un titre ou un autre que j’ai demandé en retour – mais il y a eu aussi des envois spontanés d’ouvrages en service de presse. Aujourd’hui, je reçois des livres en service de presse presque tous les jours (avec une faute à mon nom une fois sur deux, mais ce n’est pas le sujet). Certains se placent en bonne position sur ma pile à lire, d’autres vont sur celle des refusés : il n’est pas rare que je reçoive des livres d’un genre que je ne lis pas ou des romans qui ne m’intéressent pas. J’en offre certains, j’en donne d’autres. Je n’ai jamais revendu un seul de ces ouvrages que je n’ai pas payés.

dc3a9bat-public21Certains blogs permettent à leurs auteurs de vivre, ou de mettre une quantité variable de beurre dans les épinards – en particulier des blogs mode, lifestyle, déco, cuisine, ou encore des blogs tournés vers la petite enfance. Les blogs littéraires, non. A moins qu’ils ne deviennent de véritables plateformes communautaires, auquel cas ils changent de dimension (et ne peuvent plus, selon moi, être considérés comme de simples blogs de lecture). Détrompez-moi si vous avez d’autres informations.
Tout juste certains blogueurs gagnent-ils quelques kopecks en affichant de la publicité sur leurs pages (tandis que d’autres affichent parfois de la publicité pour pouvoir blogguer sans débourser d’argent – c’est mon cas).
La catégorie littérature est la dernière de toutes en matière de blogs ; les livres intéressent moins que bien d’autres sujets.

J’ai beau recevoir nombre de livres en service de presse, ni eux ni mon blog en tant que tel ne me rapporte d’argent. Ma rémunération se limite à cette possibilité qui est la mienne de demander à recevoir un livre en service de presse. Ce qui est déjà formidable.
Et tenir ce blog reste un loisir.

A venir : pourquoi la lecture d’ouvrages reçus en service de presse n’entrave nullement ma liberté de lectrice.

A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

Je ne lis pas d’auto édition

 

Sp Tatiana de Rosnay

Service de presse de Partition amoureuse de Tatiana de Rosnay (photo postée par Tatiana de Rosnay sur Facebook en janvier 2016) ; quatorzième livre de l’auteur, pas demandé, pas reçu

 

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34 réflexions sur “Je lis des services de presse et ça ne me rapporte pas d’argent

  1. J’ai eu l’occasion de recevoir des livres en cadeau, et en échange, je devais faire une chronique. C’était sur un blog qui n’existe plus depuis deux ans (à la place j’ai deux autres blogs). Après, je les ai offert à la médiathèque la plus proche de chez moi. Maintenant, je ne reçois plus rien et ce n’est pas plus mal.
    Bisous, Sophie !

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  2. Evidemment, je me retrouve dans ces lignes. Chaque service de presse reçu est pour moi un cadeau. Quand un paquet m’attend dans ma BAL, je suis comme une enfant impatiente de découvrir le ou les titres qui m’ont été envoyés, que je les ai demandés ou non.
    Bien sûr que non, nous ne gagnons pas notre vie avec notre blog et on ne le fait pas pour ça. Pour ma part, je ne retire que quelques euros par mois avec un peu de pub. On va dire que sur une année, ça me rembourse peut-être mes frais d’hébergement et de noms de domaine.
    J’ai beaucoup donné de livres – services de presse et j’en garde aussi beaucoup attendant que mon fils soit assez grand pour j’espère avoir envie de les découvrir à son tour 🙂

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  3. Très bel article. Simple et complet, détaillé et argumenté. Bravo et merci.
    Je blogue, je reçois des SP mais j’achète encore une majorité de mes livres.
    Je ne revends rien et ne fais donc pas d’argent moi non plus.
    C’est et cela reste un loisir, une passion et le tout pour mon plus grand plaisir.
    Je préfère échanger, conseiller, etc c’est tellement plus intéressant!

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  4. Chez Quadrature, nous envoyons le PDF des 30 premières pages de nos recueils de nouvelles à une volée de libraires, de journalistes et de blogueurs. Libre à eux de nous envoyer un courriel si le bouquin les intéresse et ils reçoivent alors en SP et selon leur demande, le pdf complet ou (plus généralement) le livre « papier ». L’avantage est double : liberté totale pour la personne qui reçoit le pdf et coût moindre pour la maison d’édition.

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  5. Article très intéressant, comme toujours. Ce qui me fait un peu  »tiquer » (mais c’est en rapport direct avec l’attitude de certaines maisons d’édition) c’est que moi qui suis libraire je ne reçois que très peu de services de presse! Et encore souvent je dois  »pleurnicher » auprès des éditeurs directement (certains jouent le jeu, pour d’autres c’est un non catégorique) parce les représentants ne jouent pas le jeu et ne nous envoient plus de SP.
    Je suis donc un peu étonnée de voir avec quelle facilité ils les envoient aux journalistes et blogueurs qui les chroniquent alors qu’ils rechignent à les encoyer aux libraires qui les vendent… Ça ne tourne pas rond!

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      • C’est totalement variable: ça va des épreuves non corrigées et non jaquettées aux SP produit fini parfois sans le cachet de l’éditeur. Mais effectivement, le but c’est que les libraires les reçoivent à l’avance, assez longtemps avant la sortie, afin de pouvoir présenter les ouvrages aux clients et aussi pour pouvoir affiner les quantités de mise en place à la sortie.
        Mais comme c’est devenu difficile d’avoir les SP en avance au moment où on travaille avec les repré, on est en retard sur le  »train » des nouveautés, on fait donc la demande après sortie. Conséquence : il n’y à parfois plus de SP dispo (ça vient de m’arriver avec  »En attendant Bojangles » que je recommande chaudement d’ailleurs) et quand le SP arrive c’est le livre édité en produit fini.

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  6. Totalement d’accord! Mon blog ne me coûte rien pour l’instant et ne me rapporte rien (sauf de belles lectures, mais avec une bibli ou une librairie c’est pareil). Je reçois peu de SP et à ce que je sais n’en ai jamais revendu. Donné, ça oui, mais après tri. (j’en garde beaucoup) Donné en bibli, en association, en oeuvre caritative, etc. A des gens directement aussi.
    Tu as raison, avec les bouquins, on ne va pas gagner sa vie comme blogueuse! ^_^ Ce n’a jamais été le but, ça tombe bien. Juste lire lire lire…

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  7. Totalement d’accord. Je ne fais pas un sou avec mon blog (qui me coûte seulement son hébergement), mais j’en suis devenue plus riche en amitiés et en intérêts. Je blogue depuis presque 9 ans, je n’ai jamais revendu un seul SP, je n’ai jamais couché pour en avoir (yep, on m’a déjà accusée de ça!) et je le fais uniquement pour le plaisir. Je ne suis pas du tout dans le domaine… et ça me convient!

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  8. Merci pour cet article salutaire. Mon blog étant beaucoup moins connu que le vôtre, je reçois moins de SP non demandés mais, comme vous, je me suis toujours refusé d’en faire commerce : les livres qui ne m’intéressent pas, je les donne. Par contre, il m’est arrivé d’acheter d’occasion des SP revendus sans avoir été ouverts par certains journalistes indélicats (avec la dédicace de l’auteur à leur nom !). Et par ailleurs, je préfère payer plutôt que d’avoir de la publicité sur mon blog …

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  9. Il y a quelques temps, manquant de place et d’étagères dans mon appartement (dont mon blog n’a jamais payé le loyer), j’ai revendu plusieurs dizaines de livres (dans le tas, il devait bien y en avoir un ou deux qui m’ont été envoyés, mais c’est tout). Je voudrais bien savoir où donc vendent les journalistes (sûrement pas chez Gibert Joseph) parce que personnellement, cela ne m’a rapporté en tout et pour tout que 5€. La morale de cette triste histoire, c’est :
    1° la prochaine fois, j’en fais plutôt don quelque part
    2° blogueur littéraire, ce n’est pas exactement la carrière que j’aurais choisie si mon but premier était de devenir riche 🙂

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  10. Très bon article, comme toujours.
    Non seulement, je garde tous mes livres ou les glisse dans ma bibliothèque de classe mais en plus, depuis deux ans, je ne reçois pratiquement que des épreuves non corrigées. Je voudrais même les vendre que je ne vois pas comment je ferais.
    Encore un fantasme qui a la vie dure.

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  11. Si on devenait riche en revendant les SP ça saurait ! Je ne revends pas surtout parce que j’ai la flemme d’aller chez Gibert à Paris avec un gros sac de livres qui me rapporterait à peine une petite dizaine d’euros! Je les garde chez moi, les donne à des amis de passage ou au CDI de mon établissement scolaire, les prête à mes élèves, etc.
    Le sujet des SP est sans doute le sujet qui crée le plus de polémiques à propos des blogs. Il m’est encore arrivé récemment d’être traitée d’hypocrite ou de vendue parce que je reçois des SP. Il y a en effet tout un fantasme sur ces SP mais je crois surtout beaucoup de jalousie. J’espère que tes billets (et j’attends la suite avec impatience) permettront de mettre les choses à plat. J’ai l’impression qu’il faut toujours s’excuser de recevoir des SP, je me souviens même que, il y a quelques années, certains blogueurs évitaient de signaler qu’ils avaient reçu des SP parce qu’ils avaient peur de « blesser » ceux qui n’en recevaient pas, ou qui ne signalaient pas à la fin de leur billet qu’il avait lu tel livre grâce à un SP. Les SP c’est la pomme de discorde des blogs 😉 !

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  12. Il m’arrive de revendre des SP (jetez-moi tout plein de pierres 😉 ), souvent ceux que je n’ai pas demandé ou pas aimés.Mais si j’en vends c’est pour en racheter. Je reçois certes des SP mais j’achéte encore entre 50 et 100€ (parfois plus) de livres par moi. Pour moi c’est de l’argent remis dans le circuit de l’édition. Ces reventes me permettent d’alimenter ma PAL gargantuesque !

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  13. Pingback: Je lis des services de presse et ça ne m’oblige à rien | Sophielit

  14. Enfin un article qui fait du bien ! En tant que blogueuse, je n’ai pour l’instant jamais revendu un seul service de presse ! Au pire, je fais gagner certains livres lors de concours que j’organise, mais les frais de ports sont de ma poche… Pour gagner des sommes folles, on repassera donc ! Je ne connais pas non plus de blogueuses littéraires qui vivent de çà… Bloguer est une passion avant tout, et si ça rapportait gros, ça se saurait je crois.
    Je me permets de partager ton article parce que je trouve qu’il est important que les gens arrêtent de croire cela.
    Merciiii

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