La femme brouillon, Amandine Dhée

Présentation de l’éditeur ;

FemmeBrouillon-COUV.inddLe meilleur moyen d’ éradiquer la mère parfaite, c’ est de glandouiller. Le terme est important car il n’ appelle à aucune espèce de réalisation, il est l’ ennemi du mot concilier. Car si faire vœu d’ inutilité est déjà courageux dans notre société, pour une mère, c’ est la subversion absolue.
Le jour où je refuse d’ accompagner père et bébé à un déjeuner dominical pour traîner en pyjama toute la journée, je sens que je tiens quelque chose.

On a tous un truc pour lequel on n’est pas doué. Les maths, les échecs… Chez Amandine Dhée, « fruit de trois générations de mères lamentables », c’est du côté de la maternité que ça pêche. Comment faire illusion dans une société où la mère parfaite est l’unique représentation ?

La narratrice de ce récit fragmenté s’y essaie du mieux qu’elle peut, sans rien cacher de ses tâtonnements. Mais lorsque surgit l’avenir, le passé frappe à la porte. Avec l’enfant arrivent les questions vertigineuses sur sa propre enfance. Comment survivre avec cette double peine ?

« J’ai écrit ce texte pour frayer mon propre chemin parmi les discours dominants sur la maternité. J’ai aussi voulu témoigner de mes propres contradictions, de mon ambivalence dans le rapport à la norme, la tentation d’y céder. Face à ce moment de grande fragilité et d’ immense vulnérabilité, la société continue de vouloir produire des mères parfaites. Or la mère parfaite fait partie des Grands Projets Inutiles à dénoncer absolument. Il m’a paru important de me positionner clairement en tant que féministe parce que je veux donner un éclairage politique à mon expérience intime.
J ai voulu un texte court. Plus que jamais, j’avais envie de tranchant, d’aigu, et surtout pas d’une langue enrobante ou maternante. »

Amandine Dhée

Pas une ligne de ce court livre qui ne m’ait parlé. De la phrase de René Char en exergue « Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience » à la sensation de commettre un kidnapping au sortir de la maternité, j’aurais voulu tout avoir écrit avec elle – peut-être parce que ce sujet est ma préoccupation du moment, et aussi le cœur de mon prochain roman.

La femme brouillon est une pépite. Tout y est juste et remarquablement senti. La plume d’Amandine Dhée se tient en équilibre sur un fil, entre fragilité et détermination. Un livre que chaque lectrice devrait offrir à toutes ses amies, et aux pères des bébés de ses amies.

Éditions La Contre Allée, janvier 2017, 96 pages, 13 euros

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Notes :

« Les femmes intelligentes sont lesbiennes, c’est bien connu. » (page 10)

« Le monde bascule, et rien ne se voit. » (page 11)

« Le père du bébé aurait fait une bien meilleure mère. Son instinct de sacrifice est plus développé, et c’est toujours lui qui fait les crêpes. » (page 12)

« Mon ventre bascule dans le domaine public. » (page 21)

« Nous sommes possibles. » (page 30)

« Le projet, c’est attendre. » (page 34)

« Il ne se passe rien d’autre que nous. » (page 39)

« J’ai trop de corps, j’en ai perdu les contours. » (page 43)

« Je me vérifie dans les yeux des autres. Est-ce qu’ils y croient ? » (page 45)

« Est-ce là que l’amour se tricote ? » (page 51)

« Le bébé est un redoutable accélérateur de lien social. » (page 53)

« Les femmes devraient toujours se méfier quand on leur accorde un monopole. » (page 59)

« C’est lorsqu’on est fragile que la norme nous agrippe le mieux. » (page 60)

« Le père est une mère très acceptable. » (page 61)

« Chaque fois que je donne, je me souviens que j’ai manqué. » (page 73)

« Une mauvaise mère, c’est encore une mère. » (page 74)

« Est-ce que le bonheur est une déclaration d’intention ? » (page 85)

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